France : La droite lave son linge sale en public

12/09/11 à 17:23 - Mise à jour à 17:23

Source: Le Vif

Affaire Bettencourt, attentat de Karachi, révélations de Bourgi... Les réglements de compte empoisonnent la droite française, à coups de révélations sur d'étranges valises de billets. La droite a beau s'époumonner, elle a bien du mal à se débarrasser des dossiers qui embarrassent son propre camp.

France : La droite lave son linge sale en public

© EPA

De l'affaire Bettencourt aux révélations de Robert Bourgi, en passant par l'enquête sur l'attentat de Karachi, des témoins évoquent des financements occultes -mallettes de billets, enveloppes garnies ou rétrocommissions- ayant servi à payer des campagnes électorales. Les révélations gênent tantôt le camp sarkozyste, tantôt le clan chiraquien/ de Villepin. Et parfois tout le monde. Petite plongée en eau saumâtre.

L'affaire Bettencourt

Dans le cadre d'une dispute juridique entre Liliane Bettencourt et sa fille, l'ex-comptable de l'héritière de l'Oréal, Claire Thibout assure le 1er juillet 2010 sur Mediapart que ces derniers distribuaient de l'argent liquide aux politiques, notamment 150 000 euros pour financer la campagne de Nicolas Sarkozy au printemps 2007. Déclarations qui entraînent quelques jours plus tard l'ouverture par le parquet de Nanterre d'une enquête préliminaire pour financement illégal d'activités politiques.
En septembre 2010, Médiapart révèle que dans un carnet de 2007, le photographe François-Marie Banier relate que Liliane Bettencourt lui a confié avoir donné de l'argent à Nicolas Sarkozy, alors en pleine campagne pour la présidentielle.
En septembre 2011, dans Sarko m'a tuer (Stock), l'ouvrage de deux journalistes du Monde, la juge Prévost-Desprez affirme que l'ancienne infirmière de Liliane Bettencourt avait "confié à (sa) greffière, après son audition par (elle): 'J'ai vu des remises d'espèces à Sarkozy mais je ne pouvais le dire sur procès-verbal'". Ce que l'infirmière démentira ensuite. L'affaire a en tout cas déstabilisé la droite pendant des semaines et a provoqué la chute du ministre du Travail, Eric Woerth, qui était aussi le trésorier de l'UMP. Le pouvoir sarkozyste y voit la main de Dominique de Villepin. Dans l'affaire Clearstream, dans laquelle il a été relaxé en première instance en janvier 2010, l'ancien Premier ministre n'a-t-il pas comme défenseur Me Olivier Metzner, celui-là même qui représente la fille de Liliane Bettencourt, Françoise Meyers-Bettencourt?

L'affaire Karachi

Quelles sont les causes de l'attentat de Karachi en 2002? L'explosion d'un bus avait tué 15 personnes, dont 11 salariés Français de la Direction des constructions navales (DCN) travaillant sur le contrat Agosta de vente de sous-marins au Pakistan.

Pour le juge Yves Trévidic, l'attentat de 2002 pourrait avoir été provoqué par l'arrêt du versement de commissions à des intermédiaires pakistanais, après l'élection de Jacques Chirac en 1995. Pour les chiraquiens, une partie de cet argent serait en effet revenue en France pour financer la campagne présidentielle de son ex-ami, Edouard Balladur.

Ces éventuelles malversations financières en marge des contrats Agosta et Sawari II de vente de frégates à l'Arabie Saoudite en 1994 font l'objet d'une instruction judiciaire menée par les juges Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire.

A cette occasion ont ressurgi des épisodes troubles, comme le versement sur le compte de campagne du candidat Balladur de 7 millions de francs en liquide. Une manne providentielle dont l'ancien candidat comme son trésorier de l'époque peinent à expliquer la provenance.

A l'époque, le porte-parole du candidat Balladur s'appelait Nicolas Sarkozy, qui était aussi ministre du Budget. D'autres personnalités de la majorité sont également citées, comme l'actuel ministre de la Défense, Gérard Longuet, à l'époque trésorier du Parti républicain.

L'étrange M. Takieddine

L'un des principaux acteurs de l'affaire Karachi serait un homme d'affaires libanais, Ziad Takieddine. Ce personnage aurait été imposé en 1994 dans le dossier par Renaud Donnedieu de Vabres, un proche de François Léotard, alors ministre de la Défense. Takieddine a toujours nié être mêlé de près ou de loin au contrat des sous-marins Agosta.

Cet homme d'affaires est en tout cas un proche de plusieurs personnalités de la majorité. Médiapart a publié une série d'articles dans lesquels on peut voir Ziad Takieddine et ses invités en vacances. Y figurent ainsi l'ami fidèle de Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux, mais aussi l'ex-chiraquien Jean-François Copé.
Bizarrement, cet homme richissime n'aurait pas payé d'impôt en France, où il possède selon une estimation de Médiapart un patrimoine d'environ 40 millions d'euros. Cela devrait lui valoir un redressement fiscal.

Le site publie également des documents indiquant que Takieddine aurait été mandaté entre 2005 et 2007 comme intermédiaire par Claude Guéant, alors directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy à l'Intérieur, lors de contrats avec le dictateur libyen Mouammar Kadhafi.

Les révélations de Robert Bourgi

La dernière mèche allumée l'a été par l'avocat Robert Bourgi, fils spirituel du créateur de la Françafrique, Jacques Foccart. Brouillé avec les chiraquiens, cet émissaire de la France auprès de bon nombre de potentats africains raconte avoir remis à de multiples reprises des valises d'argent liquide à Jacques Chirac, puis à Dominique de Villepin. Le tout pour un montant estimé, selon lui, à "20 millions de dollars". Toujours selon Bourgi, ces pratiques auraient cessé avec l'arrivée de Nicolas Sarkozy. Une version à laquelle ne croit guère l'ancien conseiller chiraquien, Jean-François Probst, interrogé par le Parisien.

La gauche, elle, observe avec amusement ce feu nourri entre ténors de la droite. Candidate écologiste à la présidentielle, Eva Joly s'est interrogée sur le timing de ces révélations de Robert Bourgi. Pourquoi maintenant? "Pour moi, la réponse est claire, il était urgent d'ouvrir un contre-feu contre cinq dossiers très dangereux pour Nicolas Sarkozy et ses hommes proches", a accusé l'eurodéputée. "Et je pense spécifiquement à Takieddine", a-t-elle dit.

Ségolène Royal, de son côté, juge "épouvantables" ces règlements de comptes au sein de la droite. "ce système en décrépitude est à bout de souffle et il est temps de mettre un bon coup de balai", a estimé la candidate à la primaire PS, sur France 5, dimanche 11 septembre.

L'express.fr

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