François Hollande : "il n'y aura aucune dérogation au principe de laïcité"

02/05/12 à 21:18 - Mise à jour à 21:18

Source: Le Vif

Le débat entre Nicolas Sarkozy et François Hollande vient de commencer en France. Au menu : l'économie, les comptes publics, le logement, les règles de la vie démocratique et les sujets internationaux. Le tirage au sort a établi que François Hollande parlerait en premier, avant Nicolas Sarkozy, qui aura le dernier mot à la fin de la soirée.

François Hollande : "il n'y aura aucune dérogation au principe de laïcité"

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Le candidat socialiste, François Hollande, a commencé le face-à-face en expliquant aux Français quel président il sera : "je serai le président de la justice, face à la crise grave que nous traversons.Les privilégiés ont été trop protégés: ce sera la justice fiscale et sociale qui mènera mon action. Je serai le président du redressement. Ce sera un effort très long. Je veux aussi être le président du rassemblement, je veux réunir les Français qui ont été divisés. C'est ainsi que reviendra la confiance indispensable à l'égard de la politique. C'est le sens du changement que je propose."

Nicolas Sarkozy a répondu en disant que l'intervention de son concurrent était classique. "Je ne suis pas l'homme d'un parti, je ne parle pas à la gauche. Hier je me suis adressé à tous les Français. Lorsqu'on est président, on l'est aussi de ceux qui n'ont pas voté pour vous. (Interrompu par François Hollande) Notre défi M. Hollande, c'est ici d'être vrais."

Emploi et croissance

Pour diminuer le taux de chômage record en France, François Hollande évoque plusieurs propositions : "Je créerai une banque publique d'investissement, je mobiliserai l'épargne des ménages, je modifierai la fiscalité des entreprises. J'ai aussi une mesure: le contrat de générations. L'employeur qui garde le senior, le temps qu'il parte à la retraite, et qui embauchera un jeune en CDI ne paiera plus de cotisations sociales sur les deux emplois."

Nicolas Sarkozy rétorque : "vous allez créer une banque publique, celle filiale d'Oseo existe déjà. Le contrat de génération, point de différence: mobiliser des fonds publics pour conforter des emplois. Aubry critiquait, je suis d'accord, pourquoi faire des impôts alors qu'il s'agit d'emplois qui fonctionnent. Nous avons un problème de coût du travail. Il faut que le travail ne se délocalise plus, c'est pourquoi j'ai proposé d'exonérer toutes les entreprises des cotisations familiales, j'avais fait la même chose pour la taxe professionnelle. Un effort pour former les chômeurs aussi, enfin l'innovation et l'emprunt de 35 milliards d'euros pour l'innovation."

François Hollande : "Vous êtes au pouvoir depuis 10 ans. Ce n'est pas la faute à Lionel Jospin ou à François Mitterrand. C'est votre participation à la responsabilité du pays. J'ai regardé votre proposition de TVA sociale. Vous inventez une taxe nouvelle pour avoir un effet sur les politiques industrielles de très faible ampleur. Allez comprendre! Qu'avez-vous fait depuis cinq ans?"

Nicolas Sarkozy : "Elle a fait la TVA anti-délocalisation que je propose que vous refusez, trois points seulement sur cette TVA ("ce n'est pas vrai", rétorque Hollande). Vous la citez en exemple, elle fait le contraire de votre politique. C'est l'exemple à suivre, cet argument se retourne violemment contre vous."

François Hollande : "Ce n'est jamais de votre faute, vous avez toujours un bouc-émissaire. C'est les régions, c'est la crise... Ce n'est jamais de votre faute. Jamais vous."

François Hollande : "Ce n'est jamais de votre faute, vous avez toujours un bouc-émissaire. C'est les régions, c'est la crise... Ce n'est jamais de votre faute. Jamais vous." "Vous êtes toujours content de vous, quoi qu'il arrive, quoi qu'il se passe", commente François Hollande au milieu d'un échange assez tendu.

Nicolas Sarkozy : "Vous pouvez me reprocher bien des choses, mais pas de ne pas assumer mes responsabilités. Si la TVA anti-délocalisation, était une mauvaise idée, on se demande pourquoi Manuel Valls en a fait le thème de sa campagne à la primaire PS. L'Allemagne fait mieux que nous, vous l'avouez, mais refusez de prendre ses mesures. Pourquoi faire des grands discours alors que vous avez essayé d'être contre toutes mes propositions. Votre proposition pour la croissance, pas un pays au monde ne fait ce choix."

Le pouvoir d'achat

"J'instaurerai un forfait de base qui permettra aux consommateurs de payer le même tarif. Il y aura un blocage pendant 3 mois du prix de l'essence et l'instauration de la TIPP flottante : l'Etat ne gagnera pas un centime sur le carburant. J'augmenterai de 25% l'allocation de rentrée scolaire", poursuit François Hollande, moins tendu que lors de l'échange précédent.

