Ferguson : même les militaires ne mettent pas fin aux émeutes

19/08/14 à 10:16 - Mise à jour à 10:16

Source: Le Vif

Les policiers ont une nouvelle fois dû faire usage de gaz lacrymogène pour disperser des manifestants lundi soir à Ferguson (Missouri), en proie à de violentes émeutes depuis qu'un policier a abattu un jeune Noir atteint par au moins six balles, dont une fatale à la tête.

Ferguson : même les militaires ne mettent pas fin aux émeutes

© Reuters

Les agents, en équipement anti-émeute, encadrés par un véhicule blindé du SWAT et un hélicoptère, ont ordonné à plusieurs reprises aux personnes rassemblées de se disperser. Ils ont ensuite tiré des grenades de gaz lacrymogène peu après 23h00 locales (06h00 heure belge mardi), provoquant la dispersion de la foule - moins nombreuse que celle qui avait affronté la police dimanche.

Plus tôt lundi, des militaires de la Garde nationale ont été déployés pour épauler la police locale. Grâce à ces renforts, aucun couvre-feu n'a été mis en place lundi, contrairement à samedi et dimanche, a expliqué le gouverneur Jay Nixon, soulignant la mission "limitée" des militaires, censés monter la garde autour du quartier général de la police.

En fin de journée, un journaliste de l'AFP a vu environ 200 agents de la Garde nationale arriver et s'équiper au QG. Des tireurs d'élite étaient postés sur les toits des commerces alentour. "Ils sont censés protéger les Américains, mais ils font la guerre aux citoyens non armés", s'est emporté Ron Henry, un jeune Noir, interrogé par l'AFP. Barack Obama, briefé par son ministre de la Justice Eric Holder lundi après-midi, a dit avoir recommandé au gouverneur une utilisation "limitée" de cette force. "Je surveillerai dans les jours qui viennent qu'elle aide, plutôt qu'elle n'aggrave la situation", a-t-il prévenu, ajoutant que M. Holder se rendrait sur place mercredi.

Le déploiement massif de policiers lourdement équipés, souvent d'armes de guerre, a exacerbé les tensions plutôt que de les apaiser. Le président a réitéré son appel à la "retenue", estimant que rien n'excusait "l'utilisation de la force excessive par la police". "Si je comprends les passions et la colère nées de la mort de Michael Brown (...) piller (des magasins) ou attaquer la police ne peut que contribuer à faire monter les tensions, cela affaiblit la justice plutôt que cela ne la renforce", a affirmé le président. Tout en soulignant avec insistance qu'il entendait rester "prudent" sur le fond du dossier tant que l'enquête était en cours, M. Obama a abordé la question des inégalités raciales aux Etats-Unis, jugeant qu'un long chemin restait à parcourir avec des communautés "qui se retrouvent souvent isolées, sans espoir et sans perspectives économiques". "Dans de nombreuses communautés, les jeunes gens de couleur ont plus de chances de finir en prison ou devant un tribunal que d'accéder à l'université ou d'avoir un bon emploi", a-t-il souligné. "Nous avons fait des progrès extraordinaires mais nous n'avons pas fait de progrès suffisants."

Signe de la fébrilité ambiante: un photographe de l'agence Getty Images a été brièvement détenu par la police lundi soir. Dans la nuit de dimanche à lundi, Ferguson a connu sa pire nuit d'émeutes depuis la mort du jeune homme, incitant le gouverneur à mobiliser la Garde nationale. Dimanche soir, les manifestations avaient dégénéré quelques heures avant le couvre-feu instauré pour la seconde nuit consécutive.

Deux blessés par balle et 31 arrestations

En dépit d'un appel au calme du président Barack Obama, la ville a connu une nouvelle nuit d'émeutes à caractère racial qui s'est soldée par deux blessés par balle et 31 arrestations, a annoncé la police mardi.

Les victimes ont été blessées par des tirs provenant des manifestants, a précisé devant la presse Ron Johnson, responsable du maintien de l'ordre. Il a assuré que la police -appelée par M. Obama à la "retenue"- n'avait pas ouvert le feu et n'avait fait usage de gaz lacrymogène qu'en dernier recours.

Quatre policiers ont été blessés par des jets de projectiles et certains des quelque 200 manifestants qui lançaient des pierres et des cocktails molotov sur les forces de l'ordre venaient de New York et de Californie, a ajouté le capitaine Johnson.

Aucune trace de lutte selon les résultats de l'autopsie

"Six balles ont été tirées", a déclaré l'ancien médecin légiste de la ville de New York. Les quatre premières balles ont atteint l'adolescent au bras droit, les deux dernières à la tête. "Il n'y avait pas de trace de lutte", a également ajouté le médecin légiste, semblant contredire la version officielle selon laquelle Michael Brown, qui n'était pas armé, aurait été impliqué dans une altercation avec la police avant d'être tué par balles en pleine rue le 9 août par un policier blanc de 28 ans.

Le médecin légiste a ajouté que seule la dernière balle, qui a atteint le jeune homme au sommet du crâne avait été fatale. Un autre médecin légiste a précisé que la victime, "se penchait en avant", lorsqu'il a été touché en haut de la tête. "L'autopsie confirme ce que les témoins ont dit sur le fait qu'il essayait de se rendre, nous pensons que le policier aurait du être arrêté", a commenté un des avocats de la famille. Trois autopsies du corps de Michael Brown ont été ordonnées, l'une par les autorités locales, qui n'en ont révélé aucun détail, l'autre par la famille, dont les détails ont été rendus publics lundi et une troisième, dimanche, par le ministre américain de la Justice Eric Holder.

Une pétition pour équiper la police de caméras après la mort d'un jeune Noir

Une pétition pour équiper tous les policiers américains d'une caméra embarquée va être examinée par la Maison Blanche après la mort récente d'un jeune Noir non-armé tué par un gardien de la paix à Ferguson (Missouri), secouée depuis par des émeutes. Lundi matin, le texte, qui appelle au vote de la loi Mike Brown, du nom de ce jeune Noir de 18 ans, mort le 9 août après avoir essuyé au moins 6 tirs d'un policier blanc, avait récolté plus de 112.00 signatures. Selon un programme mis en place par le président Obama, la Maison Blanche est contrainte de se pencher sur toute pétition ayant rassemblé plus de 100.000 signatures.

La pétition propose que chaque policier national et municipal soit équipé d'une mini-caméra portée sur le corps afin "non seulement d'éviter toute mauvaise conduite mais également assurer le respect des procédures". Les habitants de la ville de Ferguson, à majorité noire mais surtout dirigée par des Blancs, manifestent depuis une semaine leur colère dans la rue car ils estiment que le policier a agi en toute illégalité lors de ce drame qui a ravivé une nouvelle fois le problème du racisme aux Etats-Unis.

L'utilisation de caméras embarquées dans d'autres localités américaines a permis de réduire drastiquement le nombre de plaintes déposées à l'encontre de policiers. Dans la ville de Rialto en Californie, l'utilisation de la force par la police a baissé de 60% et les plaintes contre les forces de l'ordre ont baissé de 88%, selon le New York Times.

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