France : l'extrême droite espère forcer la porte de l'Assemblée nationale

07/06/12 à 13:56 - Mise à jour à 13:56

Source: Le Vif

Forte du score de sa candidate Marine Le Pen à la présidentielle française (17,9% des voix), l'extrême droite compte jouer les trouble-fête aux législatives et obtenir quelques sièges malgré le cordon sanitaire maintenu vaille que vaille autour d'elle par la droite classique.

France : l'extrême droite espère forcer la porte de l'Assemblée nationale

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Sur le papier, compte tenu de sa solide implantation dans le sud-est de la France et de sa popularité croissante dans certaines zones industrielles en déshérence du nord, l'objectif du Front national (FN) de revenir au Parlement après quinze ans d'absence pour constituer une "vraie opposition" au gouvernement de gauche semble à portée de main.

Au premier tour de la présidentielle, sur 577 circonscriptions, Mme Le Pen est arrivée en tête dans 23 et deuxième dans 93 autres.

Candidate à Hénin-Beaumont (nord), elle espère ainsi faire son entrée à l'Assemblée nationale. Elle mène une campagne très dure face au tribun de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon qui ne la ménage pas non plus.

Mais ses chances sont plus faibles que celles de Gilbert Collard, un médiatique avocat marseillais qui se présente à Saint-Gilles (sud-est) et qui pourrait être le seul député FN à l'issue de cette élection qui se tient dimanche prochain et le 17 juin.

Il faut en effet compter avec le mode de scrutin, majoritaire à deux tours, qui barre pratiquement la route aux partis exclus des alliances avec d'autres mouvements.

Or l'UMP (Union pour un Mouvement populaire), le grand parti de droite, a interdit à ses candidats, sous peine d'exclusion, de passer des accords avec le parti de Mme Le Pen, accusée d'avoir fait perdre l'ancien président Nicolas Sarkozy à la présidentielle en déclarant qu'elle voterait blanc au second tour.

Il n'est pas exclu cependant que quelques candidats UMP éliminés au premier tour passent outre ces consignes et appellent à voter au second pour le candidat du FN.

La campagne présidentielle très droitière teintée de populisme menée par M. Sarkozy a en effet laissé des traces: en disputant au FN les thèmes du protectionnisme et de l'immigration, il a contribué à accentuer la porosité entre les électorats et incité des élus locaux à plus de conciliation avec le FN.

Longtemps ostracisé pour les dérapages racistes de son fondateur Jean-Marie Le Pen et ses ambigüités sur les valeurs républicaines, le parti d'extrême droite aujourd'hui présidé par sa fille Marine vise à la banalisation, sans rien changer sur le fond.

Sa normalisation est manifestement jugée insuffisante par le président socialiste François Hollande qui a reçu cette semaine les représentants des principaux partis politiques pour préparer le prochain sommet du G20, mais pas Mme Le Pen.

Cependant la moitié des Français (51%) estime aujourd'hui que le FN est un parti comme les autres, et ce pourcentage monte à 65% chez les électeurs de droite qui sont favorables à 55% à des alliances au cas par cas, selon un récent sondage.

Dans les circonscriptions où elle sera éliminée, l'UMP décidera lundi quelle consigne elle donnera à ses électeurs: abstention ou appel à voter pour un candidat de gauche afin de faire barrage au FN. Ce dernier choix a la faveur du courant humaniste chrétien mais n'est pas partagé par le chef du parti, Jean-François Copé.

Quant à Mme Le Pen, elle souffle le chaud et le froid: elle a annoncé que ses candidats se maintiendraient partout où ils le pourront mais qu'ailleurs le FN se déterminera au cas par cas, pour l'abstention, en faveur d'un candidat UMP, ou même d'un candidat de gauche.

Sa stratégie est d'enfoncer un coin dans l'unité fragile de l'UMP pour conduire à une recomposition de la droite. Et, à terme, participer au pouvoir.

Le Vif.be, avec Belga

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