Philippe Maystadt
Philippe Maystadt
Ex-président de la BEI
Opinion

30/11/14 à 10:50 - Mise à jour à 12:40

Investir dans l'avenir

Le FMI, l'OCDE, la BCE et la plupart des économistes l'affirment : la relance passe par l'investissement mais le secteur privé ne le fera pas spontanément. Nous avons donc besoin d'une impulsion publique et c'est le but du plan Juncker.

Investir dans l'avenir

Parmi les infrastructures dont l'Etat justifie une relance de l'investissement public, y compris en Allemagne. © REUTERS/Wolfgang Rattay

Cela n'a rien d'artificiel : l'état des infrastructures souvent obsolètes ou inadaptées, que ce soit dans les transports, l'énergie, la santé ou l'éducation, justifie une relance de l'investissement public, y compris en Allemagne où certaines infrastructures de transport sont véritablement en décrépitude.

Dans les conditions actuelles de très bas taux d'intérêt, de nombreux investissements publics ont un rendement économique supérieur au coût de leur financement. A court terme, ils ont un effet positif sur la demande puisqu'ils donnent du travail aux entreprises qui construisent les infrastructures, fabriquent les équipements ou réalisent les programmes de R&D. A moyen et long terme, si les investissements ont été bien choisis, c'est l'effet d'offre qui prédomine. Ce qui est crucial, c'est l'effet d'entraînement sur l'investissement privé grâce à la hausse de la productivité engendrée par les investissements en infrastructure, en R&D et en innovation. C'est pour faciliter l'investissement dans l'avenir que je défends trois idées pragmatiques.

1.Intégrer explicitement la problématique des investissements publics dans le cycle budgétaire européen. En recommandant un niveau minimum d'investissements publics à chaque Etat membre, on pourrait éviter que, pour atteindre leur objectif de déficit, les Etats membres ne sacrifient des dépenses d'investissement pourtant bien nécessaires. La tentation est forte : comme le Pacte de stabilité ne fait aucune distinction entre dépenses courantes et dépenses d'investissement, autant réduire d'abord ces dernières puisqu'il est électoralement moins dangereux de supprimer un investissement en recherche ou en infrastructure que de diminuer une allocation ou un subside de fonctionnement.

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"La relance passe par l'investissement mais le secteur privé ne le fera pas spontanément. Nous avons donc besoin d'une impulsion publique et c'est le but du plan Juncker."

2. Revoir les règles d'Eurostat pour éviter qu'elles ne pénalisent l'investissement public. Plusieurs gouvernements viennent d'en faire l'amer constat : les conséquences sur l'investissement public de l'application stricte des normes comptables européennes sont énormes. Par exemple, il est désormais obligatoire que les dépenses d'investissement soient imputées en totalité sur le déficit de l'année durant laquelle ces dépenses sont réalisées alors que, jusqu'à présent, elles pouvaient s'amortir sur plusieurs années. Si l'on doit imputer sur une seule année le coût d'investissements amortis en moyenne sur 6 années, il est à craindre qu'à déficit constant, ces investissements ne diminuent par un facteur 6. Bel exemple de schizophrénie européenne !

3.Déterminer une catégorie d'investissements publics prioritaires qui n'entreraient pas en compte pour l'application de la règle de réduction de la dette (l'écart par rapport à la valeur de référence - 60 % du PIB - doit se réduire sur trois années à un rythme moyen d'un vingtième par an). Pour entrer dans cette catégorie, un investissement public devrait remplir trois critères : l'intérêt européen, la rentabilité et la soutenabilité. On reviendrait ainsi à une version limitée et encadrée de la véritable "règle d'or" : un Etat ne peut pas emprunter pour financer ses dépenses courantes ; en revanche, il peut emprunter pour financer des investissements productifs qui augmentent le potentiel de croissance à moyen et long terme.

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