Fusillade de Munich: le forcené a sans doute piégé ses victimes via Facebook

23/07/16 à 15:37 - Mise à jour à 17:03

Source: Afp

Le tueur de Munich, David Ali Sonboly, était semble-t-il fasciné par les tueries de masse en tant que telles. Il a, selon la police, probablement tendu un piège à ses victimes en piratant un compte Facebook pour les attirer.

Fusillade de Munich: le forcené a sans doute piégé ses victimes via Facebook

Devant l'Olympia Einkaufszentrum. © REUTERS

La fusillade qui a ensanglanté Munich vendredi soir a été perpétrée par un forcené souffrant de problèmes psychiatriques, sans lien avec le djihadisme, qui a voulu "faire un lien" avec le massacre commis il y a cinq ans en Norvège par Anders Behring Breivik.

"Nous partons du principe qu'il s'agit dans cette affaire d'un acte classique d'un forcené" ayant agi "sans motivation politique", a déclaré samedi à la presse le procureur de Munich (sud de l'Allemagne) Thomas Steinkraus-Koch, au lendemain de la tuerie.

"Il n'y a pas d'autres raisons" à cet acte qui a fait 9 morts et 16 blessés, a-t-il assuré.

"Nous avons trouvé des éléments montrant qu'il se préoccupait des questions liées aux forcenés" auteurs de tueries, notamment des livres et des articles de journaux, a précisé le chef de la police de Munich, Hubertus Andrä.

"Il n'y a absolument aucun lien avec (le groupe) Etat islamique", a-t-il dit.

Le tueur, un Germano-Iranien de 18 ans identifié comme David Ali Sonboly, né à Munich et qui fréquentait une école de la ville, a ouvert le feu sur des passants vendredi soir dans un centre commercial et à promixité.

Après la tuerie, il a été blessé par un tir d'une patrouille de police puis il s'est donné la mort. Dans son sac à dos, les enquêteurs ont retrouvé environ 300 munitions, suggérant qu'il avait à l'origine l'intention de tuer un nombre encore beaucoup plus important de personnes.

Surtout, les enquêteurs ont aussi établi une connexion entre la fusillade et le tueur norvégien Anders Behring Breivik.

"Le lien est évident", a dit M. Andrä, en soulignant que la fusillade était intervenue 5 ans jour pour jour après le massacre de 77 personnes par l'extrémiste de droite Breivik, le 22 juillet 2011.

Un piège via Facebook

Le jeune homme était semble-t-il fasciné par les tueries de masse en tant que telles. En revanche, rien n'indique qu'il ait partagé les opinions politiques radicales du Norvégien.

L'auteur de la fusillade, détenteur de la double nationalité allemande et iranienne, a agi seul et n'était pas connu des services de police.

Il a, selon la police, probablement tendu un piège à un certain nombre des victimes en "piratant" un compte Facebook, afin de les attirer sur les lieux de la tuerie, un établissement de restauration rapide McDonald.

Le ministre allemand de l'Intérieur Thomas de Maizière, a souligné que le jeune homme de 18 ans avait probablement été victime dans le passé de "harcèlement" par d'autres "jeunes de son âge". "Il y a eu avant vraisemblablement un compte Facebook piraté", a expliqué M. de Maizière lors d'une conférence de presse à Berlin. Ce compte incitait les victimes à venir profiter "des offres spéciales ou des réductions" de la chaîne de restauration rapide au centre commercial où s'est déroulée la fusillade sanglante vendredi soir.

"Certains éléments laissent penser (que la personne qui a piraté le compte) est le tueur", a ajouté le ministre alors que l'invitation à se retrouver dans le fast-food était fixée à 16h00 vendredi. Selon les médias, le tireur, David Ali Sonboly, aurait posté ce message sur Facebook: "Je vous offre ce que vous voulez mais pas trop cher".

Victimes jeunes

La plupart des victimes sont très jeunes, adolescents et jeunes adultes, avec lesquelles il a pu être en contact avant les faits. Parmi les personnes décédées figurent trois Kosovars, trois Turcs et un Grec.

La police avait indiqué vendredi soir dans un premier temps "soupçonner un acte terroriste", avant de se montrer par la suite beaucoup plus prudente.

Samedi à l'aube, les forces de l'ordre ont effectué une perquisition dans la chambre occupée par le jeune homme, située dans un quartier de logements sociaux où résident de nombreux étrangers ou Allemands d'origine étrangère. Une voisine, interrogée par l'AFP sur les lieux, a affirmé connaître le jeune homme, "une bonne personne (...) qui riait comme toute personne normale".

"Je ne l'ai jamais vu en colère, je n'ai jamais entendu de problème avec la police ou avec les voisins", a témoigné Delfye Dalbi, 40 ans, qui affirme habiter au 1er étage et le jeune homme, fils de chauffeur de taxi, au 5e.

Sur une courte vidéo amateur largement diffusée sur les réseaux sociaux vendredi soir peu après la tuerie, et authentifiée par la police, on voit un riverain agonir d'injures l'auteur de la tuerie, vêtu de noir et un pistolet à la main.

"Sale métèque", lui lance ce riverain. Une voix qui semble celle de l'assaillant lui répond: "Je suis Allemand, je suis né ici", dit-il, avant de lancer : "J'étais en traitement hospitalier".

Munich s'est retrouvée en état de siège pendant plusieurs heures vendredi lors de la fusillade car la police a craint pendant longtemps que plusieurs auteurs soient à l'oeuvre et en fuite dans la ville.

Les transports en commun ont été interrompus, la gare fermée et les habitants invités à rester chez eux, tandis que plus de 2.000 policiers étaient déployés.

L'Allemagne reste sous le choc: cette tuerie est intervenue quatre jours seulement après une attaque à la hache dans un train régional également en Bavière commise par un jeune demandeur d'asile de 17 ans qui a revendiqué son geste au nom du groupe Etat islamique (EI).

Et selon le chef de la police de Munich, des éléments ont été découverts montrant que le Germano-Iranien avait aussi suivi de près l'attaque à la hache.

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