France: le futur incertain des migrants de la "Jungle" sur le point de fermer

06/10/16 à 12:01 - Mise à jour à 12:11

Source: Afp

Distribution de valises, commerces fermés, repas quotidiens en baisse: depuis l'annonce par les autorités françaises du démantèlement de la "Jungle" de Calais (nord), des milliers de migrants, entre inquiétude et espoir, se préparent au départ quand d'autres ont déjà quitté le plus grand bidonville de France.

France: le futur incertain des migrants de la "Jungle" sur le point de fermer

© Reuters

Par une matinée fraîche d'automne, l'allée centrale du camp, à l'accoutumée pleine de vie, est quasiment vide. Seuls deux épiceries et un restaurant afghan sont ouverts.

Amjad, un migrant pakistanais coincé sur le camp depuis un an, est impatient de tourner la page.

"Ça fait six mois qu'on nous dit que la +Jungle+ c'est fini, mais ça ne se termine jamais !", s'agace-t-il. "Tout le monde ici sait qu'il va bientôt devoir partir et se demande ce qu'il va faire. Moi, je prendrai le train pour Paris".

Plus loin, plusieurs dizaines de migrants patientent devant le centre d'accueil de jour pour un petit-déjeuner.

De l'aveu des associations, leur nombre a nettement baissé depuis que le président français François Hollande a annoncé fin septembre le démantèlement "avant la fin de l'année de la "Jungle", où vivent encore entre 7.000 et 10.000 migrants.

"On est redescendu sous la barre des 3.000 repas quotidiens alors qu'il y a encore trois semaines, on était à 4.500", remarque Stéphane Duval, qui gère ce centre d'accueil.

Même constat à l'Auberge des Migrants, l'une des principales associations d'aide, qui distribue "4.000 repas par jour contre 5.000 il y a 15 jours", d'après son président Christian Salomé.

"Selon nous, des personnes qui n'ont pas envie de rester en France sont déjà parties, notamment à Grande-Synthe", un camp de migrants situé à une trentaine de km à l'est.

D'autres ressentent "quelques inquiétudes sur la manière dont le démantèlement va se passer", confie Stéphane Duval. Conséquence: les 1.500 places du centre d'accueil provisoire de la "Jungle", qui n'a "pas, pour l'heure, vocation à disparaître", ont été prises d'assaut et affichent complet, explique-t-il.

'L'Angleterre ou rien'

A la différence du démantèlement en mars de la zone sud du camp, celui de la zone nord semble susciter moins d'hostilité. Les autorités françaises prévoient de relocaliser les migrants de Calais dans quelque 160 centres d'accueil disséminés sur tout le territoire, ce qui a suscité quelques réactions d'hostilité dans certaines communes.

"Démanteler la zone sud, c'était réduire la surface, mais garder le camp et donc empirer la situation. Maintenant, il y a une possibilité pour les migrants qui restent en France d'avoir une situation meilleure", commente M. Salomé.

Un espoir partagé par Noah, un jeune Soudanais: "C'est bien que le démantèlement arrive, quand la +Jungle+ sera détruite, on nous dispersera dans de meilleurs endroits".

Mais pour beaucoup d'autres, atteindre l'Angleterre reste toujours l'objectif ultime. A l'image d'Aldon, un Soudanais de 20 ans: "C'est l'Angleterre ou rien, assure-t-il. Alors, tant que je peux, je reste ici et quand ils démantèleront, je ne m'éloignerai pas trop".

"Le problème, ce sont les gens qui veulent toujours aller en Angleterre: on ne sait pas où ils vont aller", déplore M. Salomé.

Son association, qui distribue déjà sacs et valises aux migrants en prévision de leur départ, a également lancé un appel aux dons pour des tentes et des duvets, de crainte de retrouver "les personnes dans les jardins publics, sous les ponts ou dans les champs", explique-t-il. A ce moment-là, il faudra recommencer "à leur fournir des tentes, des bâches, des duvets..."

L'autre grande incertitude concerne les mineurs isolés: où iront-ils après le démantèlement?

Les associations dénombrent actuellement entre 900 et 1.200 jeunes de moins de 18 ans à Calais, le plus souvent originaires du Soudan, d'Afghanistan, d'Ethiopie ou d'Erythrée. D'après l'ONG France Terre d'asile, "entre 20 et 25% doivent avoir de la famille" en Grande-Bretagne.

Mais depuis le printemps, Londres n'a autorisé qu'environ 70 d'entre eux de rejoindre leur famille au Royaume-Uni en vertu du "rapprochement familial", déplore Médecins sans frontières.

Le cadre légal pour les mineurs isolés est beaucoup plus complexe. Une fois éparpillés aux quatre coins de France, "comment peut-on être sûr que le suivi de ces dossiers continuera d'être assuré?", s'inquiète l'association.

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