Nicolas de Pape
Nicolas de Pape
senior writer
Opinion

14/03/17 à 10:05 - Mise à jour à 10:03

Fillon, l'homme à abattre

Après les révélations du Journal du Dimanche sur la garde-robe de François Fillon alimentée par un riche mécène, le candidat LR à la présidentielle française peut-il raisonnablement parler de chasse à l'homme ?

Fillon, l'homme à abattre

François Fillon, le 2 mars 2017, en campagne dans la campagne nîmoise © Reuters

Une justice étrangement expéditive qui le convoque à deux jours du bouclage des parrainages, le Parquet national financier, en revanche, qui se refuse, avec une célérité là-aussi déconcertante, à enquêter sur Macron à propos de l'affaire de favoritisme à Las Vegas prétextant que c'est "trop complexe" (alors que l'affaire Pénélope est on ne peut plus simple). Le Canard Enchaîné qui feuilletone chaque semaine ses révélations reprises en boucle par l'ensemble du PAF, uniquement à charge, évacuant le débat de fond...

François Fillon, dont le temps de parole est décompté lorsqu'il assure sa défense, gêne assurément le landerneau médiatico-judiciaire. Bien qu'il soit exagéré de parler de conjuration, il y a, à cet ostracisme, 6 raisons essentielles :

1/ Héritier idéologique du déjà honni Sarkozy, François Fillon est nettement plus déterminé que son ancien patron. Il a des convictions solidement ancrées alors que Sarkozy, si l'on en croit l'étude extrêmement documentée de Patrick Buisson (La Cause du Peuple, Perrin), n'en avait rigoureusement aucune. La "dangerosité" idéologique du Sarthois n'en est que plus grande.

2/Fillon est catholique conservateur, opposé en son for intérieur à l'avortement. Il vit dans un château. On n'est pas loin du marquis Balladur que Plantu dessinait toujours dans un fiacre. Or dans le monde cathodique, anticlérical par essence, la religion catholique "bourgeoise" fait office de punching ball, à l'inverse de la mansuétude qui y règne envers l'Islam rigoriste, "religion des opprimés".

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Héritier idéologique du déjà honni Sarkozy, François Fillon est nettement plus déterminé que son ancien patron

3/Fillon est anti-social. Il a annoncé, fort maladroitement d'ailleurs, des coupes sombres dans la fonction publique : 500.000 fonctionnaires en moins sur la mandature et une thérapie de choc pour les soins de santé qu'il veut faire revenir à l'équilibre. Les dépenses publiques atteignent 57% du PIB en France (47% en Allemagne) qui emprunte sur les marchés pour payer les retraites des fonctionnaires dont les salaires pèsent près de la moitié des dépenses. L'équilibre des comptes publics est pour Fillon une nécessité mais pas pour la Justice ou la presse qui soulignent que la fonction publique, au contraire, manque de moyens...

4/Fillon, contre la gauche romantique à la Raphaël Glucksmann qui a pris fait et cause pour l'Ukraine, s'est positionné précocement en faveur d'un rapprochement avec Poutine pour vaincre Daech. Une géopolitique de rupture qui ne plaisait pas à tout le monde à l'époque d'Obama.

5/Sur le curseur ouverture/fermeture à l'immigration, Fillon se range plutôt à l'idée de frontières étanches et pour une identité française forte, contrairement à Emmanuel Macron, le "candidat des médias", pour qui il n'y a pas de culture française mais une "culture en France".

Enfin, le candidat LR a remis plusieurs journalistes à leur place, notamment lors du débat des Primaires où il a exigé qu'on parle des vrais problèmes.

A "L'Emission politique" de France 2, devant une Lea Salamé et un David Pujadas médusés, il s'est plaint qu'une émission aussi sérieuse se conclue par les frasques humoristiques de notre compatriote Charline Vanhoenacker, s'aliénant ainsi la caste des humoristes qui donnent des leçons sans jamais en recevoir. L'effet boomerang était prévisible

Bref, même s'il a largement tissé la corde pour le pendre avec ses références gaulliennes et sa posture de chevalier blanc, Fillon a un profil qui peut très largement hérisser.

Attendons fin avril pour voir si cet acharnement, volant la victoire presque naturelle à la droite, ne va pas parachuter Marine Le Pen à l'Elysée. Le syndicat français de la magistrature devrait alors ériger un nouveau "mur des cons"... à l'effigie, cette fois, des magistrats.

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