Grande-Bretagne : Stephen Lawrence, le procès du racisme meurtrier

04/01/12 à 15:19 - Mise à jour à 15:19

Source: Le Vif

Dix-huit ans après le meurtre raciste de Stephen Lawrence, qui avait traumatisé la Grande-Bretagne, l'acharnement de la famille a permis d'amener deux des coupables devant la justice. Ils ont été condamnés à 15 ans et 14 ans de prison ce mercredi.

Grande-Bretagne : Stephen Lawrence, le procès du racisme meurtrier

© Reuters

Il aura fallu 18 ans pour que justice soit faite dans cette affaire de meurtre raciste qui avait traumatisé la Grande-Bretagne. Deux hommes ont été reconnus coupables mardi à Londres du meurtre de Stephen Lawrence, un adolescent noir, en 1993. Cette affaire emblématique du racisme en Grande-Bretagne avait mis en cause l'attitude de la police.

Alors qu'il patientait à un arrêt de bus à Eltham dans le sud-est de Londres, avec un ami, Stephen Lawrence, un élève en architecture de 18 ans avait été attaqué par une bande de cinq jeunes blancs puis poignardé à mort. Son ami, Duwayne Brooks, noir comme lui, avait réussi à s'enfuir. Mais personne n'avait été jusque-là condamné pour ce meurtre. Cinq suspects avaient bien été arrêtés au moment des faits, mais ils avaient été mis hors de cause, faute de preuves.

Procédure privée

En septembre 1994, la famille avait eu recours à une procédure privée contre Gary Dobson et deux autres hommes, Neil Acourt et Luke Knight, mais le trio avait été acquitté.

Finalement, de nouveaux éléments avaient été découverts par la police scientifique lors de la révision du cas, en 2007: du sang, des fibres et des cheveux trouvés sur les vêtements saisis sur les accusés lors de l'enquête initiale de la police en 1993.

Le jury de la cour criminelle de Londres a donc déclaré Gary Dobson, 36 ans, et David Norris, 35 ans, coupables du meurtre de Stephen Lawrence. Les deux accusés, déclarés coupables, nient les faits. Gary Dobson et David Norris ont été condamnés mercredi respectivement à 15 ans et 14 ans de prison.

La presse britannique a mis en ligne une vidéo de surveillance réalisée par la police dans l'appartement de Gary Dobson à Eltham, en 1994. Elle le montre mimant la scène du meurtre en compagnie d'amis qui s'esclaffent. Cette vidéo, qui a été montrée au jury, est extraite d'un documentaire de la BBC:

Un affaire qui a ébranlé les médias

L'affaire a aussi secoué les médias rapporte The Independent: au moment des faits, la plupart des grands journaux avaient ignoré le crime. Et quand des manifestants avaient mis en cause des groupes locaux d'extrême droite, une partie de la presse avait fustigé les "professionnels des manifestations", rappelle le quotidien. Le cas de Lawrence avait fini par monter à la Une après que Nelson Mandela en visite à Londres, l'avait évoqué en regrettant le peu de poids que pesait la vie d'un noir en Angleterre. Alors que d'autres meurtres racistes ont été passés sous silence, celui-ci a ému parce qu'il touchait un jeune étudiant, issu d'une famille rangée et sans histoire. Mais le vrai retournement des médias est intervenu quand le pourtant très conservateur Daily Mail a publié à la une, en 1997, les photo des trois blancs suspectés d'être les auteurs du crime.

"Racisme institutionnel" au sein de la police

A l'époque, la police avait été accusée d'avoir bâclé l'enquête. Et le tollé provoqué par ces manquements avait abouti à une investigation officielle qui avait conclu en 1999 à un "racisme institutionnel" au sein de la police. Des changements de fond ont depuis lors été introduits dans les enquêtes de police.
Soulagement de la famille

En larmes au moment du prononcé du verdict, mardi, les parents de la victime ont renouvelé leurs critiques. "Si la police avait bien fait son travail, j'aurais passé ces 18 dernières années à faire le deuil de mon fils plutôt qu'à me battre pour faire traduire ses meurtriers devant un tribunal", a déclaré la mère de Stephen Lawrence, Doreen, à la sortie du tribunal. Le père, Neville, a quant à lui affirmé par le biais de son avocate qu'il ne "trouverait pas le repos" tant que tous les membres de la bande d'agresseurs ne seraient pas traduits en justice.

Catherine Gouëset

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