Ferrari, c'est mortel

16/09/12 à 12:44 - Mise à jour à 12:44

Source: Le Vif

Dompter un bolide frappé du cheval cabré n'est pas donné à tout le monde. Quand le mythe dérape, des vies se perdent. La preuve par quatre.

Ferrari, c'est mortel

© Reuters

Fin des années 1960, Serge Gainsbourg fait cracher, sensuellement, à Brigitte Bardot, plus icône sexuelle à cette époque que prêtresse de la défense des animaux : "Je tiens bien moins à la vie qu'à mon terrible engin..." L'homme à la tête de chou associe, déjà, une belle mécanique à une bombe blonde davantage faite de chair que d'os. Cuir, chrome, sensualité, fantasme. Ce qu'une Harley-Davidson est aux deux-roues, Ferrari l'est aux quatre jantes. Culte. Objet de désir. Gros cube blinquant. Excessif. Vrombissant. Pétaradant. Mythique.

Ainsi, notamment, dans le film culte Against All Odds (1984) : sur une musique de Phil Collins, une Porsche 911 blanche et une Ferrari 308 GTS rouge s'offrent un scénario d'enfer dans les rues de Los Angeles. L'on doit à Cary Loftin - alerte cascadeur de 70 printemps - d'avoir immortalisé le rôle de Gary Davis. Car avec plus de 400 chevaux sous le capot, le bolide frappé du cheval cabré ne se laisse pas maîtriser par le premier chauffeur venu.

Certains l'ont appris trop tard, en y laissant leur vie. Plusieurs histoires récentes nous le rappellent.

Crash en Belgique

Le 1er septembre, une tragique sortie de route survient sur l'E 42. En revenant du circuit de Spa-Francorchamps, Jacques Devergnies, directeur commercial de la Loterie nationale, plante sa Ferrari sur un poteau d'éclairage en berne centrale de l'autoroute. Le passager de 15 ans qui l'accompagnait perd également la vie dans ce choc plus que probablement dû à une vitesse excessive. La parquet de Verviers le laisse immédiatement penser en analysant les traces de freinage. Jacques Devergnies a voulu s'autoriser et offrir quelques secondes de rêve et de frisson. Il n'a pas maîtrisé sa machine.
N'est pas Jacky Ickx qui veut... Le Belge a mené à six reprises sa Ferrari 308 B2 à la victoire en formule 1. Il demeure une référence pour son coup de volant et son attitude de gentleman qui colle parfaitement au mythe italien.

Scandales en Chine La réputation des engins imaginés et inventés du côté de Maranello a traversé les continents. La Chine s'est ainsi approprié un joli petit parc des célèbres voitures italiennes. Et cela non sans mal. Un double immense scandale secoue le pays depuis quelques semaines. La première affaire mêle argent, crime, pouvoir et corruption. En cause : une Ferrari noire littéralement explosée dans les rues de Pékin, la semaine dernière. A l'autopsie, il s'est murmuré que le conducteur a été retrouvé très légèrement vêtu en compagnie de deux passagères encore moins apprêtées... Le pouvoir tentera d'étouffer la sale affaire. C'est que l'auteur du fatal méfait est un certain Ling Gu, le fils de Ling Jihua, haut dirigeant chinois (chef de la direction générale du comité central du Parti communiste) et proche du président, Hu Jintao. Ling Jihua a été muté à un poste nettement moins en vue. L'affaire a pris une dimension politique car elle oppose les réformateurs aux conservateurs. D'autant que, depuis des mois, c'est la Ferrari du fils du secrétaire général du parti à Chongqing - 33 millions d'habitants, quand même - qui fait jaser. Le rejeton est allé cueillir la fille de l'ambassadeur américain à Pékin au volant d'un bolide transalpin. De quoi choquer beaucoup, et les rivaux du secrétaire général : il a été exclu du comité central du PC.

Balances en France

La France connaît l'affaire Michel Neyret, révoqué par le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, en ce début de semaine. Neyret, c'était "le" superflic lyonnais. "Un poulet à l'ancienne", aurait dit Michel Audiard. Trente ans de carrière pour infiltrer, renifler et faire tomber les rois de la truande. Son quotidien, c'était fréquenter indics et caïds. L'homme aurait fini par franchir la frontière : la justice française a estimé que Michel Neyret avait couvert certains de ces amis/indics, ceux-là qui lui assuraient de pouvoir vivre à l'£il dans une somptueuse villa de la Côte d'Azur, d'emmener ses maîtresses dans les meilleurs restaurants du coin sans devoir régler de (salées) additions ou de pouvoir se balader sans devoir contracter de prêt en... Ferrari. Evidemment.

Tendance en sport

La Méditerranée, sa mer, ses routes escarpées et ses belles pépées : Dieumerci Mbokani y a goûté. C'est à l'AS Monaco que l'ancien footballeur attaquant du Standard de Liège et actuel meilleur joueur d'Anderlecht s'est offert - pour se consoler sans doute de ne pas beaucoup shooter - une Ferrari FF à 260 000 euros. "Dieu" a fait sensation avec son bolide et sa plaque monégasque sur le parking du "RSCA Training Centre" de Neerpede... "J'ai travaillé dur pour m'acheter cette voiture", a justifié le Congolais, dingue de bagnoles, qui a promis à Herman Van Holsbeeck, le manager général des Mauves, de ne pas faire le fou au volant. Fort heureusement, la rubrique des faits divers n'a pas dû rendre compte, à ce jour, d'un accident grave mêlant Mbokani.

Emile Mpenza, lui, avait défrayé la chronique en abîmant vilainement sa Ferrari grise en 2000. L'ancien Diable rouge avait 22 ans. Il a tapé un rail du côté de Crisnée, fatigué manifestement d'un trajet le ramenant de Gelsenkirchen (Allemagne). Plus de frayeur que de mal... Depuis, le Portugais Rui Costa, son illustre compatriote Cristiano Ronaldo et le Français Louis Saha, entre autres, ont crashé leur Ferrari - la 599 GTB Fiorano pour les trois premiers, la 459 Italia pour le quatrième. Le Camerounais Samuel Eto'o (la 599 Fiorano) et l'Italien Mario Balotelli (la 458) gardent intacte, jusqu'ici, la leur. Prix de base, de chacune : 250 000 euros.

L'on doit à Sergio Pininfarina d'avoir dessiné les plus belles Ferrari, dont la Testarossa, et d'avoir ainsi entretenu le mythe, le bon goût à l'italienne, le "Made in Italy". Le grand designer s'est éteint à 85 ans, au début de cet été. L'homme avait été profondément touché par la mort de son fils Andrea, victime, en 2008, d'un accident de la route à Turin. Andrea roulait en deux-roues. Pas en Harley. En Vespa.

ALEXANDRE CHARLIER







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