Exode de clandestins : Rome et Tunis jouent l'apaisement

15/02/11 à 10:16 - Mise à jour à 10:16

Source: Le Vif

L'Italie a proposé ce lundi une aide "opérationnelle" à la Tunisie pour lutter contre l'afflux massif de clandestins sur ses côtes.

Exode de clandestins : Rome et Tunis jouent l'apaisement

© EPA

Calmer le jeu. Après l'arrivée massive de clandestins sur l'île italienne de Lampedusa ces derniers jours, les frictions entre les deux pays avaient pris un tel tour que le ministre italien des Affaires étrangères, Franco Frattini, s'est rendu à Tunis pour rencontrer le Premier ministre, Mohamed Ghannouchi, lors d'une visite éclair en marge d'un voyage prévu de longue date en Syrie et en Jordanie.

A l'issue de l'entretien, M. Frattini a indiqué lui avoir offert une "coopération pragmatique et opérationnelle dans le respect de la souveraineté de l'Etat tunisien" pour endiguer l'exode de clandestins.

Le ton était monté ce week-end entre Rome et Tunis après l'arrivée en cinq jours de quelque 5000 clandestins sur l'île italienne de Lampedusa (138 km des côtes tunisiennes), pour la plupart des Tunisiens partis chercher un emploi en Europe.

Le ministre italien de l'Intérieur, Roberto Maroni, avait indiqué dimanche son intention de demander l'envoi de ses policiers en Tunisie, une idée jugée "inacceptable" par Tunis qui avait rejeté "toute ingérence dans ses affaires intérieures" et toute "atteinte à sa souveraineté", tout en se disant "prêt à coopérer.

L'Italie a également décidé d'une aide d'urgence de cinq millions d'euros pour la Tunisie et annoncera une ligne de crédit de 100 millions lors de la conférence internationale sur les réformes dans ce pays prévue en mars à Carthage, a indiqué Franco Frattini.

Ashton également sur place

La tension entre les deux pays s'était imposé à l'ordre du jour de la chef de la diplomatie européenne, la Britannique Catherine Ashton, arrivée lundi à Tunis pour une visite destinée au départ à apporter le soutien de l'UE aux réformes politiques et à la relance économique cruciale pour la transition. "La Commission à Bruxelles est en contact avec la Tunisie et l'Italie pour régler ce problème de clandestins", avait-elle indiqué lors d'une conférence de presse alors que l'Italie avait demandé "l'intervention urgente" de l'UE.

Lundi, les arrivées de migrants tunisiens à Lampedusa ont cessé, selon l'Organisation internationale sur les migrations (OIM).

Sur les côtes tunisiennes, à Gabes, Sfax ou Zarzis, villes du sud à fort taux de chômage d'où sont partis des centaines de jeunes, les forces de l'ordre ont renforcé leurs contrôles.

A Zarzis, l'armée patrouillait dans les rues à bord de blindés légers et était très présente au port de pêche dont elle bloquait l'accès aux non pêcheurs. "Nous faisons tout pour bloquer l'activité (des) passeurs", a déclaré un gradé de l'armée.

"Si c'était à refaire, je le referai sans hésitation. Il n'y a pas de place pour moi en Tunisie. La révolution tunisienne, ce n'est que du blabla, rien n'a changé et rien ne changera", a confié le rescapé d'un naufrage, Muhamed Handoula, 29 ans.

L'UE débloque 17 millions d'euros pour la Tunisie

Les revendications des clandestins rappellent au gouvernement l'ampleur de la réponse sociale à apporter aux Tunisiens qui au départ de leur contestation ayant mené à la chute de l'ancien régime réclamaient du pain et la dignité d'avoir un emploi.

Mme Ashton a annoncé que l'UE allait "immédiatement débloquer 17 millions d'euros pour aider le gouvernement" et 258 millions d'euros d'ici à 2013.

Elle a également espéré que le "statut avancé" serait prêt à être ratifié par le gouvernement issu des élections prévues dans six mois. La Tunisie tient particulièrement à obtenir de l'UE ce statut qui ouvre la voie à un traitement douanier préférentiel.

Dans ce contexte d'attentes et d'incertitudes, les Tunisiens ont célébré lundi un mois de leur révolution. "Ben Ali est parti !" "Vive le peuple!", chantaient des Tunisois. Le vendredi 14 janvier, après 23 ans de pouvoir sans partage, et après près d'un mois de contestation populaire marquée par plus de 200 morts, Ben Ali, 74 ans, fuyait son pays.

Une aide italienne de 5 millions, un crédit de 100 millions

L'Italie va débloquer une aide d'urgence de cinq millions d'euros pour la Tunisie et annoncera une ligne de crédit de 100 millions lors de la conférence internationale sur les réformes dans ce pays prévue en mars à Carthage, a annoncé lundi le chef de la diplomatie italienne, Franco Frattini, à l'agence TAP à Tunis.

M. Frattini a annoncé une aide de cinq millions d'euros "pour des projets qui seront identifiés par le gouvernement provisoire", à l'issue d'un entretien dans la soirée avec le Premier ministre tunisien, Mohamed Ghannouchi, a rapporté l'agence.

"Une ligne de crédit d'une centaine de millions d'euros sera annoncée à la conférence de Carthage en mars", a-t-il ajouté, en se référant à la conférence internationale sur les réformes politiques et économiques que le gouvernement tunisien a prévu d'organiser pour obtenir le soutien de la communauté internationale.

Le chef de la diplomatie italienne a fait ces annonces lors d'une visite de quelques heures à Tunis, réalisée en marge d'une tournée en Syrie et en Jordanie prévue de longue date et destinée à trouver une solution au flux massif de milliers de clandestins tunisiens vers les côtes italiennes.

Le Vif.be, avec Belga et L'Express.fr

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