Fin d'époque à Fleet Street, rue mythique de la presse à Londres

05/08/16 à 21:42 - Mise à jour à 21:42

Source: Afp

Les deux derniers journalistes qui travaillaient à Fleet Street, la mythique rue de Londres associée à 300 ans d'histoire du journalisme, ont envoyé vendredi leurs ultimes articles, tournant une page de l'histoire de la presse britannique.

Fin d'époque à Fleet Street, rue mythique de la presse à Londres

© Belga

Depuis le départ en juillet 2009 de l'Agence France-Presse (AFP), qui était la dernière rédaction internationale, il n'y restait que les éditions écossaises D.C Thomson et leur Sunday Post, le deuxième quotidien dominical écossais. Mais les effectifs sont petit à petit tombés de 15 reporters aux deux derniers, Gavin Sherriff et Darryl Smith, employés au 185-186 de cette artère.

A cette adresse a été publiée la première version anglaise authentique du Manifeste du parti communiste de Karl Marx tandis que Sweeney Todd, "le diabolique barbier de Fleet Street", a égorgé ses clients au 186.

Cette rue qui relie le Strand à la cathédrale Saint Paul, est désormais le lieu de prédilection des banques et des cabinets d'avocats. Il y a encore 30 ans, l'ensemble de la presse nationale et l'agence Reuters au coude à coude avec l'AFP, étaient concentrés sur quelques centaines de mètres, seulement séparés par des pubs de légende, véritables annexes des rédactions.

"Il y a encore un attachement à Fleet Street en tant que centre de la profession et nous sommes les ultimes porteurs de torche", a déclaré vendredi à l'AFP, Darryl Smith, 43 ans, assis à son bureau du 185 Fleet Street.

L'exode a commencé sous l'impulsion du magnat Rupert Murdoch qui, pour casser une interminable grève du syndicat du Livre, a déménagé en 1986, en un week-end, quatre de ses titres à grand tirage -Times, Sun, Sunday Times, News of the World- dans l'est de Londres, à Wapping, une véritable forteresse dont les syndicats feront en vain le siège.

- "Rue de la Honte" -

Gavin Sherriff, 54 ans, travaille à Fleet Street depuis 32 ans. Interviews de tueurs célèbres, compte-rendus d'audiences criminelles, looping en avion militaire ou excursion aérienne à Jersey pour apporter des bananes à un gorille ont marqué sa carrière.

Fleet Street était "bien différente" à ses débuts, se souvient-il.

"Je me souviens de mon entrée, en tant que bleu, dans un bureau envahi de fumée de cigarettes. Vous aviez du mal à voir à travers la pièce et c'était très bruyant avec le bruit caractéristique des machines à écrire".

Connue dans la mémoire collective sous le nom de "rue de la Honte" pour les histoires graveleuses des tabloïds, Fleet Street a été pour la première fois associée à la presse en 1500 lorsque le Hollandais Wynkyn de Worde y a fondé une imprimerie.

Le premier journal de la rue, le Daily Courant, s'est installé en 1702. Saint Bride, l'église du quartier, continue de pleurer les membres de la presse tués de par le monde.

Charles Dickens et Samuel Johnson étaient ainsi des habitués du pub Ye Olde Cheshire Cheese.

"L'histoire du lieu suinte des murs", confie Darryl Smith qui a commencé à travailler dans cette rue en 1991.

Son ultime mission, "ironiquement", a été de rédiger la page "Souvenirs" du Sunday Post qui revient sur les événements historiques qui ont eu lieu cette semaine d'août, au fil des ans.

"C'est un jour plus triste pour la profession que pour moi. Vu le nombre des gens qui ont travaillé dans cette rue - de grands journalistes rédigeant des histoires fascinantes -, je ne mérite pas d'être le dernier", a-t-il estimé, s'attendant à avoir "une boule dans la gorge" en refermant son ordinateur.

Satisfaits d'avoir été licenciés, Darryl Smith vise désormais le journalisme sportif tandis que Gavin Sherriff a plusieurs idées de livres.

"Nous sommes une note de bas de page dans l'histoire de Fleet Street", estime, avec une certaine fierté, Gavin Sherriff, heureux que son nom soit désormais la réponse à une question du Trivial Pursuit.

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