JO de Tokyo 2020: pourquoi le Japon a été préféré à la Turquie et l'Espagne

08/09/13 à 15:21 - Mise à jour à 15:21

Source: Le Vif

Fort de son image de tradition et de stabilité, Tokyo a séduit le CIO malgré les risques de Fukushima. L'Espagne en proie à un marasme économique et la Turquie fragilisée par le conflit syrien n'ont pas fait le poids face au Japon.

JO de Tokyo 2020: pourquoi le Japon a été préféré à la Turquie et l'Espagne

© Reuters

Tokyo s'est réveillée pleine de fierté dimanche au lendemain de sa désignation par le Comité International Olympique pour accueillir les Jeux Olympiques 2020. Avec 60 voix contre 36 pour Istambul, le Japon est largement arrivé en tête grâce à un dossier solide et malgré l'ombre de l'incident de Fukushima.

"Trouver un nouvel élan" grâce aux JO La nouvelle, tombée en pleine nuit (5 heures du matin), a saisi les Tokyoïtes au saut du lit. "J'ai vu ça à la télé en me levant. Je ne suis pas un grand fan de sport, mais c'est une très bonne nouvelle pour Tokyo", expliquait, souriant, Gaku Murakami, venu amuser ses deux filles dans un parc du centre de Tokyo. "Les jeux de 2020 pourraient aussi nous aider à trouver un nouvel élan, après une passe économique difficile et surtout le séisme de 2011 et l'accident de Fukushima", ajoute cet employé de commerce.

La presse dominicale japonaise était déjà imprimée quand est tombée l'annonce de la victoire. Mais les sites internet des quotidiens, les chaînes de télévision et autres médias ont triomphé. "A la suite de l'échec pour les JO de 2016, cette fois ce ne sont pas seulement la capitale et le monde du sport qui se sont mobilisés, mais aussi les milieux économiques et l'Etat. Cette unité a été positive", a souligné le quotidien populaire Mainichi, qui a sorti une édition spéciale de trois pages distribuée gratuitement à la sortie de gares peu après l'annonce du résultat, à l'instar d'autres quotidiens.

La situation "sous contrôle" à Fukushima Conscient que le spectre de Fukushima pouvait tout aussi bien doucher ses espoirs au lieu d'apporter ce petit supplément d'âme à son dossier, comme le furent les JO de 1964 20 ans à peine après la Seconde Guerre mondiale, le Japon a décuplé ses efforts de communication dans les derniers jours pour tenter de calmer les supputations sur les risques de contamination.

Quelques heures seulement avant le vote crucial, le gérant de la centrale accidentée a diffusé un message en anglais pour rassurer la communauté internationale, précisant que l'impact des fuites d'eau radioactives émanant de Fukushima étaient limité à la zone portuaire alentour. "Certains peuvent avoir des inquiétudes au sujet de Fukushima, mais permettez-moi de vous assurer que la situation est sous contrôle", a insisté Shinzo Abe devant les membres du CIO

Istambul paye le prix du conflit syrien

Tokyo a largement devancé Istanbul au deuxième tour de scrutin, samedi soir, après une décision que certains qualifient de prudente. "Le comité (international olympique) a sans doute pris une telle décision parce qu'il a estimé que nous n'étions pas encore prêts pour les JO", a estimé Recep Tayyip Erdogan, le premier ministre turc, cité par l'agence de presse Anatolie. "Ils ont vu les choses comme ça. Ce n'était pas notre destin", a affirmé le Premier ministre à Buenos Aires. Il a estimé que le CIO aurait pu "mieux évaluer" la question de "l'extension" des JO à travers la monde, mais a souligné qu'il fallait "respecter [sa] décision". En effet, le choix d'Istanbul aurait entériné le déroulement des premiers Jeux Olympiques dans un pays du monde arabe.

Le conflit syrien a "certainement" joué un rôle dans l'échec de la candidature d'Istanbul à l'organisation des jeux Olympiques de 2020, finalement attribués à Tokyo, a quant à lui estimé le Prince Albert II de Monaco, membre du CIO. "La situation géopolitique a certainement joué un rôle", a-t-il déclaré. "Les membres du CIO préfèrent les paris sûrs... Istanbul, comme les autres, était vraiment une bonne candidate", a-t-il poursuivi.

La tradition l'emporte sur les "nouveaux rivages"

"Il y avait une candidature évoquant plutôt la tradition et la stabilité et une autre candidature évoquant l'envie de nouveaux rivages. (...) Cette fois-ci, les membres du CIO - dans un monde fragile - ont décidé en faveur de la tradition et de la stabilité", a de son côté estimé l'Allemand Thomas Bach, vice-président du CIO et candidat à la succession de Jacques Rogge à la tête de l'instance olympique.

La Turquie, pays de l'Otan, qui a rompu avec son ex-allié syrien, abrite plus de 500.000 réfugiés syriens sur son sol. Elle soutient une intervention multilatérale contre ce pays après les attaques chimiques du 21 août, près de Damas, pour lesquelles elle accuse le régime du président Bachar al-Assad.

Madrid la malheureuse

De son côté, la presse espagnole pointait les raisons de l'échec de Madrid, candidate pour la troisième fois consécutive et éliminée dès le premier tour. "La défaite ne peut s'expliquer que par la perte d'influence internationale de l'Espagne et la détérioration de son image, plombée par le chômage, la crise, la corruption politique, les tensions territoriales et la longue ombre du dopage, très présente à travers la polémique Opération Puerto", estime le quotidien El Mundo (centre droit).

La décision du Comité international olympique (CIO) "a éteint d'un souffle l'espoir que les Jeux atténueraient la crise" économique qui frappe l'Espagne, souligne le journal El Pais. "C'est le candidat avec l'économie la plus solide et celui qui a lutté le plus efficacement contre le dopage qui a gagné", affirme le quotidien.
La stabilité économique et la prudence politique ont donc eu raison des challengers de Tokyo, qui a d'ores et déjà mis dans un fonds spécial 4,5 milliards de dollars pour s'offrir les infrastructures manquantes à ses promesses olympiques. Le but: prouver que les JO 2020 sont "entre de bonnes mains", le leitmotiv des Japonais durant la campagne.

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