"Je suis sûr que Charb s'est levé pour les traiter de cons"

08/01/15 à 13:32 - Mise à jour à 16:10

Source: Belga

Un chroniqueur de Charlie Hebdo, Patrick Pelloux, a assuré jeudi que l'hebdomadaire satirique paraîtrait la semaine prochaine. Une information confirmée par Richard Malka, l'avocat du journal. Il sera tiré à un million d'exemplaires. Habituellement, le journal est tiré à environ 140 000 exemplaires.

"Je suis sûr que Charb s'est levé pour les traiter de cons"

Patrick Pelloux © Capture d'écran

"On va continuer, on a décidé de sortir la semaine prochaine. On est tous d'accord", a indiqué Patrick Pelloux, également médecin urgentiste, précisant que l'équipe du journal devait très prochainement se réunir. "On va le faire chez nous, on va se débrouiller", a-t-il ajouté, précisant que les locaux du journal n'étaient pas accessibles pour les besoins de l'enquête.

"C'est très dur, on est tous avec notre peine, notre douleur, nos peurs, mais on va le faire quand même parce que ce n'est pas la connerie qui va gagner. Charb (directeur de la publication, tué mercredi dans l'attaque) disait toujours que le journal devait sortir coûte que coûte", a-t-il continué. L'équipe restante de Charlie Hebdo se réunissait à midi sur l'avenir du journal, a expliqué de son côté Gérard Biard, rédacteur en chef de l'hebdomadaire.

"Il y aura quelque chose" la semaine prochaine, "on ne sait pas encore sous quelle forme", a-t-il dit à l'AFP. Douze personnes, dont cinq dessinateurs vedettes de Charlie Hebdo (Charb, Wolinski, Cabu, Tignous et Honoré) et l'économiste Bernard Maris, ont été tuées mercredi dans l'attaque au siège du journal, en plein centre de Paris.

Cet attentat, le plus meurtrier depuis 50 ans en France, a provoqué une vague d'émotion et de solidarité, notamment dans les médias qui ont d'ores et déjà propoé leur aide à Charlie. Déjà en 2011, lorsque le siège de Charlie avait été incendié dans une action criminelle vraisemblablement menée en représailles après la publication de caricatures de Mahomet, le quotidien Libération avait accueilli la rédaction de l'hebdomadaire.

Les quotidiens nationaux français arboraient tous une "Une" ou un bandeau noir jeudi en signe de deuil. Et devant le siège de l'hebdomadaire, des centaines d'anonymes ont défilé depuis l'attaque pour apporter fleurs et bougies et se recueillir lors de la minute de silence jeudi à midi en mémoire des victimes.

Frappé au coeur par l'attentat, l'hebdomadaire était déjà menacé de faillite: déficitaire, il vendait en moyenne environ 30.000 exemplaires, et venait de lancer un appel aux dons pour ne pas disparaître.

"Je n'ai pas pu les sauver"

Exceptionnellement, le médecin ne participait pas à la conférence de rédaction de "Charlie". Président de l'Association des médecins urgentistes de France, il assistait à la même heure, non loin des locaux du journal, à une réunion pour améliorer les liens entre services d'urgence, Samu et pompiers. "J'étais à cette réunion quand Jean-Luc, le graphiste (de Charlie Hebdo, ndlr), m'a appelé pour me dire: 'Il faut que tu viennes vite, ils nous ont tiré dessus à la kalachnikov'", raconte Patrick Pelloux, joint au téléphone par l'AFP. "J'ai cru à une blague... Mais ce n'était pas une blague. Quand je suis arrivé, c'était épouvantable", lâche-t-il, des sanglots dans la voix.

"On est arrivé sur place trois minutes après" avec un colonel des pompiers de Paris "qui a été héroïque, qui a déclenché tous les secours. Et pendant qu'on prenait en charge les victimes, ils (les tueurs, ndlr) étaient encore en train d'abattre des gens dans la rue..." "J'ai pas pu les sauver", dit-il, pleurant ses collègues morts. Pour certaines victimes, "il n'y avait plus rien à faire parce qu'ils avaient tiré dans les têtes". Quant à Charb, directeur de la publication, tué aux côtés des dessinateurs vedettes Cabu et Wolinski, "je pense qu'il a dû se lever et les traiter de cons ou leur faire un bras d'honneur, ou essayer de leur enlever leurs armes. Dans la position où il est mort, il était enchevêtré dans sa chaise, c'est comme s'il avait été abattu en se levant. Et je le connaissais bien, c'était mon frère, et je sais qu'il a dû leur faire ça...".

Les blessés, dont le dessinateur Riss, directeur de la rédaction de "Charlie" et les journalistes Philippe Lançon et Fabrice Nicolino, allaient mieux jeudi matin, selon l'urgentiste. Sur le plateau de iTélé, Patrick Pelloux a également raconté avoir joint François Hollande juste après l'attaque: "J'ai appelé le président, on me l'a passé et tout de suite, il a dit: 'j'arrive'". "Le président avait voulu nous rencontrer quand il avait vu que le journal était en difficulté, cet été. On était allé le voir: le président voulait changer la loi de manière à ce que les journaux continuent à exister".

La solidarité qui s'est exprimée depuis l'attentat "me rend très optimiste", explique l'urgentiste à l'AFP. Les "milliers de personnes" qui ont manifesté mercredi et les "mots de François Hollande, de David Cameron et de Barack Obama, c'est quelque chose de très important". "Les deux choses qui font fuir les intégrismes, c'est la culture et la liberté de la presse. Cela, ce sont les pays démocratiques qui doivent les faire vivre", poursuit-il, en soulignant que Charlie Hebdo paraîtra comme d'habitude, mercredi prochain. "On est tous avec notre peine, notre douleur, nos peurs, mais on va le faire quand même parce que ce n'est pas la connerie qui va gagner".

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