Journée de violence à Kinshasa : 17 à 50 morts selon les bilans

20/09/16 à 07:57 - Mise à jour à 07:56

Source: Afp

Kinshasa a renoué lundi avec ses vieux démons des violences à caractère politique au cours d'une journée meurtrière dont l'opposition entend faire le coup d'envoi d'un compte à rebours jusqu'au départ du président Joseph Kabila à l'issue de son mandat, le 20 décembre.

Journée de violence à Kinshasa : 17 à 50 morts selon les bilans

© Reuters

Les bilans des heurts dans la capitale de la République démocratique du Congo apparaissent irréconciliables : 17 morts pour le pouvoir contre plus de 50 pour le "Rassemblement" de l'opposition qui avait appelé à manifester dans tout le pays pour signifier à M. Kabila son "préavis" et exiger la convocation de la présidentielle dans les temps.

Selon la Constitution, mardi est la date limite pour convier les électeurs aux urnes pour ce scrutin censé avoir lieu cette année.

Pouvoir et opposition se sont renvoyé la responsabilité des violences, comme en janvier 2015, lorsque des émeutes ont totalement échappé au contrôle des deux camps après la répression violente de manifestation anti-Kabila dans la capitale.

On avait alors dénombré plusieurs dizaines de personnes tuées en trois jours.

"La ville de Kinshasa vient de faire face à un mouvement insurrectionnel qui s'est soldé par un échec", a affirmé à la presse le ministre de l'Intérieur, Évariste Boshab. Le "bilan provisoire" est de "17 morts" : "trois policiers [...] et quatorze civils parmi les pillards", a-t-il ajouté.

Le "Rassemblement" déplore pour sa part "plus de 50 morts" victimes des "balles [...] de la police et de la garde républicaine".

Dénonçant une "dérive totalitaire du régime", la coalition d'opposition a appelé "toute la population à se rassembler" dès mardi "pour poursuivre sans désemparer les revendications" jusqu'au "départ définitif de Joseph Kabila de la tête de la RD Congo".

"L'ordre sera respecté et les honnêtes citoyens seront protégés", a rétorqué le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, à la télévision publique.

Inquiétudes étrangères

Plus tôt, M. Mende avait accusé l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), principal parti de l'opposition, d'avoir été à l'origine de la violence.

Bruno Tshibala, porte-parole de l'UDPS, le parti du vieil opposant Etienne Tshisekedi autour de qui s'est constitué le "Rassemblement", a accusé de son côté les forces de l'ordre d'avoir tout fait pour que les choses dégénèrent, en empêchant violemment les manifestants de converger vers le point de rassemblement puis en ouvrant le feu sur le cortège.

"Dès que nous avons effectué le premier pas de la marche, nous avons enregistré les premiers tirs [sur le défilé] et nous avons commencé à ramasser des morts", a déclaré M. Tshibala à l'AFP.

Les violences se sont poursuivies jusqu'en début d'après-midi.

Elles ont été émaillées de pillages dans certains quartiers sud. Des incendies criminels ont également visé des bâtiments publics et des permanences de partis de la majorité.

Très véhéments, des groupes de quelques dizaines à plusieurs centaines de jeunes ont affronté les forces de l'ordre sur le trajet prévu de la marche, à coup de pierres, en criant des slogans en français ou en lingala comme "Kabila akende!" ("Kabila dégage !") ou "Kabila doit partir!"

Un journaliste de l'AFP a vu la police antiémeutes tirer à balles réelles sur les manifestants aux abords du Parlement.

Un photographe de l'AFP et une journaliste de la radio française RFI qui couvraient les événements ont été interpellés à la mi-journée par la police militaire.

Frappés à plusieurs reprises, ils ont fini par être relâchés en fin d'après-midi. Auparavant, le photographe de l'AFP s'était fait confisquer les cartes mémoires de ses appareils par des policiers.

Arrivé au pouvoir en 2001, M. Kabila est âgé de 45 ans. La Constitution congolaise lui interdit de se représenter mais il ne donne aucun signe de vouloir quitter le pouvoir.

Alors que la présidentielle apparaît impossible à tenir dans les temps, le "Rassemblement" refuse le "dialogue national" en cours à Kinshasa entre la majorité et une partie de l'opposition.

Ce forum est censé déboucher sur un "accord politique" de sortie de crise et ouvrir la voie à des élections "apaisées" mais retardées.

Inquiets que la RDC, pays continent au coeur de l'Afrique, puisse retomber dans le chaos qu'elle a connu lors des deux guerres l'ayant dévastée entre 1996 et 2003, plusieurs pays étrangers ont multiplié les mises en garde.

Le ministre des Affaires étrangères français, Jean-Marc Ayrault, a jugé "très dangereuse et extrêmement préoccupante" la situation dans l'ex-Congo belge.

"Ce qui compte c'est la date des élections", a-t-il déclaré, "si elles sont reportées sans cesse, cela veut dire que Kabila a l'intention de rester au pouvoir", et "c'est une situation qui n'est pas acceptable".

Le ministre des Affaires étrangères belge, Didier Reynders, a appelé à "la retenue" et incité "tous les acteurs politiques en RDC à oeuvrer de manière pacifique pour l'organisation d'élections à brève échéance".

Le département d'Etat américain a exprimé une inquiétude et des recommandations similaires. Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon qui a "exhorté" toutes les parties "à s'abstenir de tout autre acte de violence susceptible d'aggraver la situation".

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