Grèce: les néonazis ont encore frappé

09/06/12 à 08:01 - Mise à jour à 08:01

Source: Le Vif

Jeudi matin, le porte-parole du parti Aube dorée s'en est physiquement pris à deux élues de gauche avec lesquelles il débattait en direct sur la chaîne Ant1. Alors qu"Ilias Kasidiaris reste toujours introuvable, les actes de violences des néonazis grecs semblent se multiplier

Grèce: les néonazis ont encore frappé

© Reuters

L'attaque d'Ilias Kasidiaris en direct à la télévision a médiatisé la violence du parti néonazi et bouleversé les citoyens grecs à quelques semaines d'un scrutin crucial le 17 juin.

Mais, comme l'a déclaré, Rena Dourou, la candidate de la gauche radicale (Syriza) agressée par Kasidiaris, "nous rendrons un très mauvais service à la démocratie grecque si nous considérons l'épisode d'hier comme un événement isolé". En l'espace d'une semaine, l'Aube dorée a en effet multiplié les actions violentes.
Un jour avant l'assaut du porte-parole du parti néo-nazi Ilias Kasidiaris, mercredi 6 juin, un journaliste du Jerusalem Post, Gil Shefler, a été frappé violemment à la tête, dans le centre d'Athènes.

Un groupe d'une vingtaine de personnes, armées de pieds de biche, était en train de tabasser des immigrés et des junkies, près du musée archéologique. Le journaliste a alors voulu les prendre en photo, ce qui leur a fortement déplu... Gil Shefler était en Grèce pour faire un reportage sur l'extrême droite. Il avait même tenté de rencontrer Ilias Kasiriadis. Ce dernier avait refusé de répondre à ses questions. "Nous ne donnons pas d'interview aux Israéliens pour des raisons politiques" avait-il alors déclaré.

Jeudi matin, à Serres, dans le Nord de la Grèce, Nikitas Siois, un élu d'Aube dorée, s'en prenait quant à lui à l'ancien député PASOK de cette circonscription, Stathis Koutmeridis.

Par ailleurs, à l'université de sciences politiques d'Athènes, une trentaine de membres d'Aube dorée a déferlé, jeudi en fin d'après-midi, dans un amphithéâtre. Les étudiants attaqués écoutaient une conférence sur "les mouvements armés en Europe et leur histoire". Les scènes de violence se sont poursuivies à l'extérieur de l'université. Au total, trois personnes ont été blessées selon le journal Ta nea. Le journaliste note que "quand la police est arrivée sur les lieux, les affrontements étaient terminés". La police grecque est souvent accusée de laisser agir les membres d'Aube dorée, notamment lors des ratonnades contre les immigrés qu'ils organisent dans les quartiers déshérités du centre d'Athènes.

"Beaucoup de policiers sont eux-mêmes membres d'Aube dorée", avait confié à L'Express, peu avant les élections du 6 mai, Michalis Spourdalakis, professeur de sciences politiques à l'université d'Athènes. Cette fois, les forces de l'ordre, par la voix de leur porte-parole Thanassis Kokkalakis tente de prouver qu'ils "font tout leur possible pour arrêter Ilias Kasidiaris". Reste que l'agresseur est toujours en liberté... Son prochain rendez-vous avec la justice est lundi prochain, pour une précédente agression, contre un étudiant en 2007.

Après l'épisode de jeudi matin, les partis politiques ont déclaré unanimement ne plus vouloir participer à des débats avec des représentants d'Aube dorée. Les membres du mouvement néonazi ont immédiatement répliqué dans un communiqué et décrété un embargo sur les chaînes de télévision et les journaux, qualifiés d'"organes de propagande marxiste".

Des rassemblements contre l'Aube dorée se sont tenus, ce vendredi soir, dans toutes les grandes villes du pays (à Athènes, Patras, Thessalonique...).

Les néo-nazis sont entrés au parlement lors des élections législatives de mai dernier, où ils ont obtenu près de 7% des voix. Ils sont toujours crédités à 4% pour les prochaines élections le 17 juin. Après cet événement les électeurs d'Aube dorée modifieront-ils leur choix?

Par Marina Rafenberg, L'Express

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