En Ukraine, une ancienne province industrielle belge

10/03/15 à 10:44 - Mise à jour à 10:45

Source: Le Vif/l'express

A la fin du XIXe siècle, dans l'empire des tsars, la vallée du Donetz, qu'Ukrainiens et rebelles prorusses se disputent aujourd'hui, est l'eldorado de dizaines de milliers de travailleurs belges d'élite. Mais le climat d'" apartheid " va attiser les flammes de la xénophobie. Et la révolution d'Octobre mettre fin à cet âge d'or.

En Ukraine, une ancienne province industrielle belge

Dniepropetrovsk, la "Seraing russe". © EPA

Un désert de silence. Une steppe illimitée et sauvage. Sans conflit. Et sans habitant. Voici 125 ans, la vallée du Donetz n'a rien du territoire ukrainien séparatiste en proie au chaos qu'elle est aujourd'hui. Non, en 1890, ce petit bout de l'empire russe des tsars est un eldorado pour les ingénieurs, ouvriers et contremaîtres belges. Travailleurs de la sidérurgie liégeoise et de la verrerie carolo, maçons de Braine-l'Alleud, paveurs de Waterloo... Tous ont contribué à l'émergence urbaine et industrielle de ce territoire isolé qu'étaient à l'époque les républiques populaires autoproclamées de Donetsk et de Lougansk. Alors que le géant précurseur Cockerill produit ses premiers rails dans son usine près de l'actuelle Dniepropetrovsk, ville qui se fera bien appeler le "Seraing russe", 17 000 Belges fuient la crise financière du plat pays pour la vallée du Donetz.

Là, dans la "nouvelle province industrielle belge", souffle un vent de folie. La Belgique, "monstre économique" à la pointe dans le domaine de l'acier, voit en ce "pays neuf" un potentiel énorme, constate Pierre Tilly, spécialiste de l'histoire économique et sociale contemporaine en Belgique et en Europe (UCL). Et c'est donc l'élite professionnelle, la crème des travailleurs, qui foule le sol "couleur encre" du bassin houiller du Donbass, comme le décrit le professeur de l'Ecole supérieure de Gand, Marcel Lauwick. Qui foule aussi les terres immenses et légendaires de Tolstoï, Mendeleïev et Tchaïkovski. Qui foule cet empire à l'évolution piétinante et aux richesses de minerais et de charbon si abondantes.

Très vite, les privilégiés s'installent. Le voyage et le logement sont offerts pour toute la famille, en plus d'un onéreux complément de salaire. Dans le quartier érigé aux abords de l'usine, loin des dortoirs regroupant une vingtaine d'ouvriers russes et des cuisines partagées dans des baraquements formant un village sans nom, les Belges ont droit à toutes les commodités. Parcs, écoles, hôpitaux, mais aussi boutiques, théâtres et piste de bowling s'offrent aux immigrés de première classe. Les Belges du Donetz adoptent les loisirs russes, eux qui ne parlent pourtant pas la langue. Comme la chasse, l'équitation, ou la pêche et l'aviron au Yacht Club de la Société métallurgique dniéprovienne du Midi de la Russie, "joint-venture" de Cockerill avec une aciérie russo-polonaise. Pendant ce temps, la noblesse russe découvre avec plaisir la station thermale de Spa.

Le récit intégral dans Le Vif/L'Express de cette semaine. Avec :

  • L'ouvrier Khrouchtchev
  • Les entreprises belges "sont presque des multinationales avant la lettre"
  • La fin de l'eldorado

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