France: la fronde agricole reprend de la vigueur

27/07/15 à 14:48 - Mise à jour à 14:48

La fronde du monde agricole en France a repris de la vigueur avec de nouvelles manifestations de colère lundi, notamment à la frontière avec l'Allemagne où des barrages ont été installés pour refouler les camions chargés de produits étrangers.

France: la fronde agricole reprend de la vigueur

© Belga - ULI DECK

L'accalmie a été de courte durée après la présentation, la semaine dernière, d'un plan d'urgence du gouvernement socialiste en faveur de l'élevage et un accord pour relever les prix du boeuf, du porc et du lait.

Les protestataires ont repris leurs actions pour dénoncer entre autres les "distorsions de concurrence" favorisant selon eux leurs homologues étrangers aux charges de production moins lourdes.

La mobilisation était particulièrement forte lundi en Alsace (est) où, selon le puissant syndicat FNSEA, des agriculteurs ont refoulé "entre 200 et 300 camions étrangers" après avoir pris place la veille au soir sur six passages routiers, dont cinq ponts, entre la France et l'Allemagne.

Les manifestants alsaciens s'en sont pris aux camions arrivant d'Allemagne chargés de produits agroalimentaires ou de matières premières agricoles, dont ils vérifient systématiquement les cargaisons. Des poids lourds transportant du fromage de Slovaquie, de la viande ou des fruits et légumes allemands ont notamment dû faire demi-tour.

"Nous avons déjà refoulé entre 200 et 300 camions, qui transportaient des produits qui nous font des distorsions de concurrence", a déclaré à l'AFP le patron régional de la FNSEA, Franck Sander, affirmant que plus de 1.000 éleveurs et cultivateurs se relayaient sur ces barrages.

Les pouvoirs publics doivent trouver des "solutions concrètes" pour régler ce problème avec les agriculteurs des pays voisins, a-t-il lancé, fustigeant une "surenchère de normes" et des coûts de main-d'oeuvre plus élevé en France.

Dans l'ouest, le plus touché par la crise, plusieurs centaines d'agriculteurs bretons et normands ont investi, au volant de leurs tracteurs, une autoroute reliant Paris à la Bretagne, paralysant le trafic autour de Laval, où se trouve le siège du groupe Lactalis, un des géants mondiaux du lait.

-'Vivre de notre travail'-

Dans le Sud-Ouest, un barrage filtrant érigé dans la nuit sur une autoroute par une centaine d'agriculteurs pour fouiller les camions venant d'Espagne a été levé après plusieurs dizaines de contrôles.

Mais d'autres opérations ont été menées contre des supermarchés, notamment à Saint-Girons, entre Toulouse et l'Espagne, où des manifestants ont confisqué 300 kilos de viande pour les distribuer à des associations caritatives, selon la FNSEA.

Les éleveurs de la région promettent de poursuivre leurs actions, notamment dans le Gers (sud-ouest) où le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll est attendu mardi et où se déroule à Marciac l'un des plus importants festivals de jazz d'Europe, qui attire chaque année des dizaines de milliers de touristes.

Pour attirer l'attention, les éleveurs avaient bloqué la semaine dernière plusieurs hauts lieux touristiques comme l'abbaye du Mont Saint-Michel (ouest), la grotte préhistorique de Lascaux (sud-ouest) ou encore le château de Chambord (centre).

En déplacement en Provence (sud), le président François Hollande a tenté d'apaiser la colère en promettant de nouveau le soutien du gouvernement. "Que les agriculteurs soient sûrs, actions ou pas actions, que nous sommes à leurs côtés", a-t-il assuré.

Réagissant au blocage des frontières, Stéphane Le Foll a appelé à la modération, rappelant que "la France et les productions françaises exportent aussi" vers les pays voisins. "La situation est quelquefois encore plus dramatique dans d'autres pays européens".

L'Espagne avait protesté vendredi auprès de la France après des agressions ayant visé au moins trois camions ibériques.

Interrogé sur les revendications des agriculteurs en faveur d'une harmonisation des charges au sein de l'Union européenne, le ministre a évoqué des "discussions en cours" mais fait valoir que Paris ne pouvait "pas décider pour d'autres gouvernements".

Avec AFP

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