Espagne: la Catalogne se rêve indépendante

26/11/12 à 09:09 - Mise à jour à 09:09

Source: Le Vif

Les électeurs de Catalogne ont infligé un revers au président de leur région Artur Mas, mais ont voté massivement pour les partis favorables à un référendum sur l'avenir de cette puissante région du nord-est de l'Espagne.

Espagne: la Catalogne se rêve indépendante

© Image Globe

Artur Mas, dont la coalition nationaliste de droite CiU reste la première force du Parlement régional, a perdu son pari: en organisant ces élections anticipées, profitant de la poussée indépendantiste qui agite la Catalogne, il espérait conquérir une majorité absolue pour appuyer son projet de référendum.

Or, pour gouverner la région et mener à bien son projet dans les quatre ans, comme il l'a promis aux 7,5 millions de Catalans, il devra nouer de difficiles alliances et composer avec la forte présence des partis de gauche.

CiU (Convergencia i Unio) obtiendrait 49 des 135 sièges du Parlement régional, contre 62 actuellement, selon des résultats partiels portant sur 80% des bureaux de vote.

En revanche, le parti historique de la gauche indépendantiste catalane, ERC (Esquerra republicana de Catalunya), doublerait son score avec 20 sièges contre dix actuellement. Les socialistes deviendraient le deuxième parti régional, avec 22 députés. Le Parti populaire (PP, droite), au pouvoir à Madrid, serait quatrième avec 19 sièges.

Dans les rues de Barcelone flottaient dimanche la "senyera", le drapeau catalan, rayé rouge et jaune, et l'"estelada", le drapeau indépendantiste frappé d'une étoile blanche sur fond bleu.

"Ce sont les élections les plus décisives de l'histoire de la Catalogne, dans lesquelles nous jouons tous un rôle comme pays, comme peuple", a déclaré Artur Mas, en votant.

Nourri par la crise économique qui impose à sa population de lourds sacrifices sociaux, le mécontentement a éclos ces derniers mois dans cette région au fort caractère culturel et linguistique, réveillant de vieilles frustrations à l'égard de l'Etat central espagnol.

Jusqu'à cette manifestation monstre, aux cris de "Indépendance", le 11 septembre à Barcelone: le tournant qui a convaincu Artur Mas de convoquer ces élections anticipées.

Mais son discours parfois ambigu, évitant le mot "indépendance", et la politique de rigueur menée depuis deux ans par son gouvernement, sous l'oeil de Madrid, a pu rebuter une partie de l'électorat.

Face au refus de Madrid d'accorder à la Catalogne l'autonomie budgétaire accrue qu'elle réclame, le président de région a fait le pari du conflit ouvert avec l'Etat central.

Mais une partie des électeurs, dimanche, voyaient ce scrutin comme un écran de fumée.

Le gouvernement conservateur espagnol, déjà accaparé par sa lutte contre la crise économique, se retrouve confronté à un autre défi majeur: si la perspective d'une éventuelle indépendance de la Catalogne reste éloignée, il en va autrement de la pérennité du modèle de l'autonomie régionale, l'un des fondements de la Constitution de 1978.

C'est à l'époque justement de la transition démocratique que les Catalans avaient retrouvé le droit de s'exprimer librement dans leur langue, bannie de l'espace public pendant la dictature franquiste (1939-1975).

Si Artur Mas a évité soigneusement au cours de la campagne le mot "indépendance", c'est bien un "Etat souverain" qu'il défend, "le septième de l'Union européenne", dit-il, en termes de richesse par habitant.

De quoi faire trembler le monde des affaires face au spectre d'un Etat qui pourrait se retrouver de facto hors de l'UE et de la zone euro.

Depuis deux ans, la frustration montait en Catalogne après une décision de la justice espagnole de réduire son statut d'autonomie élargie, datant de 2006. Sur ce terreau identitaire très sensible, la crise a fait le reste.

Avec Belga

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