Irlande: risque d'incertitude politique

27/02/16 à 17:08 - Mise à jour à 17:04

Source: Afp

Aux législatives irlandaises, les partis au pouvoir Fine Gael et Labour étaient très loin samedi d'obtenir la majorité absolue nécessaire à leur reconduction, selon les premières estimations, laissant entrevoir une période d'incertitude politique à l'image de l'Espagne.

Irlande: risque d'incertitude politique

© Reuters

Si les sondages de sortie des urnes "sont corrects, nous sommes loin d'être en mesure de former un gouvernement", a reconnu sur la radio publique RTE Tom Curran, le secrétaire général du Fine Gael (centre droit), dans l'attente des résultats définitifs dont une partie devrait être annoncée samedi soir mais qui ne seront vraisemblablement connus que dimanche matin dans leur totalité.

Quelque 3,2 millions d'Irlandais ont voté vendredi pour élire 158 députés et beaucoup ont appelé à ce que la reprise économique, amorcée en 2013, se traduise dans leur quotidien, ne supportant plus les baisses de salaires, nouveaux impôts et autres mesures d'austérité mises en place par le pouvoir pour juguler la crise économique de 2008.

Selon deux sondages de sortie des urnes Ipsos Mori/Irish Times et RTE, publiés après la fermeture vendredi à 22H00 GMT des bureaux de vote, le Fine Gael du Premier ministre Enda Kenny et le Labour n'obtiendraient qu'entre 55 et 68 sièges de députés, bien loin des 80 nécessaires pour obtenir une majorité absolue.

Les deux partis accuseraient une sévère chute de popularité d'au moins dix points chacun par rapport aux précédentes élections de 2011, avec 24,8 ou 26,1% des suffrages pour le Fine Gael et 7,4 ou 7,8% pour le Labour, puni pour n'avoir pas préservé l'État-providence.

A l'inverse, le Fianna Fail rival (également centre droit), durement sanctionné aux précédentes élections alors qu'il était au pouvoir, ferait entre 4,5 et 5,5 points de mieux à 21,8% ou 22,9%.

Les sondages montrent le morcellement du paysage politique avec une nette hausse des suffrages en faveur des candidats indépendants, des petits partis (Verts, sociaux-démocrates...) et des mouvements opposés à l'austérité.

Quel scénario de gouvernement?

Le parti nationaliste de gauche Sinn Fein de Gerry Adams deviendrait le troisième parti du pays, avec 14,9% ou 16% des suffrages, en hausse de cinq ou six points, dans ces élections au taux de participation équivalent, selon la RTE, à celui de 2011 qui était de 70%.

Plusieurs scénarios étaient évoqués samedi, en cas de confirmation de ces estimations.

Formation d'un gouvernement de "coalition arc-en-ciel" autour du Fine Gael, du Labour, de personnalités indépendantes et de petits partis. Organisation de nouvelles élections. Ou formation d'une coalition historique entre les deux frères ennemis, Fine Gael et Fianna Fail, qui gouvernent alternativement le pays depuis 1932.

Cette dernière option a jusqu'à présent été écartée par les chefs des deux partis, Enda Kenny et Micheal Martin, mais était sur les lèvres de nombre de commentateurs samedi.

"Avec 46 ou même 50 sièges, le Fine Gael ne peut pas bricoler un nombre suffisant de sièges avec les petits partis pour obtenir les 80 dont ils auraient besoin", a estimé sur la RTE Michael Marsh, professeur au Trinity College de Dublin.

Selon lui , "soit il y a une autre élection maintenant, soit on les laisse cogiter pendant un mois et peut-être qu'ils peuvent en venir à penser à l'impensable", une alliance Fine Gael/Fianna Gail.

Même analyse pour Adrian Kavanagh, de l'université de Maynooth, pour qui "l'option qui semble s'imposer est une coalition Fine Gael-Fianna Fail" car, dit-il à l'AFP, l'écart entre les deux partis "est beaucoup moins grand que prévu" ce qui les met "sur un pied d'égalité".

"Il va y avoir beaucoup de négociations. Si aucun des partis ne trouve un terrain d'entente dans les deux semaines, une période d'incertitude" débutera avec une possible nouvelle élection "dans deux ou trois mois".

Un scénario qui rappelle la situation actuelle en Espagne où les socialistes n'arrivent pas à former un gouvernement, plus de dix semaines après les élections qui ont débouché sur un paysage politique fragmenté.

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