Irak: offensive fulgurante des héritiers d'Al-Qaïda

12/06/14 à 08:54 - Mise à jour à 08:54

Source: Le Vif

Les rebelles jihadistes de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), qui ont lancé depuis mardi une offensive fulgurante dans le nord de l'Irak, ont appelé leurs partisans à avancer sur Badgad, selon le réseau américain de surveillance des sites islamistes SITE.

Irak: offensive fulgurante des héritiers d'Al-Qaïda

© Reuters

Dans un enregistrement sonore daté de mercredi et traduit par SITE, le porte-parole de l'EIIL, Abou Mohammed al-Adnani, exhorte les insurgés à "marcher sur Bagdad" et critique le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki pour son "incompétence". "Continuez à vous étendre. La bataille ne fait pas encore rage, mais elle fera rage à Bagdad et à Karbala. Mettez vos ceintures et soyez prêts", affirme le porte-parole dont les propos sont traduits par SITE. "Marchez sur Bagdad", dit-il plus loin.

S'adressant à M. Maliki, qu'il qualifie de "vendeur de sous-vêtements", il déclare: "Personne n'est plus fou que vous, sauf ceux qui vous acceptent comme Premier ministre et commandant". "Vous avez perdu une occasion historique pour votre peuple de contrôler l'Irak et les chiites vous maudiront toujours, aussi longtemps qu'ils vivront", ajoute le porte-parole.

Les jihadistes s'approchent de Bagdad

Les rebelles jihadistes sunnites ont pris mercredi une nouvelle ville en Irak et avançaient vers la capitale Bagdad dans une offensive fulgurante qui a poussé à la fuite environ un demi-million d'habitants. Cette avancée de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) face à des forces gouvernementales en déroute et un pouvoir chiite impuissant, risque de plonger ce pays pétrolier dans le chaos. L'Iran chiite mais aussi les Etats-Unis ont apporté leur soutien au gouvernement de Nouri al-Maliki face au "terrorisme".
La dernière conquête des jihadistes est Tikrit, à 160 km au nord de Bagdad. Ils ont en outre tenté, en vain, de prendre Samarra, à une centaine de km de Bagdad, selon des témoins. Ils se sont emparés depuis mardi de la deuxième ville d'Irak, Mossoul, de sa province, Ninive, et de secteurs dans deux provinces proches, Kirkouk et Salaheddine, majoritairement sunnites. L'EIIL a en outre pris en otages 49 Turcs au consulat de Turquie à Mossoul parmi lesquels le consul et des membres des forces spéciales, de même que 31 chauffeurs de poids-lourds turcs dans cette province. Le ministre turc des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu a menacé l'EIIL des "représailles les plus sévères" en cas de menaces sur les otages."Tout Tikrit (chef-lieu de Salaheddine) est aux mains des insurgés", après deux heures de combats avec les forces de sécurité, a indiqué un responsable. Les jihadistes ont tenté en outre de prendre Baïji, où se trouve l'une des plus grandes raffineries du pays, mais sans succès. Parallèlement, les attentats anti-chiites ne connaissaient pas de répit, faisant près de 40 morts.

L'EIIL, qui ambitionne d'installer un Etat islamique, a prévenu qu'il "n'arrêtera pas la série d'invasions bénies". Le groupe contrôlait déjà des secteurs de la province occidentale d'Al-Anbar à la frontière syrienne. Accusé d'abus en Syrie, il y tient de larges secteurs de la province pétrolière de Deir Ezzor (nord-est), faisant craindre une unité territoriale avec le nord-ouest irakien. Impuissant et miné par des clivages confessionnels, le gouvernement irakien a appelé le Parlement, qui se réunit jeudi, à décréter "l'état d'urgence". Mais face à l'avancée dans le Nord des combattants jihadistes aguerris, soldats et policiers ont montré peu de résistance, le gouverneur de Ninive, Athil al-Noujaïfi, accusant les commandants militaires d'avoir abandonné le champ de bataille. Selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), "plus de 500.000 personnes ont été déplacées à l'intérieur et autour de Mossoul", qui compte habituellement deux millions d'habitants.

Selon des experts, l'EIIL est constitué en grande partie en Irak d'ex-cadres et membres des services de sécurité de Saddam Hussein ayant rejoint la rébellion après l'invasion américaine de 2003. Les troupes irakiennes, formées par les Etats-Unis qui avaient auparavant dissous l'armée de Saddam Hussein, n'ont jamais réussi à devenir une véritable force armée.

L'Irak demande officieusement de l'aide aux Etats-Unis

L'Irak a officieusement indiqué aux Etats-Unis qu'il était ouvert à l'idée de frappes aériennes américaines afin d'enrayer l'offensive jihadiste sur son territoire, a affirmé mercredi à l'AFP un responsable occidental, confirmant une information du Wall Street Journal. L'administration du président Barack Obama envisage plusieurs options pour venir en aide à Bagdad et lui fournir une aide militaire, éventuellement par le biais de frappes effectuées par des drones, selon ce responsable qui s'exprimait sous couvert de l'anonymat. A ce stade, Bagdad n'a pas officiellement formulé de requête, a de son côté affirmé un responsable américain de la Défense. Devant l'avancée fulgurante des jihadistes sunnites de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) qui ont pris au moins plusieurs villes du nord du pays et se rapprochent de Bagdad, Washington "se tient prêt" à venir en aide à l'Irak, avait affirmé dans la journée la porte-parole du département d'Etat Jennifer Psaki. Mme Psaki avait également annoncé "une augmentation de l'assistance" américaine mais exclu tout envoi de troupes américaines dans le pays. "Nous sommes en contact avec les dirigeants irakiens mais au bout du compte, c'est au gouvernement et aux forces irakiennes de faire face", avait prévenu mardi le porte-parole du Pentagone, le contre-amiral John Kirby.

Depuis le départ des militaires américains d'Irak fin 2011, Washington continue de former les forces irakiennes à des missions antiterroristes, notamment en Jordanie depuis le début de l'année. Les Etats-Unis ont également vendu pour 14 milliards de dollars d'équipements militaires à l'armée irakienne, notamment des missiles antichar, des hélicoptères d'attaque Apache et des chasseurs-bombardiers F-16 qui doivent encore être livrés.

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