France: ouverture d'une enquête après les déclarations de la comptable

07/07/10 à 14:49 - Mise à jour à 14:49

Source: Le Vif

La justice française a ouvert une enquête à la suite des affirmations de l'ex-comptable de l'héritière de L'Oréal Liliane Bettencourt, évoquant une remise d'espèces en 2007 à Eric Woerth, à l'époque trésorier de la campagne de Nicolas Sarkozy.

France: ouverture d'une enquête après les déclarations de la comptable

© EPA

Cette enquête a été ouverte mardi "sur la base des déclarations de Mme Thibout", comptable de Liliane Bettencourt pendant douze ans, qui a quitté son service en novembre 2008. L'ancienne comptable de la femme la plus riche de France affirme que le ministre du Travail, Eric Woerth, a reçu, en tant que trésorier du parti majoritaire UMP, 150.000 euros en liquide en mars 2007 pour financer la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy.

Claire Thibout a été entendue lundi à deux reprises par les policiers dans le cadre d'une autre enquête ouverte pour vol et atteinte à la vie privée. Elle a affirmé aux policiers qu'à la demande de Patrice de Maistre, gestionnaire de fortune de Mme Bettencourt, elle avait remis 50.000 euros à Mme Bettencourt et que M. de Maistre lui avait indiqué que cet argent était destiné à Eric Woerth.

Dans un entretien au site d'information Médiapart, Claire Thibout a par ailleurs affirmé que Patrice de Maistre avait également prélevé en Suisse 100.000 euros pour les remettre à M. Woerth lors d'un dîner. Patrice de Maistre qui a lui aussi été entendu lundi par les policiers, "conteste formellement les allégations mensongères" de Claire Thibout, selon son avocat Me Pascal Wilhelm.

Eric Woerth et l'entourage de Nicolas Sarkozy ont aussi vivement démenti ces accusations.

La presse demande des explications

Pas de remaniement immédiat

La presse française demande au président Nicolas Sarkozy de s'expliquer après les accusations sur un possible financement illicite de sa campagne électorale en 2007, démenties par l'exécutif. "Depuis trois semaines, la parole est à l'accusation", écrit le quotidien conservateur Le Figaro. "Si Nicolas Sarkozy veut éviter la crise de confiance qui se dessine, il doit parler et se défendre face aux attaques", ajoute-t-il.

Pour L'Humanité (communiste), ces "accusations sont désormais trop graves et trop précises pour n'être traitées que par le dédain ou l'arrogance".

"On brocardait l'hyper-président, on s'alarme désormais d'un infra-président et ce n'est pas moins inquiétant", juge le quotidien économique La Tribune. "Comme pour son équipe de foot, la France navigue sans capitaine, ou presque" et "pour que cette crise d'autorité ne dégénère en crise de régime, on attend la parole du président, et les actes", ajoute-t-il.

La presse régionale va dans le même sens. "Il faut maintenant un électrochoc", affirme Le Journal de la Haute-Marne, tandis que Sud-Ouest considère que "désormais c'est tout simplement l'avenir du quinquennat et le destin de Nicolas Sarkozy", qui se jouent.

"Aussi bien pour son autorité dans le pays que pour son image au dehors, le sommet de l'Etat ne peut rester noyé dans les brumes de l'équivoque", juge le quotidien L'Alsace.

Le Premier ministre français François Fillon a exclut tout remaniement gouvernemental à court terme pour mettre fin à la tourmente. "Notre priorité politique ce n'est pas le remaniement", a déclaré M. Fillon aux députés de sa majorité. "Nous n'ajouterons pas à la crise économique et financière une crise politique", a-t-il ajouté. "Nous ne cèderons pas à l'agitation", a-t-il encore dit.

L'opposition de gauche, mais aussi certains membres de la majorité, ont demandé un remaniement gouvernemental. L'ex-Premier ministre Alain Juppé a ainsi plaidé pour un "profond remaniement" et un "changement de méthode" afin de "remettre le gouvernement en situation de gouverner".

De son côté, Nicolas Sarkozy a appelé aujourd'hui les membres du gouvernement à faire preuve de "sang-froid" et à se concentrer sur leur travail, a rapporté le porte-parole du gouvernement Luc Chatel.

Interrogé sur une éventuelle intervention publique du chef de l'Etat, pressé de s'exprimer par certains responsables de sa majorité, M. Chatel s'est borné à répéter que Nicolas Sarkozy aurait "l'occasion de s'exprimer" au cours du Conseil des ministres du 13 juillet où doit être présenté le projet de loi sur la réforme des retraites.

Le Vif.be, avec Belga

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