Frappes en Syrie: vers l'escalade militaire entre les USA et la Russie ?

14/04/18 à 14:42 - Mise à jour à 16:42

Source: Afp

Après les frappes occidentales sur la Syrie contre son allié Bachar al-Assad, que va faire la Russie ? Une escalade militaire est-elle probable ou Moscou devrait-il se contenter de protestations diplomatiques ?

Frappes en Syrie: vers l'escalade militaire entre les USA et la Russie ?

© Belga

Les Etats-Unis ont affirmé samedi avoir "frappé avec succès" toutes les cibles syriennes prévues par les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni, en représailles à l'emploi présumé d'armes chimiques par le régime de Damas contre son peuple.

"Nous ne cherchons pas à intervenir dans le conflit en Syrie mais nous ne pouvons permettre de telles violations des lois internationales", a déclaré une porte-parole du Pentagone, Dana White, au cours d'une conférence de presse.

"Nous avons frappé avec succès chaque cible", a-t-elle ajouté. "Les opérations de la nuit dernière ont été couronnées de succès. Nous avons atteint nos objectifs. Nous avons frappé les sites, le coeur du programme d'armes chimiques".

"Donc, la mission a été accomplie", a-t-elle ajouté en écho au tweet du président américain Donald Trump.

"Mission accomplie!", a lancé sur Twitter le président américain, saluant une frappe "parfaitement exécutée" et remerciant les alliés français et britannique "pour leur sagesse et la puissance de leur excellente armée".

Les frappes occidentales contre le régime syrien, "précises, importantes et efficaces", ont porté un tel coup au programme chimique syrien qu'il "mettra des années à s'en remettre", a pour sa part affirmé un haut responsable du Pentagone, le général Kenneth McKenzie.

"Nous pensons qu'en frappant Barzé, nous avons atteint le coeur du programme d'armes chimiques syrien", a-t-il ajouté. "Je ne dis pas qu'ils ne seront pas capables de le reconstituer. Je ne dis pas non plus que ça va continuer. Ca leur a porté un sacré coup".

Au total, les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne ont lancé 105 missiles et "nous sommes sûrs que tous nos missiles ont atteint leur cible", a ajouté le général McKenzie, démentant ainsi les affirmations de Moscou selon lesquelles 71 des missiles occidentaux auraient été interceptés.

Les frappes elles-mêmes ont duré "une minute ou deux", a-t-il souligné. Les défenses anti-aériennes russes n'ont pas été utilisées contre les forces occidentales et celles du régime syrien ne l'ont été qu'après la fin des frappes, a ajouté le général McKenzie au cours d'une conférence de presse.

"Aucun des avions ou missiles utilisés pendant cette opération, n'a été atteint par la défense anti-aérienne syrienne", a-t-il déclaré, affirmant que le régime syrien a envoyé des missiles non-guidés après la fin des frappes, prenant ainsi le risque de faire des victimes civiles.

"Quand vous envoyez une bombe en l'air sans guidage, il faut bien qu'elle tombe quelque part", a-t-il lancé, réaffirmant que les frappes n'ont fait à la connaissance des Etats-Unis aucune victime civile ou militaire.

"Nous n'avons aucune indication que la défense anti-aérienne russe ait été utilisée", a-t-il précisé.

Projet de résolution russe demandant à l'ONU de condamner les frappes

Dans une première réaction, le président Vladimir Poutine a vivement dénoncé les frappes, mais il n'a annoncé aucune mesure particulière de rétorsion, se bornant à demander la convocation d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU.

La Russie a fait circuler samedi, peu avant la réunion d'urgence du Conseil de sécurité réclamée par Moscou, un projet de résolution demandant à l'ONU de condamner "l'agression" armée occidentale contre la Syrie, selon le texte obtenu par l'AFP.

Ce projet de cinq paragraphes fait part d'une "grande inquiétude" face à "l'agression" contre un Etat souverain, qui viole, selon Moscou, "le droit international et la Charte des Nations unies". Aucune indication n'était disponible dans l'immédiat sur la date à laquelle un vote pourrait être demandé sur ce texte par la Russie.

Escalade militaire?

"Je ne crois pas à une escalade (entre la Russie et les Etats-Unis). L'objectif principal était de faire une démonstration de force, mais Washington a assez soigneusement choisi ses cibles pour que la situation n'échappe pas à tout contrôle", estime l'expert en géopolitique russe Fiodor Loukianov, interrogé par l'agence TASS.

Une opinion partagée par le responsable de l'Institut du dialogue des civilisations, Alexeï Malachenko: "Nous n'entendons rien concernant d'éventuelles frappes de riposte. Ce thème n'est pas d'actualité. A peu près tout le monde est d'accord pour dire qu'une réponse militaire de la Russie est impossible, cela serait très dangereux et pourrait aboutir à un résultat contraire à celui recherché".

"Une réponse à caractère militaire n'est pas envisagée", estime aussi Alexandre Choumiline, du Centre d'analyse des conflits du Proche-Orient à l'Institut des Etats-Unis et du Canada.

Pour M. Choumiline, interrogé par l'AFP, "les frappes occidentales ont été précises, aucun dommage n'a été infligé à la Russie ou à des citoyens russes. C'est pourquoi on ne peut répondre que dans le domaine politique, dans l'information et la propagande".

Protestations purement diplomatiques

"Il n'y a pour le moment qu'une réponse possible de la part de la Russie: la condamnation, une convocation du Conseil de sécurité de l'ONU, des protestations... Difficile de faire plus", renchérit M. Choumiline.

"Il va y avoir beaucoup de bruit, de nombreuses déclarations, mais aucune action concrète. De fait, la Russie ne peut rien faire. Il y aura une réaction de la Russie à l'ONU, mais cela n'a aucune importance", considère M. Malachenko, pour qui "la Russie a perdu la face".

Le responsable du Comité des affaires internationales au Conseil de la Fédération, la chambre haute du Parlement, Konstantin Kossatchev, avait donné le ton, dans l'une des premières réactions russes après les frappes: "La réponse, en tous cas tant que nos bases militaires en Syrie ne sont pas touchées, doit être non pas militaire mais dans le domaine du droit, en commençant par une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU".

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