Famine : l'aide humanitaire débute enfin en Somalie

28/07/11 à 09:56 - Mise à jour à 09:56

Source: Le Vif

Le programme alimentaire mondial a mis en place ce mercredi un pont aérien pour aider les Somaliens victimes d'une sécheresse sans précédent.

Famine : l'aide humanitaire débute enfin en Somalie

© Image Globe

La pire sécheresse depuis 60 ans, un financement et une coordination humanitaire difficiles au regard du contexte politique somalien... Une lueur d'espoir. Le programme alimentaire mondial (PAM) a débuté ce mercredi son pont aérien sur Mogadiscio pour aider les victimes de la sécheresse en Somalie. Mais l'aide humanitaire y continue de faire cruellement défaut, car au-delà de la Somalie, c'est toute la Corne de l'Afrique qui est actuellement touchée par la sécheresse, soit quelque 12 millions le nombre de personnes en situation critique selon les Nations unies.

Annoncée mardi par la directrice du PAM, Josette Sheeran et reportée pour des raisons d'autorisations douanières, un premier appareil, avec à son bord 10 tonnes de suppléments nutritionnels pour les enfants, a enfin rejoint Mogadiscio mercredi après-midi. L'objectif est d'acheminer au total 100 tonnes par une dizaine de vols.

Le Bureau de coordination des Affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) a fait le point sur la situation, mercredi, avec les ambassadeurs des pays donateurs à Nairobi. Cette réunion a été présentée par le ministre français de l'Agriculture, Bruno Le Maire, comme une nouvelle conférence des donateurs après celle de Rome lundi. Elle était en fait simplement destinée à discuter du travail des agences en Somalie, de l'état des financements et des "différents signaux" envoyés par les insurgés islamistes shebab.

Une situation géopolitique délicate

Face à la gravité de la sécheresse, les rebelles, qui se réclament d'Al-Qaïda, avaient promis début juillet de laisser travailler les agences humanitaires. A une condition, si "leur intention (était) seulement d'aider ceux qui souffrent". Mais ila semaine dernière, ils avaient déclaré que les agences humanitaires comme le PAM, bannies à partir de 2009, restaient interdites.

Les participants à la réunion d'OCHA de mercredi ont souligné la nécessité d'utiliser des "partenaires" déjà présents sur place, comme Médecins sans frontières (MSF) ou le Comité international de la croix rouge (CICR), pour renforcer l'aide aux victimes de la sécheresse. De nombreuses réserves ont été émises sur la capacité du PAM d'ouvrir de nouveaux programmes.

Les organisations humanitaires étrangères, quant à elles, n'ont pas été totalement désertées les zones sous contrôle islamiste. Mais les contraintes auxquelles elles sont soumises - notamment l'absence d'expatriés sur place - ont fortement limité l'acheminement de l'aide et les sources de financement. Les pays donateurs s'inquiètent des risques de détournement de l'aide.

L'exode vers les pays voisins

Le 20 juillet, l'ONU a déclaré en état de famine deux provinces du sud somalien que contrôlent les shebab - le sud de Bakool et Lower Shabelle. OCHA craint que cette famine ne s'étende d'ici un à deux mois aux huit provinces du sud somalien, largement tenues par les insurgés, si "l'accès humanitaire" aux régions en crise n'est pas assuré.

Ces obstacles à l'aide et les conflits armés qui minent la Somalie aggravent les effets de la sécheresse. La population a fui le pays par dizaines de milliers ces derniers mois. L'ONU estimait jusqu'ici à plus de 3000 le nombre de personnes fuyant tous les jours la Somalie vers le Kenya et l'Ethiopie voisins, et à quelque 1000 autres celles quittant des régions du centre et du sud pour Mogadiscio.

Le Kenya, Djibouti, l'Ethiopie, l'Ouganda sont aussi affectés par la sécheresse. La communauté internationale craint également pour l'ultra-fermée Erythrée voisine, trou noir en matière d'information. L'Erythrée "est une autre zone à laquelle nous avons un accès très limité," a reconnu dimanche à Nairobi Josette Sheeran, assurant que le PAM faisait tout ce qu'il pouvait "pour essayer de comprendre la situation là-bas".

Le Vif.be, avec L'Express.fr

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