Ile de Yaya : relent de guerre froide en Arctique où la Russie déploie ses troupes

22/10/14 à 11:05 - Mise à jour à 10/11/14 à 15:47

Source: Le Monde

Une atmosphère de guerre froide plane sur la région arctique où les Russes sont actuellement en plein déploiement militaire. Ils viennent de planter leur drapeau sur un tout nouveau territoire : une île, qu'ils ont rapidement baptisée "Yaya".

Ile de Yaya : relent de guerre froide en Arctique où la Russie déploie ses troupes

Les troupes russes se déploient dans les contrées gelées d'Arctique. © REUTERS

L'île que les Russes ont surnommée "Yaya" (soit "Moi, moi!" en russe, l'exclamation des premières personnes qui l'ont vue en premier), bien que minuscule - à peine un mètre d'altitude et 500 m2 de superficie - est toutefois assez grande et stratégiquement positionnée pour être intégrée au territoire de la Russie, selon les annonces de l'agence RIA Novosti, après que le navire amiral Vladimirski a confirmé sa présence dans la mer des Laptevn au nord des côtes de Sibérie.

En s'attribuant cet espace, la Russie démontre qu'elle défend ses territoires dans ces contrées glacées. Plus ambitieuse encore, la Russie se lance désormais, sur instruction de son président, Valdimir Poutine, dans une vaste militarisation du Pôle Nord, cet immense territoire riche en ressources hydrocarbures convoité également par le Canada, les Etats-Unis, la Norvège ou encore le Danemark, comme l'explique dans The Guardian Weekly , Isabelle Mandraud, correspondante à Moscou pour Le Monde.

Les actions de la Russie en mer arctique sont ambitieuses, un nouveau groupe militaire sera formé à l'extrême nord, composé de deux brigades totalisant plus de 6000 soldats. Des gardes frontaliers seront déployés au nord de ce périmètre. Récemment, des exercices militaires armés à grande échelle ont été réalisés dans cette région, il s'agissait des plus importants depuis la fin de l'Union Soviétique.

Un relent de guerre froide

Ce genre de déploiement militaire n'est pas sans rappeler l'époque de la guerre froide, pendant laquelle les USA et l'OTAN étaient convaincus que l'Arctique pouvait servir de base de lancement pour des frappes nucléaires. Alexander Golts, analyste militaire et rédacteur en chef de Yezhenedelny, réfute ces allégations: "Nous devons remettre les éléments en perspective, ce n'est encore qu'une bataille symbolique. Regardez la carte et vous comprendrez que 6000 personnes déployées sur un si grand territoire, ce n'est pas si important ".

"Cela n'a pas de sens", surenchérit Vladimir Chuprov de Greenpeace Russia dans The Guardian. "La seule justification pourrait être la volonté, à nouveau, d'unir le peuple russe contre l'ennemi qui est soupçonné de lui prendre "son" Arctique", même s'il n'y a pas de menace. C'est un territoire de forage sur lequel la Russie peut s'entrainer et davantage une affaire de politiques internationales que d'économies ", ajoute-t-il.

La région, de par ses riches ressources gazières et pétrolières est cependant comparée à un "second Moyen-Orient", avec des réserves estimées de l'ordre de 17% pour le pétrole et 30% pour le gaz au niveau mondial, mais les conditions extrêmes et les sanctions internationales contre la Russie ont suspendu de nombreux projets d'exploitation de ces matières, relève encore The Guardian Weekly.

Isabelle Mandraud dans le média anglais aborde aussi le passage nord-est, qui s'ouvrira dès que la glace aura fondu, offrant là une alternative au Canal de Suez. Enfin, la région arctique, qui est gouvernée par des lois maritimes internationales, est aussi au centre d'autres disputes territoriales. Le Canada y mène lui aussi des exercices militaires et les relations entre Ottawa et Moscou se sont particulièrement refroidies depuis la crise ukrainienne, conclut la correspondante.

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