Etats-Unis: le "stupide" parti républicain en chantier

11/02/13 à 20:50 - Mise à jour à 20:50

Source: Le Vif

Depuis leur cinglante défaite lors de la présidentielle, les républicains ont engagé une vaste réflexion pour ne pas devenir le parti le plus "stupide" des Etats-Unis. Mais pour convaincre les électeurs issus des minorités, ils devront aller au-delà des bonnes intentions.

Etats-Unis: le "stupide" parti républicain en chantier

© Reuters

Les chiffres décrivent eux-mêmes l'ampleur de la tâche: 93% des noirs, 71% des hispaniques et 60% des 18-24 ans ont voté pour Barack Obama le 6 novembre. "Nous devons arrêter d'être le parti stupide", a averti un ex-jeune républicain, le gouverneur de Louisiane Bobby Jindall, lors d'une réunion de son parti, encore sonné de la défaite. "Le temps est venu d'un nouveau parti républicain qui parle comme un adulte."

L'analyse des tenants de la rénovation est simple: si le parti a réussi à conserver sa majorité à la Chambre des représentants, son candidat présidentiel Mitt Romney s'est fait démolir à cause de sa rhétorique très dure sur l'immigration, l'assistanat et le rôle de l'Etat.

Pour eux, le parti est devenu celui des blancs, des personnes âgées et des riches: une base électorale en retrait. Autrefois négligeables, les électeurs hispaniques pèsent désormais 10% de l'électorat, et leur poids démographique ne cesse de croître.

Marco Rubio, probable candidat 2016

Les quadragénaires candidats à la rénovation se bousculent, mais le nom le plus cité pour la présidentielle de 2016 est Marco Rubio, 41 ans, d'origine cubaine. Avec son visage de poupon, il n'a été élu au prestigieux Sénat qu'en novembre 2010 et n'a cessé de grimper les échelons depuis. Il "répondra" au discours sur l'état de l'Union du président mardi soir au nom des républicains dans une allocution solennelle, un honneur. Et il est aujourd'hui l'un des meneurs sur la réforme de l'immigration, un dossier où deux présidents et plusieurs majorités avant lui ont échoué.

Le sénateur a proposé de régulariser nombre des 11,5 millions d'étrangers en situation irrégulière du pays - avant le 6 novembre, le mot "régularisation" était quasi-tabou au sein du parti. Aujourd'hui, les poids lourds du parti soutiennent son plan, qui ne diffère que dans les détails de celui de Barack Obama et des démocrates.

Mais au-delà de l'immigration, le parti n'a pas encore prouvé qu'il était prêt à un recentrage généralisé. Marco Rubio a voté contre trois grands textes récents qui avaient fait l'objet d'un compromis entre démocrates et républicains (accord sur le mur budgétaire, la suspension de la limite légale de la dette et l'aide d'urgence à la reconstruction des zones dévastées par l'ouragan Sandy).

"Le parti républicain ne sera pas sauvé par une seule personne", estime Brad Marston, un consultant républicain. "Rubio sera une voix importante, surtout sur l'immigration, mais je ne pense pas qu'il deviendra plus modéré avant de décider d'être candidat à la présidentielle."

Modérés vs. ultra-conservateurs

La guerre est ouverte entre les partisans d'une modération et les ultra-conservateurs proches du "tea party". Karl Rove, ex-bras droit du président George W. Bush resté très puissant à droite, vient de fonder un comité politique pour financer des candidats plus modérés aux prochaines primaires. Il a en tête les désastreuses prestations de candidats issus du "tea party" qui avaient réussi à s'imposer aux primaires mais miné leurs campagnes après des propos jugés choquants, par exemple sur le "véritable viol".

Mais le "tea party" se rebiffe et, tel Steve King, champion de la mouvance, a déclaré la guerre à ce qu'il appelle l'"establishment" républicain, plus intéressé par le pouvoir que par la pureté idéologique.

Tout dépendra des deux prochaines années et du choix que feront les électeurs républicains aux primaires des législatives de 2014.

"Aux Etats-Unis, les chefs de partis ne choisissent pas les candidats", rappelle John Pitney, professeur à l'Université Claremont McKenna. "Aucune rénovation n'ira très loin si les électeurs républicains en décident autrement."

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