Nicolas Sarkozy rétorque : "Sur l'électricité, votre réforme pour la payer est critiquable. Votre blocage des prix de l'essence, ça ne change rien au prix d'achat, qui va payer? C'est le contribuable. Deux centimes de moins sur le litre, c'est un milliard d'euros de déficit en plus. Aidez les gens à acheter des voitures plus économes. J'aimerais savoir comment vous ferez pour subventionner le prix de l'essence, augmenter toutes les prestations, et réduire le déficit?"

François Hollande : "Sur les carburants, vous dites 'je laisse le prix des carburants alors que dans les départements ruraux, c'est très difficile de se déplacer pour aller à son travail'. Sur le blocage des prix, ça n'est pas une solution durable, mais il faut qu'on y voie clair dans les mécanismes de la distribution. Ce n'est pas le contribuable qui paiera, mais le distributeur."

Nicolas Sarkozy : "La meilleure économie d'énergie, c'est l'économie d'énergie. Pas un pays au monde ne cherche à bloquer les prix comme vous, c'est démagogique."

Le déficit budgétaire

Nicolas Sarkozy : "vous qui êtes depuis si longtemps éloigné des dossiers... Venons-en aux faits: faire des économies, vous? Vous promettez 61 000 postes des fonctionnaires en plus, ce budget des fonctionnaires est la moitié de celui de la nation. La réforme des retraites que vous avez contestées, quel Père la vertu vous faites! Vous niez le pouvoir d'achat des salariés. Vous mentez!"

Quand Nicolas Sarkozy l'accuse de mentir, François Hollande enfonce le clou déjà placé plus tôt: "Ce leitmotiv devrait m'être insupportable, mais dans votre bouche, il devient une habitude."

"La France est le seul avec l'impôt sur la fortune, sa réforme est intégralement financée par les plus fortunés, par augmentation des droits de succession. Dire que nous faisons des cadeaux aux riches, c'est du mensonge", continue le président sortant.

François Hollande répond : "vous avez inventé le bouclier fiscal pour permettre aux plus fortunés de recevoir un chèque du trésor public. Ce sont vos proches." Quels proches ? relance Nicolas Sarkozy. François Hollande place le nom de Liliane Bettencourt.

Nicolas Sarkozy : "Je veux moins de pauvres, vous voulez moins de riches. Nous sommes dans un monde ouvert. Vous voulez continuer à les augmenter? C'est quoi une personne riche? Les emplois et le capital se délocalisent. Vous proposez, pour votre folie financière, votre incapacité à dire non dès qu'un syndicat vous le propose, des augmentations."

"Moi, je protège les enfants de la République. Vous, vous protégez les privilégiés, c'est votre droit. Je rétablirai le départ en retraite à 60 ans dès lors qu'on a 41 ans de cotisation et qu'on a commencé tôt", dit François Hollande.

Nicolas Sarkozy : "Nous avons le taux d'encadrement le plus élevé dans l'éducation de l'OCDE, vous trouvez que tout va bien, que ce n'est qu'un problème de quantité? Il faut augmenter leur rémunération en diminuant leur nombre. Vos 61 000 postes paupériseront la fonction. Je propose d'augmenter de 25% leur rémunération sur la base du volontariat. Vous serez incapable de trouver des économies, laxisme et folie dépensière. Sur les retraites: la pénibilité est instaurée par la réforme que j'ai conduite. En revenant sur cette réforme des retraites, vous allez faire payer les salariés avec leurs cotisations!"

Dans le domaine de l'enseignement, Hollande veut contrer les "idées fausses" de Sarkozy: "Le taux d'encadrement dans le primaire est le plus bas dans l'OCDE. Nous avons perdu l'attractivité de l'école maternelle, car seulement 10% des moins de 3 ans sont scolarisés en maternelle. (...) Vous avez supprimé purement et simplement la formation des enseignants, il n'y en a plus."

La zone euro

François Hollande veut miser sur la croissance : "Il convient d'instaurer des règles pour que les pays se mettent en bon ordre, dans les clous, pour réduire les déficits. Mais je conteste le fait qu'il n'y a eu aucune dimension de croissance. Nous serions condamnés pour toujours à l'austérité, sans qu'il y ait de relance de la croissance. (...) J'ai proposé un programme en 4 points pour le relancement de la croissance: créer des enrobons, mobiliser la banque européenne d'investissement, mobiliser des fonds structurels inutilisés, créer une taxe financière."

Nicolas Sarkozy : "Vous parlez d'une France dégradée, elle emprunte à un taux faible record: ma gestion n'a pas été si désastreuse que ça. Votre déplacement fut d'aller en Espagne recueillir le soutien de Zapatero et dire le bien que vous pensiez de sa politique (Hollande l'interrompt: "parlez de vous de votre politique") J'ai créé la taxe sur les transactions financières, elle rapportera un milliard d'euros. L'augmentation du capital de la BEI, dans le traité, vous inventez le fil à couper le beurre, c'est déjà dans le traité européen. L'Eurobond, financer la dette des autres? Je n'en veux pas."

