Europe: les difficiles négociations avec la Turquie

18/03/16 à 10:46 - Mise à jour à 11:21

Source: Belga

Le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu a mis vendredi en garde l'UE contre tout "marchandage" sur la question des réfugiés, en arrivant à Bruxelles pour des négociations difficiles sur un accord pour stopper l'afflux de migrants vers l'Europe.

Europe: les difficiles négociations avec la Turquie

© AFP

"Pour nous, pour la Turquie, la question des réfugiés n'est pas une question de marchandage, mais une question de valeurs humanitaires, ainsi que de valeurs européennes", a averti M. Davutoglu à son arrivée à un sommet crucial de l'Union européenne.

La Turquie répète à l'envi que l'accord sur la crise migratoire qu'elle a proposé aux dirigeants européens le 7 mars --offrant de reprendre tous les migrants débarquant sur les côtes grecques, dont les demandeurs d'asile-- répond d'abord à des considérations "humanitaires".

Mais ce projet controversé, qui prévoit des contreparties substantielles à Ankara --y compris l'octroi d'un régime sans visas pour l'UE, une accélération des négociations d'adhésion et un doublement de l'aide européenne à six milliards d'euros-- ne fait pas l'unanimité au sein des 28.

Jeudi soir, les chefs d'Etat et de gouvernement européens ont élaboré une "position commune" qui doit servir de base aux négociations vendredi matin entre M. Davutoglu, le président du Conseil européen Donald Tusk et le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker.

Ce texte édicte les "lignes rouges" à ne pas franchir dans les concessions à Ankara et dans la façon dont sera organisé, au regard du droit international, le renvoi des migrants vers la Turquie.

Un accord turco-européen serait une "bonne opportunité de mettre fin au trafic d'êtres humains" en mer Egée, insiste la chancelière allemande Angela Merkel, principal soutien d'Ankara.

Mais "je ne peux pas vous garantir qu'il y aura une conclusion heureuse", a tempéré le président français François Hollande.

MM. Tusk et Juncker, qui mènent cette laborieuse négociation avec le chef du gouvernement turc au nom de l'UE, espèrent malgré tout pouvoir réunir les dirigeants européens et turc autour d'une même table à la mi-journée pour sceller un accord.

'Voyante'

"Nous espérons que nous saurons vers 13H00 (12H00 GMT) comment la Turquie compte agir. Quant à savoir si cela sera fructueux, seule une voyante pourrait le dire", a commenté le chancelier autrichien Werner Faymann.

Plusieurs Etats membres de l'UE craignent que la mesure phare du plan en négociation soit illégale: le renvoi de tous les nouveaux migrants arrivant en Grèce depuis la Turquie, y compris les demandeurs d'asile.

D'autres sont opposés à une accélération des négociations d'adhésion, au point mort depuis des années, en particulier Chypre, même si son président Nikos Anastasiades a évoqué jeudi pour la première fois un "compromis" possible.

Depuis le début de l'année, plus de 143.000 personnes sont arrivées en Grèce via la Turquie, selon le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

Cet afflux, combiné avec la fermeture de la "Route des Balkans", place la Grèce et les dizaines de milliers de migrants qui y sont bloqués dans une situation intenable. Et accentue la pression pour que les Européens s'entendent avec Ankara.

L'ONU a mis en garde contre l'illégalité de "possibles expulsions collectives et arbitraires" vers la Turquie. Mais la Commission a assuré, analyse juridique à l'appui, que tout accord respecterait le droit international, promettant des procédures individualisées pour tous les migrants.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a enjoint vendredi les pays européens à faire preuve d'humanité. "Construire des murs, discriminer des gens ou les renvoyer n'est pas une réponse au problème", a-t-il plaidé dans un entretien au quotidien allemand Bild.

Aux termes du pré-accord, les Européens s'engageraient, pour chaque Syrien renvoyé, à "réinstaller" dans l'UE un autre Syrien depuis la Turquie. Ce dispositif serait dans un premier temps plafonné à 72.000 places offertes en Europe.

En contrepartie, la Turquie obtiendrait une nouvelle aide substantielle de l'UE, qui pourrait jusqu'à doubler la promesse actuelle de trois milliards d'euros pour améliorer les conditions de vie des 2,7 millions de Syriens réfugiés sur le sol turc. Les Européens comptent cependant imposer des conditions à cette aide, qui pourraient refroidir Ankara vendredi.

Alors que plusieurs pays de l'UE renâclent à s'entendre avec un pouvoir islamo-conservateur accusé de dérive autoritaire, le président Recep Tayyip Erdogan a réclamé mercredi la levée de l'immunité de parlementaires pro-kurdes.

Et le magazine allemand Der Spiegel a dénoncé jeudi une atteinte "à la liberté de la presse" après que son correspondant en Turquie a été contraint de quitter le pays, son accréditation n'ayant pas été renouvelée.

"Il n'est pas question de brader nos valeurs", a prévenu jeudi le Premier ministre belge Charles Michel, refusant une négociation avec Ankara "qui ressemble parfois à une forme de chantage".

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