Gaza: 8 leçons à tirer de la crise

22/11/12 à 17:42 - Mise à jour à 17:42

Source: Le Vif

Une trêve a été conclue mercredi, entre Israéliens et Palestiniens, huit jours après le début de l'opération militaire "Pilier de défense", qui a causé la mort de 163 Palestiniens et six Israéliens. Quels enseignements peut-on tirer de cette nouvelle escalade de violence?

Gaza: 8 leçons à tirer de la crise

© AFP

Un contexte diplomatique bouleversé On a dans un premier temps comparé l'opération "Pilier de défense" à l'opération "Plomb durci" de 2009. Elles ont en effet été toutes les deux déclenchées peu de temps avant une échéance électorale, et dans les deux cas il s'agissait officiellement de mettre fin aux tirs de roquettes contre le sud d'Israël lancés depuis Gaza. Mais le contexte a complètement changé. "Les Printemps arabes ont soit amené au pouvoir des régimes plus sensible au soutien de la "Rue arabe" à la question palestinienne, soit obligé les régimes en place dans la région à en tenir compte", analyse Dominique Vidal, historien et journaliste spéciale du Proche-Orient. Par ailleurs, "bien que la communauté internationale ait fait preuve d'une incroyable timidité dans sa réaction à l'opération militaire israélienne, une intervention terrestre n'aurait pas pu obtenir le soutien des Européens et des Américains", complète l'historien.

Le Hamas savoure son succès Le Mouvement de la résistance islamique a obtenu un soutien diplomatique inégalé, avec la visite du Premier ministre égyptien, le 16 novembre, deux jours après le déclenchement de l'offensive israélienne, puis de celle des ministres des Affaires étrangères de Turquie et de 10 pays de la Ligue arabe. Si les termes de l'accord de cessez-le-feu sont respectés et qu'Israël allège le blocus que subit Gaza depuis 2007, ce sera aussi un succès politique pour le Hamas. Le mouvement a "ramené la question palestinienne au centre de l'attention internationale, et a montré qu'il est un acteur régional dont les capacités et l'opinion doivent être pris en compte", constate la journaliste israélienne Amira Hass dans le quotidien Haaretz.

Le retour des Américains au Proche-Orient A peine réélu, Barack Obama avait choisi de réaffirmer son choix de privilégier l'axe asiatique de sa diplomatie, en consacrant à cette région sa première tournée à l'étranger. Il lui a pourtant fallu expédier en urgence la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton en Egypte pour appuyer cette trêve. Le spectre de débordements régionaux en cas d'offensive terrestre israélienne, et le risque de voir "des foules de manifestants déferler contre les ambassades américaines dans les pays arabes" a sans doute joué dans ce sens, juge Chemi Shalev dans Haaretz.

Morsi adoubé dans un rôle de leader régional

"Le président Morsi a joué finement", observe Sophie Pommier. "Il a su tenir compte des attentes de la population égyptienne en réagissant très rapidement, avec le rappel de son ambassadeur en Israël, puis en envoyant son Premier ministre, un technocrate, non membre du mouvement des Frères musulmans" -dont lui-même fait partie. Morsi a réaffirmé le rôle de l'Egypte, le plus peuplé des pays arabes, comme leader régional, avec le soutien des Etats-Unis.
Le président égyptien "n'a pas remis en cause le traité de paix israélo-égyptien -ce qu'il ne peut pas faire, l'aide américaine étant conditionnée au respect de ce traité-, mais il l'a réinterpreté, en maintenant une sorte de 'paix froide' entre les deux voisins", analyse Dominique Vidal.
Les événements de Gaza "ont aussi permis à Morsi de rétablir ses relations avec les Etats-Unis, rafraîchies depuis l'entrée en force de manifestants, le 11 septembre, dans l'ambassade américaine au Caire" ajoute Sophie Pommier. Barack Obama, avait, à la suite de cet incident (certes dans le contexte de la campagne électorale américaine), sèchement rappelé que l'Egypte n'était pas un "ennemi" des Etats-Unis, mais pas non plus un "allié". Mais lors de la semaine écoulée, le président américain a appelé plusieurs fois par jour son homologue égyptien, observe Anshel Pfeffer dans Haaretz. Même le très "faucon" Avigdor Lieberman, ministre israélien des Affaires étrangères a publiquement remercié le président égyptien.
"Le président égyptien n'en reste pas moins confronté à une situation très dégradée dans le Sinaï, la région frontalière de Gaza, qui sert de base arrière à des groupuscules djihadistes palestiniens", tempère Sophie Pommier: "Malgré plusieurs tentatives, les forces de sécurité ne parviennent pas à y rétablir l'ordre".

