Israël: les colons extrémistes se radicalisent

05/09/12 à 19:30 - Mise à jour à 19:30

Source: Le Vif

Le monastère catholique de Latroun à Jérusalem a été pris pour cible par des inconnus, soupçonnés d'appartenir aux milieux extrémistes religieux juifs. On constate un accroissement des actes de violence de la part des colons ces derniers temps.

Israël: les colons extrémistes se radicalisent

© Reuters

L'abbaye de Latroun, un bel édifice en pierre qui héberge une communauté trappiste, a été victime mardi 4 septembre, à l'aube, d'un acte de vandalisme perpétré par des inconnus soupçonnés d'appartenir aux milieux extrémistes religieux juifs. "J'ai constaté des inscriptions racistes anti-chrétiennes, favorables à la colonisation israélienne des Territoires palestiniens, et des dégâts matériels: la porte d'entrée de l'abbaye a été incendiée, détruite", précise Frédéric Désagneaux le Consul Général de France à Jérusalem, après une visite au monastère, la France ayant depuis l'époque de l'empire ottoman une responsabilité de protection vis-à-vis des communautés chrétiennes de Terre sainte. "Les moines sont particulièrement choqués par cette agression inacceptable, mais malheureusement favorisée par un climat d'impunité à l'égard d'actions de ce genre, poursuit le Consul Général.

L'ensemble de la communauté internationale constate un accroissement des actes de violence de la part des colons et malheureusement, peu de sanction et de traduction en justice".
Les dégradations de lieux de culte chrétiens et musulmans ne sont en effet pas nouvelles. Les colons religieux extrémistes mènent depuis des années ce qu'ils appellent une politique du "prix à payer" ("price tag"), qui consiste à se venger sur des villageois palestiniens, des lieux de culte musulmans et chrétiens des décisions gouvernementales irsaéliennes qu'ils jugent hostiles à leurs intérêts. A Latrun, à côté du slogan anti-chrétien "Jésus est un singe", figurait le graffiti "Migron", le nom d'une colonie sauvage israélienne, la plus vaste et la plus ancienne de Cisjordanie, évacuée dimanche par la police et l'armée israéliennes.

"Enseignement du mépris"

A la suite de cette agression, les évêques catholiques de Terre sainte ont interpellé les autorités israéliennes. "Que se passe-t-il aujourd'hui dans la société israélienne pour que les chrétiens deviennent des boucs émissaires? Quel genre d'"enseignement du mépris" à l'encontre des chrétiens enseigne-t-on dans les écoles? Et pourquoi les coupables ne sont-ils jamais arrêtés ni traduits en justice?", s'interrogent aujourd'hui les évêques.
L'agence des Nations Unies chargée de la coordination des affaires humanitaires (Ocha), qui répertorie les agressions de colons israéliens dans les Territoires palestiniens, juge la gravité des derniers incidents "particulièrement inquiétante". Le 16 août dernier, une famille de six palestiniens de Bethléem ont été blessés dans une attaque au cocktail Molotov lancé par des colons de l'implantation de Bat Ayin. La police israélienne a arrêté trois colons âgés de 12 et 13 ans. Les incidents, plus ou moins graves, sont quasi-quotidiens: Ocha a relevé en 2012 une moyenne de 6 agressions matérielles ou physiques par semaine impliquant des colons.

Les dégradations à l'abbaye de Latroun ont immédiatement été dénoncées par les dirigeants israéliens. Le ministre de la Défense, Ehud Barak, a appelé la police et les services de sécurité à combattre le "terrorisme juif". "Ces agressions embarrassent le gouvernement, mais les condamnations paraissent bien timides. Il existe une forme de tolérance qui ne dit pas son nom, estime le politologue Denis Charbit. Ces jeunes colons radicaux, élevés dans des zones où des privilèges sont accordés à la population juive, et nourris par leur conviction religieuse, ont le sentiment d'être le bras droit de Dieu et se sentent autorisés à agir comme ils le font".

Fin août, une bande d'adolescents israéliens de Jérusalem ouest ont lynché et sérieusement blessé un jeune Palestinien de Jérusalem est. Les auteurs de l'agression n'étaient pas des colons, mais selon Denis Charbit, il s'agit "de la même xénophobie, de la même volonté d'en découdre, de marquer des points" face aux Palestiniens "et de montrer qui est le maître".

De notre correspondante à Jérusalem, Véronique Chocron, L'Express

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