Expatriation : les difficultés taboues de ceux qui partent

01/07/16 à 12:04 - Mise à jour à 12:14

Source: Le Vif

Partir en Erasmus en Espagne, faire une année sabbatique en Australie, décrocher un emploi au Canada... De plus en plus de jeunes se lancent dans l'aventure, plein d'espoir. Suscitant parfois la jalousie de ceux "qui n'ont pas osé". Pourtant, tout n'est pas rose dans le monde des expatriés.

Expatriation : les difficultés taboues de ceux qui partent

© Flickr/Karoline

Dans l'inconscient collectif, une expérience à l'étranger, c'est un peu comme l'eldorado. Comme si l'herbe était toujours plus verte ailleurs. Comme si le fait de travailler au soleil pouvait rendre la tâche moins difficile ou simplement moins fatigante.

Le site internet Konbini met en lumière trois difficultés majeures que rencontrent les personnes qui ont choisi de vivre pour un temps, ou pour toujours, loin de leur patrie et de leur famille. Des difficultés auxquels les primo arrivants n'ont peut-être pas songé.

La solitude culturelle

La première difficulté quand on décide de quitter son pays, sa famille et ses amis, est bien sûr la solitude. Mais la solitude culturelle est un sentiment d'isolement particulier. On est partagé entre un grand sentiment de liberté : "maintenant tout est possible", "personne ne va me juger", "je recommence à zéro", "je peux enfin être moi-même" et l'impression d'être perdu dans un océan de nouveautés. D'où le besoin, souvent très présent chez les expatriés, de se retrouver entre Belges, entre francophones ou même entre Européens.

"La solitude culturelle, c'est comprendre que l'anomalie ici, c'est nous. Nos manières de faire, tout ce qui est pour nous confortable culturellement, n'est pas en vigueur dans notre environnement. Pas de repos possible. Pas de pause dans l'adaptation culturelle, sauf pour ceux qui ont une communauté autour d'eux (clé d'une immigration réussie) auprès de laquelle se ressourcer et se sentir pleinement intégrés quelques heures par jour", explique Konbini.

La culpabilité

Partir, signifie aussi être absent. Ne pas être là pour les moments clés de l'existence de ses proches peut créer un fort sentiment de culpabilité. Rater un mariage, une naissance ou pire, un décès, sont autant de raison de se sentir coupable. Mais aussi ne pas être là pour ses proches dans toutes les petites difficultés du quotidien. Ce sentiment peut être d'autant plus fort si l'entourage resté au pays est plein de ressentiment à l'égard de celui qui est loin. Cela peut même devenir un fardeau insupportable dans certains cas.

"Les "aléas de la vie" sont déjà difficiles à surmonter quand on est sur place, la distance et l'impuissance qu'elles provoquent les rendent souvent "trop gros pour soi". Ça déborde, ça prend toute la place jusqu'à éclipser la vie là-bas. La tête est ailleurs", affirme Konbini.

L'épuisement

L'expatrié ne s'autorise aucun répit. L'échec serait très difficile à supporter pour celui qui a décidé de partir, parfois contre l'avis de son entourage qui aurait bien vite fait de lui dire : "on te l'avait bien dit". Un retour anticipé serait alors perçu comme un échec.

"Les plus tenaces et les plus orgueilleux (donc les plus jeunes) iront parfois au bout d'eux-mêmes, jusqu'à mettre en péril leur santé, pour démontrer que leur expérience n'est pas un échec. Qu'ils sont autonomes. Qu'ils peuvent réussir ailleurs. Qu'ils avaient raison", argumente Konbini.

En Australie, pays par excellence du "Backpaking" (voyage en sac à dos) avec le Canada, certains jeunes voyageurs fauchés vont même jusqu'à mendier dans la rue. Tout, plutôt que de demander de l'aide ou rentrer plus tôt.

Au niveau de la charge de travail, elle peut aussi fortement varier en fonction du pays dans lequel on se trouve. Certaines cultures sont beaucoup plus exigeantes professionnellement que ce dont on a l'habitude en Europe. Ce qui peut déstabiliser l'expatrié et le faire rapidement déchanter.

Si tous les voyageurs et expatriés ne sont pas forcément confrontés aux mêmes difficultés. Avant un départ, mieux vaut s'y préparer, histoire de ne pas tomber de haut et garder un souvenir amer d'une expérience ratée.

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