Islande : le gouvernement fait front commun face aux manifestants

06/04/16 à 20:48 - Mise à jour à 20:47

Source: Afp

Les partis au pouvoir en Islande, sourds à la colère montante de l'opinion après les révélations des "Panama Papers" qui ont poussé le Premier ministre à la démission, faisaient front commun mercredi malgré les manifestations désormais quotidiennes.

Islande : le gouvernement fait front commun face aux manifestants

Gunnlaugsson © AFP

Des centaines d'opposants au gouvernement se sont de nouveau massés en fin d'après-midi sur la grande place située aux abords du siège du Parlement pour réclamer sa démission en bloc, pendant que les deux formations constituant la coalition au pouvoir étaient réunies à huis clos.

"Ils ont perdu toute légitimité, mais je doute fort qu'ils partent d'eux-mêmes. Le temps joue pour eux et ils s'accrochent", se lamentait sous la pluie Gyda Margret Petursdottir, une enseignante de 42 ans.

Pour Valthor Asgrimsson, un chercheur de 36 ans, "l'Islande a besoin d'un nouveau départ", "de préférence en passant par une élection".

Au même moment, le ministre de l'Agriculture Sigurdur Ingi Jóhannsson, numéro deux du Parti du progrès présidé par le Premier ministre démissionnaire Sigmundur David Gunnlaugsson, annonçait qu'il avait convenu avec le Parti de l'indépendance de rester aux commandes du pays.

"Nous avons trouvé un accord" en vue de préserver l'alliance de droite aux affaires depuis 2013, a-t-il déclaré à la presse à l'issue d'une entrevue avec M. Gunnlaugsson.

Il devrait annoncer dans la soirée le nom du Premier ministre entrant et la composition du nouveau gouvernement. Deux ministres également mis en cause dans le scandale des paradis fiscaux, Bjarni Benediktsson aux Finances et Olöf Nordal à l'Intérieur, pourraient faire les frais de la crise.

Le chef du gouvernement, qui n'est pas apparu en public de la journée, s'est quant à lui mis en retrait de ses fonctions mardi, devenant le premier "scalp" obtenu par le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ) qui dévoile depuis dimanche les pratiques financières et fiscales à tout le moins opaques de personnalités, chefs d'Etat, entrepreneurs, sportifs, banques, etc.

"Butin dans des îles exotiques"

L'enquête de l'ICIJ a révélé qu'avec sa future épouse, une riche héritière, M. Gunnlaugsson a pris le contrôle en 2007 d'une société dans les îles Vierges britanniques.

Il a vendu fin 2009 sa participation de 50% dans le capital de cette société à son épouse pour un dollar symbolique, mais omis d'en faire état dans sa déclaration de patrimoine lorsqu'il a été élu député pour la première fois en avril de la même année.

Le couple plaide sa bonne foi et affirme avoir toujours déclaré son patrimoine au fisc. L'ICIJ ne lui reproche d'ailleurs qu'une entorse aux "règles éthiques" de la vie politique islandaise.

Mais l'affaire est extrêmement sensible dans un pays marqué par les excès des années 2000, pendant lesquelles un secteur financier euphorique ainsi que ses dirigeants et ses cadres usaient et abusaient des sociétés écrans. L'économie avait ensuite été terrassée par la crise financière en 2008.

L'opposition de gauche, qui a déposé lundi une motion de censure, demande des élections avant les législatives de fin de mandature au printemps 2017.

Le vote sur la motion de censure pourrait avoir lieu jeudi après une réunion des partis représentés au Parlement prévue pour 10h30.

Porté par les vents de la colère populaire, le Parti pirate islandais, mouvement libertaire qui milite pour la transparence de la vie publique, tirait les marrons du feu, selon un sondage Gallup dont les résultats ont été rendus publics mercredi qui le place seul en tête des intentions de vote en cas de législatives anticipées.

"Nous sommes le Parti pirate, mais les vrais pirates, ce sont eux : ils pillent et cachent leur butin dans des îles exotiques", ironisait Karl Hedinn, un militant de 21 ans.

Fondé en 2012, le Parti pirate, qui milite aussi pour davantage de démocratie directe, recueille 43% des intentions de vote alors qu'il oscillait ces dernières semaines entre 25 et 35%.

"Il a de bonnes chances, surtout dans ce contexte. Pourquoi ne pas essayer autre chose ? Je ne suis pas contre le sang neuf", déclarait ainsi à l'AFP un graphiste de la capitale, Sindri.

Selon ce sondage, les Pirates devancent le Parti de l'indépendance (21,6%), et le Mouvement gauche-Verts (opposition, 11,2%).

Le Parti du progrès n'obtiendrait que 7,9% et arriverait derrière les sociaux-démocrates (10,2%).

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