"Je refuse que, demain, les photographies du massacre des Yézidis ornent les salles d'un musée"

01/11/16 à 12:00 - Mise à jour à 11:57

Source: Le Vif/l'express

L'offensive irakienne contre Mossoul nous remémore que la progression de Daech à l'été 2014 s'accompagna du génocide de la population kurdophone des yézidis. Le père Patrick Desbois retrace ce martyre dans La Fabrique des terroristes. Il sait de quoi il parle : c'est lui qui documenta la "Shoah par balles" perpétrée en Ukraine de 1941 à 1944.

Les hommes en noir de l'Etat islamique volent, violent, massacrent les yézidis au nom, disent-ils, de l'islam. Pourquoi tant de haine ?

Les yézidis constituent une minorité confessionnelle au sein du peuple kurde. Leur religion, monothéiste et préislamique, emprunte à l'islam et au christianisme. Cela suffit à faire d'eux, aux yeux des soldats de l'EI, des hérétiques promis à la destruction. Les yézidis sont à Daech ce que les Juifs et les Tsiganes étaient aux nazis : des peuples considérés comme inférieurs. Non seulement la domination totalitaire d'une population autorise meurtres, viols et pillages, mais, en prime, elle confère une illusion de supériorité et d'invincibilité au sein de l'espèce humaine. Les djihadistes se voient comme les Ubermenschen, les surhommes, d'aujourd'hui. Ce génocide qui se déroule à cinq heures de vol de Bruxelles comporte également une dimension utilitaire. Tout en éradiquant un peuple, ses traditions, sa mémoire et ses lieux, Daech engraisse sa machine de guerre : les yézidis sont dévalisés dès leur arrestation ; les femmes, vendues et revendues plusieurs fois, alimentant un très lucratif commerce d'esclaves sexuelles ; les jeunes garçons, quant à eux, sont entraînés pour devenir des combattants, terroristes ou kamikazes. Sexe, argent et pouvoir sont les trois piliers de Daech.
...

Vous souhaitez continuer à nous lire?

Inscrivez-vous afin de pouvoir lire 4 articles gratuits par mois.

Nos partenaires