IVG tardives aux Etats-Unis: le Dr Carhart résiste

31/05/13 à 12:43 - Mise à jour à 12:43

Source: Le Vif

Quatre ans après l'assassinat du Dr Tiller, abattu le 31 mai 2009 d'une balle dans la tête par un militant anti-IVG, seuls 4 médecins pratiquent encore des avortements tardifs aux Etats-Unis - une opération très controversée.

IVG tardives aux Etats-Unis: le Dr Carhart résiste

© Reuters

L'un d'entre eux, le Dr LeRoy Carhart, qui opère au Maryland, décrit son quotidien lourd de menaces. "Pour faire ce que je fais, il faut des convictions profondes. Et ignorer le mal dont sont capables les autres." La voix tremblante du Dr Carhart trahit son émotion. La douleur est pourtant vieille de vingt-et-un ans.

Le 6 septembre 1991, le médecin septuagénaire s'en souvient comme hier: "On a mis le feu à ma ferme, ma voiture, mon tracteur. J'avais des chevaux, 17 sont morts." Un acte de vengeance et de protestation que le Dr Carhart ne parvient toujours pas à expliquer. "Entre ces gens-là et Al Qaïda, il n'y a aucune différence. Ce ne sont que des fanatiques." Les membres les plus extrémistes du lobby "anti-IVG" ne reculent devant aucune méthode pour imposer leur point de vue.

Une clinique sur cinq fait l'objet de manifestations continuelles
Aux Etats-Unis, l'avortement est autorisé par la Cour suprême depuis 1973 mais l'opinion semble réservée: en 2009, selon un sondage Gallup, 1 Américain sur 2 était hostile à l'avortement. Résultat: chaque Etat demeure libre d'adapter la loi. Pour le médecin, il s'agit d'un facteur d'inégalités: "Le Dakota du Nord est l'Etat le plus restrictif. Depuis le mois de mars, l'avortement y est interdit au-delà de six semaines de grossesse." Sur les 50 Etats américains, 9 autorisent l'avortement tardif, au-delà de 20 semaines de grossesse. En vingt ans, 487 lois ont été votées aux Etats-Unis pour réduire les possibilités de recours à l'IVG. Depuis, 1000 établissements qui permettaient l'avortement ont fermé et une clinique sur cinq fait l'objet de manifestations continuelles de la part des opposants à l'avortement.

"Les tentatives de mettre fin à l'IVG tardive augmentent chaque année, souligne le Dr Carhart. Il s'agit d'un problème de santé publique que l'on cherche à ignorer." Il ajoute: "Si je pratique ces interventions, c'est seulement pour ces femmes, qui savent que leur enfant est très malade, qu'il aura une vie courte et douloureuse". Aux Etats-Unis, les IVG tardives représentent chaque année 1% du total des avortements. Un faible taux que le médecin justifie par la difficulté d'accès aux centres médicaux: 86% des comtés ne sont pas dotés de centres d'IVG. Les listes d'attente sont telles que de nombreuses femmes ne parviennent pas à avorter dans les temps. C'est donc vers ces établissements d'IVG tardives qu'elles doivent se tourner.

Pour subir cette opération, certaines viennent d'Europe ou d'Amérique du Sud. "Elles représentent 4% de mes patientes, confie le Dr Carhart. S'il n'y avait pas le prix du transport à assumer, elles seraient sûrement plus nombreuses." Chassé du Nebraska puis de l'Iowa, le médecin opère désormais au Maryland, où il fait encore l'objet de menaces. Des harcèlements quotidiens: "Il y a quelques jours, des gens sont venus chez moi à 2 heures du matin." Et il ajoute: "Enfin, rien de vraiment particulier..." Cette routine, le Dr Carhart s'y est habitué. Quant à savoir à quel moment cet homme de 72 ans passera la main, il répond, comme s'il s'agissait d'une évidence: "Quand je trouverai quelqu'un pour prendre la relève". En attendant, les candidats se font rares.

Erwan Morice

Un fait divers sordide ravive les tensions A l'heure où l'IVG tardive est de plus en plus contestée aux Etats-Unis, la récente affaire Kermit Gosnell ravive le débat. Le 15 mai, le Dr Gosnell a été condamné à la prison à perpétuité pour le meurtre de trois nouveaux nés, dans sa clinique de l'Etat de Philadelphie, la "Women's Medical Society". La loi stipule qu'un nourrisson en vie après un avortement tardif doit être traité comme s'il était né naturellement. Or, le Dr Gosnell a tué trois de ces bébés en plongeant des ciseaux dans leur moelle épinière. Tandis que les militants anti-IVG soulignent la cruauté de cette pratique médicale, les partisans de l'IVG, eux, voient dans cette tragédie une conséquence du manque de moyens consacrés à l'avortement tardif.

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