Espagne : génération indignée

20/05/11 à 12:14 - Mise à jour à 12:14

Source: Le Vif

La crise économique frappe de plein fouet les moins de 30 ans. Aux élections locales du 22 mai, la gauche, au pouvoir, risque de pâtir de leur désaffection.

Espagne : génération indignée

© Image Globe

DE NOTRE CORRESPONDANTE CÉCILE THIBAUD

"Sans maison, sans boulot, sans retraite et sans peur." Le slogan du groupe Juventud sin futuro (Jeunesse sans avenir) a fait mouche via Facebook. Le ras-le-bol d'une bande de copains de fac à l'université Complutense de Madrid a couru sur le Web avant de descendre dans la rue avec d'autres collectifs rassemblés sous l'étiquette "Indignés". Ils étaient plusieurs dizaines de milliers, le 15 mai dernier, à battre le pavé à travers les grandes villes d'Espagne, une semaine avant les élections municipales et régionales partielles, dimanche.

"On est indignés, parce qu'être '' mileuroista''" (gagner 1 000 euros par mois) c'était, il y a trois ans, une tragédie, et c'est désormais un privilège, explique Andrea Raboso, une étudiante en histoire de 23 ans devenue l'une des porte-parole du collectif qui défilait dimanche dernier à Madrid. On a l'impression d'être une génération sacrifiée, condamnée à la précarité perpétuelle. Il y a 43 % de chômage chez les moins de 30 ans, on ne peut pas se contenter d'une protestation virtuelle."

La manifestation reste quasi symbolique, dans un pays qui compte 5 millions de chômeurs, soit plus de 21 % de la population active. Mais "notre printemps ne fait que commencer", avertissaient les pancartes dans la foule. Ni silencieux ni résignés, ces jeunes révoltés se veulent la partie émergée de l'iceberg d'un ras-le-bol citoyen, ballotté entre le cynisme de la droite et le silence de la gauche : "Tout ce que les hommes politiques trouvent à nous dire, c'est qu'on a bien de la chance d'être chez nos parents. Mais jusqu'à quel âge ? s'indigne Carlos Barriga, 29 ans, diplôme d'ingénieur et master en gestion de biodiversité en poche, mais qui travaille comme serveur dans un bar les week-ends. On nous conseille d'empiler les diplômes qui ne serviront à rien ou bien de partir chercher à l'étranger. Il n'y a pas de place pour nous, ici..."

Une société civile jugée apathique

Au moment où vient d'être publié Reacciona (Réagis !) aux éditions Aguilar, une déclinaison espagnole de l' Indignez-vous ! de Stéphane Hessel, signé par une poignée de personnalités (l'ancien juge Garzon, l'ex-directeur général de l'Unesco, Federico Mayor Zaragozaà), qui appelle la société civile à sortir de l'apathie, la gauche, au pouvoir, se prépare à un naufrage électoral ce 22 mai. "Les réformes entreprises depuis un an par le gouvernement Zapatero ont sans doute rassuré Bruxelles et tempéré les attaques des marchés, mais elles ont démobilisé l'électorat de gauche, analyse Fernando Vallespin, professeur de sciences politiques à l'Université autonome de Madrid. Les élus locaux risquent de payer les pots cassés."

Les sondages annoncent une défaite cuisante pour le Parti socialiste, qui pourrait perdre la mairie de Barcelone, au profit des nationalistes catalans de CiU, et de Séville, au profit du Parti populaire (conservateur), donné grand gagnant des scrutins de dimanche, et bien parti pour reprendre le contrôle des Baléares, de la Cantabrie, et même arracher des fiefs socialistes comme la région de Castille-la-Manche. "On a le sentiment d'une fin de cycle, constate l'analyste politique Josep Ramoneda. Zapatero prépare son départ, il a décidé d'essayer de rester dans l'Histoire comme celui qui, durant son second mandat, aura mené à bien les réformes nécessaires à l'Espagne pour entrer renforcée dans une nouvelle phase." Face aux déçus de la gauche, la droite, elle, joue sur du velours. Elle lira les résultats de dimanche comme un avant-goût des législatives prévues pour mars 2012. Et cette fois, elle compte bien les gagner.

Une économie à l'arrêt PIB 2011 : +0,8 %, prévision FMI (2010 : -0,1 %)

Déficit public 2011 : 6,2 % du PIB, prévision FMI (2010 : 9,2 %)

Chômage : 21 %

Un gouvernement Zapatero réformiste depuis un an... Age de la retraite repoussé de 65 à 67 ans

Baisse de 5 % du traitement des fonctionnaires

Hausse de la TVA de 16 à 18 %

Suppression de l'aide de 426 euros aux chômeurs en fin de droits

Un PS désavoué...

PSOE (socialiste) : 31,7 % des intentions de vote (43,7 % aux élections de 2008)

PP (droite) : 44,3 %, (40,1 % en 2008) (sondage CIS).

Nos partenaires