Netanyahu et Lieberman gagnants à court terme, mais ensuite?

A priori, les dirigeants israéliens peuvent s'estimer satisfaits d'avoir mené l'opération "Pilier de défense" qui a détruit l'essentiel des stocks de missiles palestiniens de Gaza. Ils peuvent aussi se féliciter du bon fonctionnement du système anti-missile "Dôme de fer" qui, en 8 jours, a intercepté quelque 400 des 500 tirs de roquette palestiniens. Mais il est trop tôt, souligne Amos Harel dans Haaretz, pour savoir si le Premier ministre et son ministre des Affaires récolteront, dans les urnes en janvier, les "bénéfices" de cette opération militaire. Leurs adversaires ne manqueront pas de rappeler qu'au moment du cessez-le-feu de l'opération "Plomb durci" négocié par le gouvernement d'Ehud Olmert en 2009, Netanyahu avait proclamé qu'Israël aurait dû "détruire" le Hamas et Lieberman avait promis de ne pas participer à un gouvernement qui négocierait avec le mouvement islamiste, rappelle le blog dédié au Proche Orient de The Economist. Ce que la frange la plus droitière de leur électorat pourrait avoir du mal à avaler.

L'absence de soutien de la population israélienne à une intervention terrestre

La semaine dernière, Israël a rappelé ses réservistes et menacé de lancer une opération terrestre à Gaza. Comment expliquer que Tel Aviv ait finalement accepté de signer un cessez-le-feu? Sur le plan intérieur, le mouvement de contestation sociale qui a secoué en Israël en 2011 n'a peut-être pas débouché sur des transformations concrètes, "mais il a mis en cause la logique de guerre et de colonisation", juge Dominique Vidal. Des sondages récents montrent en effet que la majorité des Israéliens est hostile à une attaque contre l'Iran, et que, si plus de 80% d'entre eux ont soutenu les frappes aériennes contre Gaza, seulement 30% des personnes interrogées approuvaient l'idée une incursion terrestre.

La mise en évidence que la supériorité militaire ne peut pas tout

Les tirs de roquette qui ont touché les environs de Jérusalem et Tel Aviv "ont montré que l'écrasante supériorité militaire israélienne sur les Palestiniens ne suffit pas à garantir totalement la sécurité de la population israélienne. C'est la première fois depuis 1967 que la capitale et la ville sainte sont atteintes", observe Dominique Vidal.

Mahmoud Abbas en difficulté

Le dirigeant de l'Autorité palestinienne s'est retrouvé marginalisé dans cette confrontation. Alors que les négociations de paix sont au point mort, c'est le Hamas qui s'est retrouvé au centre de l'arène militaire, politique et diplomatique. "Toutefois, la trêve ne pourra pas s'inscrire dans la durée si aucun pas en avant n'est fait sur le plan politique", juge Dominique Vidal. La demande de reconnaissance de la Palestine comme Etat non membre à l'ONU, le 29 novembre, pourrait en constituer un, ajoute l'historien. Elle devrait être soutenue par 140 à 150 pays et a donc toutes les chances d'aboutir, puisqu'il n'y a pas de droit de veto à l'Assemblée générale. Une occasion de ramener la question palestinienne sur l'agenda international

Par Catherine Gouëset, L'Express

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