Grèce: "Ce n'est plus le moment de jouer", prévient Donald Tusk

20/06/15 à 17:17 - Mise à jour à 17:17

Source: Belga

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a sommé vendredi la Grèce, en situation de plus en plus "critique", de vite s'entendre avec ses créanciers, faute de quoi elle ira "droit vers le défaut de paiement", dans un message vidéo sur internet.

Grèce: "Ce n'est plus le moment de jouer", prévient Donald Tusk

Donald Tusk, président du Conseil européen. © BELGAIMAGE/Emmanuel Dunand

"Nous nous rapprochons du point où le gouvernement grec va devoir choisir entre accepter ce que je pense être une bonne proposition" des créanciers (UE et FMI) et "aller droit vers le défaut de paiement", a dit M. Tusk, à trois jours d'un sommet extraordinaire de la zone euro consacré à la Grèce, lundi à Bruxelles. "Il ne reste que quelques jours", l'épreuve de force "doit cesser", a averti Donald Tusk.

La Grèce pourrait se retrouver en défaut de paiement à la fin de la semaine prochaine si aucun compromis n'est trouvé d'ici là pour la mise en oeuvre de réformes destinées à faire repartir son économie exsangue. Un accord permettrait de débloquer une tranche de prêts de 7,2 milliards d'euros, indispensable pour régler les prochaines factures. Athènes doit rembourser quelque 1,5 milliard d'euros au FMI le 30 juin.

Vendredi soir, Donald Tusk a précisé qu'outre les chefs d'Etat ou de gouvernement des 19 pays de la zone euro, la patronne du FMI, Christine Lagarde, et celui de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, étaient conviés au sommet extraordinaire de lundi. En tant que président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, est également invité.

"La situation de la Grèce devient critique. Le programme de soutien financier en cours arrive à échéance dans onze jours. Quatre mois de négociations n'ont pas permis de déboucher sur le nécessaire compromis", poursuit M. Tusk dans son message vidéo, rappelant l'échec jeudi d'une réunion des ministres des Finances de la zone euro à Luxembourg.

"Ce n'est plus le moment de jouer", insiste le président du Conseil européen, qui représente les 28 Etats membres.

Solution magique ?

Le sommet extraordinaire doit permettre d'assurer, explique-t-il, que "nous comprenions tous les positions des uns et des autres, ainsi que les conséquences qu'auront nos décisions", les inquiétudes sur une sortie de la Grèce de la zone euro étant de plus en plus ouvertement exprimées par certains dirigeants européens.

Athènes réclamait de longue date une concertation au plus haut niveau politique. Mais M. Tusk met en garde le gouvernement issu de la gauche radicale d'Alexis Tsipras contre "l'illusion qu'il puisse y avoir une solution magique au niveau des dirigeants" de l'UE lundi.

Il rappelle que les "négociations techniques détaillées" relèvent "des ministres des Finances" et que ce sont elles qui permettront in fine d'arracher un accord.

"Nous devons rester très prudents"

Des doutes subsistent quant à la capacité des autorités grecques à formuler des nouvelles propositions d'ici lundi. Toute nouvelle idée se doit d'être crédible, ont martelé des responsables européens tout au long de la journée de vendredi. "Je ne suis pas convaincu que je puisse partager des informations sensationnelles lundi", a déclaré le ministre allemand des Finances Wolfgang Schaeuble.

"Nous devons rester très prudents, nous essayons de parvenir à un accord depuis des mois, et nous n'y sommes toujours pas arrivés", a embrayé son homologue italien Pier Carlo Padoan.

"Le problème s'appelle l'Eurozone"

Alexis Tsipras se défend quant à lui en soulignant que "le problème ne s'appelle pas la Grèce, le problème s'appelle l'Eurozone". En visite en Russie, il a conclu un important accord gazier avec Moscou. "Nous sommes au milieu d'une tempête", a-t-il déclaré, ajoutant que la Grèce ne craint pas de naviguer "sur de nouvelles mers afin de trouver de nouveaux ports d'attache plus sûrs".

Athènes a sensiblement resserré ses liens avec Moscou ces derniers mois. Ce réchauffement des relations russo-héléniques est considéré comme un pied de nez par une grosse partie de ses partenaires européens alors que la Russie fait l'objet de sanctions européennes en raison de la crise ukrainienne.

La situation grecque a également été évoquée lors d'une conférence téléphonique au sein de la BCE vendredi. Aucune décision n'a été prise, mais l'agence Bloomberg indique qu'une nouvelle augmentation des prêts d'urgence pour les créanciers de la Grèce a été approuvée.

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