Grèce : la "génération sacrifiée" hurle sa colère

16/06/11 à 11:57 - Mise à jour à 11:57

Source: Le Vif

La mobilisation des Indignés gagne du terrain en Grèce, pays frappé par la crise et une cure d'austérité sans précédent. Notre correspondante était avec eux mercredi.

Grèce : la "génération sacrifiée" hurle sa colère

© Reuters

"Quand les bombes lacrymogènes ont éclaté, j'ai couru pour y échapper, mais j'ai vu surgir de nulle part des jeunes qui on dansé avec des tambours juste là où les bombes avaient atterri. Ils nous disaient de revenir, de ne pas lâcher la place. J'ai pas bien réfléchi je les ai rejoint et j'ai dansé avec eux, moi qui ne suit pas politisé pour un sous!" Jason, 18 ans, étudiant en théâtre n'en revient de cet acte de bravoure. "Je ne suis pas très téméraire dit-il mais danser comme ça et réussir à faire partir les flics surarmés c'était géant".

Autour de lui ses nouveaux amis rient de son étonnement. A les voir grimés de blanc, on pourrait croire qu'ils sont déguisés. En fait, ils se sont barbouillés le visage d'un médicament réputé miraculeux contre les gaz lacrymogènes et autres substances chimiques que la police aime ici utiliser sans retenue. Le Maalox. Couplé aux instruments de musique, aux chapeaux qui protègent de la pluie et du soleil, aux foulards de rigueur pour tout manifestant on pourrait se croire à la fête, au cirque même. Ce n'est pas tout à fait le cas, même si on n'est pas loin.

On est en Grèce, place Syntagma, devant le parlement où campent depuis maintenant 23 jours les Indignés du pays. "C'est la première fois que je descend dans la rue, explique Vassilis, 23 ans, étudiant en économie. J'étudie, alors que je sais je n'aurai pas de travail en rapport, peut être un petit boulot au noir de serveur, sans sécu, sans avenir. Je ne pourrais pas partir à l'étranger; mes parents sont trop fauchés; Je fait partie de ce qu'on appelle la génération sacrifiée; alors oui pour la première fois, je manifeste, je n'ai rien à perdre". Avant de se lancer dans les slogans, parfois bien grivois, des manifestants qui s'égosillent devant le parlement, Vassillis observe, regarde, et sourit: "ce qui ce passe ici me rend optimiste dit-il, car on n'obéit à aucun parti, aucun syndicat. Pour moi, ce sont tous des voleurs et des menteurs. Ce qui nous lie, c'est internet. Regardez ce qui s'est passé dans les Pays Arabes, ça donne la pêche non?"

Nous avons échoué, le plan de rigueur ne marche pas et on continue à mentir au peuple grec. On doit lui demander pardon et changer de politique


La pêche, les Indignés l'ont depuis mardi soir. Le socialiste Giogos Lianis a démissionné de son poste de député. Une démission qui a surpris tout le mondée et qui a mis à mal la majorité parlementaire désormais de 155 sièges sur 300. Dans la foulée, deux autres députés ont annoncé qu ils ne voteraient pas pour ce second mémorandum d'austérité; d'autres réservent leur réponse. "Nous avons échoué, le plan de rigueur ne marche pas et on continue à mentir au peuple grec. On doit lui demander pardon et changer de politique", a souligné Giorgos Lianis, ancien cadre du parti, dans sa lettre de démission.

Une démission dont le premier ministre socialiste Georges Papandréou de plus ne plus conteste se serait bien passé. Du coup il a rebondi là ou personne ne l'attendait. Il a proposé son éventuelle démission pour former un gouvernement d'union nationale mais il l'a conditionnée à l'adoption sans faille du plan d'austérité. L'opposition n'a pas répondu. Les Indignés eux avaient en fin de soirée réinvesti la place de la constitution malgré les gaz lacrymogènes et la présence massive de la police. Lentement mais sûrement, ils changent la donne. Ils ont réussi à limiter la casse entre les jeunes des Black blocs et les forces antiémeutes. Ils on chassé les casseurs de leurs rangs et ils étaient en passe de tomber le gouvernent (voir encadré). Vassilis souriait toujours en fin de manifestation, "on n'a pas réussi la chaîne humaine autour du parlement, mais le bilan n'est pas si mauvais vous ne trouvez pas?"

De notre correspondante Angélique Kourounis (L'Express)

Remaniement du Gouvernement

Le Premier ministre Georges Papandréou est engagé ce jeudi dans des discussions pour former un nouveau gouvernement, après avoir échoué à former un gouvernement d'union nationale avec le principal parti d'opposition Nouvelle Démocratie (droite) mercredi. L'annonce très attendue de la nomination de nouveaux ministres sera faite dans la journée de jeudi soir.
Le vote de confiance au Parlement doit avoir lieu d'ici dimanche soir.

Sous pression des créanciers de la Grèce, l'Union européenne et le Fonds monétaire international, Georges Papandréou souhaite faire voter d'ici fin juin un projet de loi budgétaire de moyen terme (2012-2015) renforçant l'austérité afin d'obtenir le déblocage d'une nouvelle aide financière.

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