"L'Europe ne s'en est pas sortie. L'Europe est confrontée à une possible résurgence de la crise, avec une austérité généralisée. Je n'en veux pas. Notre élection est très regardée par les opinions publiques européennes, parce qu'elles veulent savoir qui sera le prochain président français et s'il aura la capacité de faire bouger l'Allemagne, s'il aura l'ampleur nécessaire pour mettre en place un programme de relance de la croissance à l'échelle de l'Europe", répond François Hollande.

Nicolas Sarkoy : "L'austérité, je ne l'ai pas voulue, où a-t-elle frappé ? Partout où vos collègues socialistes dirigent en Europe, elle est forcée de s'appliquer."

François Hollande : "Non, vous ne savez pas faire de compromis. Face à l'Allemagne, vous n'avez rien obtenu. (...) Mon devoir, si je deviens président de la République, sera de donner une autre orientation à l'Europe que celle que vous lui avez donnée."

L'immigration

"L'immigration légale doit être maîtrisée, mais sans objectifs impossibles à atteindre", affirme François Hollande.

Nicolas Sarkozy : "La France est un pays ouvert, je sais moi même d'où je viens. Mais nous avons accueilli trop de monde, il faut réduire le nombre de ceux que nous accueillons. Les prestations sociales sont parmi les plus généreuses, en France, et les attirent. Je souhaite un juge unique pour ces thèmes, je propose que pour tout nouvel entrant un examen de français et de connaissance du pays avant l'entrée sur le territoire avant l'âge de 16 ans."

"Les centres de rétention sont nécessaires. Je les garderai. La personne qui risque de s'enfuir doit y être placée", réplique François Hollande, alors que Nicolas Sarkozy brandit une lettre qu'il a adressée à France Terre d'Asile pour souligner ses "contradictions".

Sur le vote des étrangers non-communautaires François Hollande dit que "ceux qui paient des impôts locaux doivent pouvoir participer aux élections locales. Pour faire passer cette réforme, il faut la majorité des trois cinquièmes. S'il n'y a pas de majorité, ce sera au peuple français d'en décider."

"En 2008, vous étiez favorable au droit de vote aux étrangers non-communautaires sans condition de réciprocité. Vous changez de position, vous en avez le droit. Il y a des étrangers qui sont là depuis des années, musulmans ou pas, pratiquants ou pas, et qui ne conçoivent pas la participation à une élection locale comme un moyen de pression religieuse. Et il y a des citoyens français musulmans: font-ils des pressions communautaires, des revendications communautaires? Sous ma présidence, il n'y aura aucune dérogation au principe de laïcité."

Le nucléaire

Nicolas Sarkozy commence sur ce sujet : "Pourquoi sacrifier le nucléaire pour un accord politique misérable? Nous n'avons jamais connu un accident grave en France. Lors de Fukushima, nous avons mené un audit de sécurité. Enfin, il ne nous empêche pas de développer les énergies renouvellables, passées de 10,5 à 13%, mais il faut les deux ensemble, nous n'avons pas d'énergie fossile."

François Hollande : "Nous avons une double dépendance. A l'égard du pétrole. Et à l'égard du nucléaire. J'ai considéré que nous devions avoir un objectif de long terme: conserver le nucléaire mais abaisser sa part à mesure que les énergies renouvelables seront stimulées et développées."

En conclusion

Nicolas Sarkozy : "Président de la République, c'est assumer ses responsabilités, en première ligne, il doit conduire des changements difficiles dans un contexte complexe. Je pense qu'un président ne peut pas dire "on n'y peut rien", comme disait Jospin, ni "on a tout essayé", comme Mitterrand. Un président est mûri par l'expérience des crises qu'il a affrontées. J'ai tout donné pendant cinq ans. Cette expérience, j'ai considéré qu'aujourd'hui fait qu'on ne peut pas être à contre-courant du monde. Il faut porter un projet de très forte ambition."

"Moi président de la République", explique François Hollande, en répétant à chaque fois ce début de phrase, "je compte être un président qui respecte les Français, qui ne veut pas être chef de tout et responsable de rien. Je ne traiterai pas mon Premier ministre de collaborateur. Je ne participerai pas à des collectes de fond pour mon parti. Je laisserai la justice travailler de façon indépendante. Je ne nommerai pas les chefs de l'audiovisuel public. Je ferai réformer le statut pénal du chef de l'Etat. Je ferai un acte de décentralisation. Je ferai en sorte que les partenaires sociaux soient considérés. J'engagerai de grands débats, comme celui de l'énergie. J'introduirai la proportionnelle aux législatives de 2017. J'essaierai d'avoir de la hauteur de vue pour fixer les grandes orientations, je ne m'occuperai pas de tout mais je garderai de la proximité avec les Français."

Le vif.be, avec L'Express.fr

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