En Syrie, les combats se rapprochent de Damas

31/01/12 à 07:54 - Mise à jour à 07:54

Source: Le Vif

Alors que la diplomatie tente de reprendre la main à la veille d'une réunion, ce mardi, du Conseil de sécurité de l'ONU, des combats ont pour la première fois eu lieu à proximité de la capitale syrienne.

En Syrie, les combats se rapprochent de Damas

© Reuters

Non seulement la Syrie de Bachar el-Assad ne vient pas à bout de la rébellion, mais les opposants gagnent du terrain. Des violences d'une intensité sans précédent ont ainsi gagné dimanche plusieurs villes proches de Damas, alors que la Ligue arabe, dont la mission d'observation a été suspendue, à la veille d'une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU à New York.

"Les équilibres ont évolué à l'ONU"

Sur le plan diplomatique, la tension monte à la veille d'une réunion du Conseil de sécurité mardi. Le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé et le chef de la diplomatie britannique s'y rendront pour soutenir un projet de résolution sur la Syrie fondé sur le plan de sortie de crise de la Ligue arabe. Les derniers développements en Syrie, notamment l'action de la Ligue arabe, ont fait évoluer les équilibres au sein du Conseil de sécurité de l'ONU, ont quant à elles indiqué des sources diplomatiques françaises.
De son côté, la Russie, a proposé son propre projet de résolution qui fait porter la responsabilité des violences aussi bien sur Bachar el-Assad que sur l'opposition, une option rejetée par les pays occidentaux. Moscou, qui avait fait savoir, vendredi, que les Russes ne soutiendraient aucune résolution exigeant le départ d'Assad a condamné la suspension de la mission des observateurs fustigeant les déclarations "irresponsables" des pays qui ont jugé les observateurs inutiles et le dialogue avec Bachar el-Assad impossible.

Réagissant à l'annonce de Moscou, le président du Conseil national syrien (CNS, opposition) Burhan Ghalioun a exclu lundi toute négociation avec le régime syrien avant le départ du président Bachar al-Assad.

Le plan de la Ligue arabe: arrêt des violences et transfert des pouvoirs au vice-président

Avant son départ pour l'ONU, Nabil el-Arabi, qui doit présenter le plan arabe devant le Conseil de sécurité mardi, a quant à lui dit espérer "un changement de position" de la Chine et de la Russie.
Les pays européens et arabes travaillent sur un texte appelant à un soutien international au plan défendu par la Ligue arabe, qui prévoit l'arrêt des violences et le transfert des pouvoirs du président Assad à son vice-président avant l'ouverture de négociations.

Combats dans la banlieue de Damas

Sur le terrain, des affrontements entre déserteurs et l'armée régulière ont eu lieu dans des villes proches de Damas, notamment Ain Tarma, à environ 4 km de la capitale, Jisrin et Kafar Batna, dans la même zone, selon le chef de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane. Il s'agit des combats "les plus violents et les plus proches de Damas" depuis le début de la révolte à la mi-mars, a-t-il souligné.

Dimanche, les forces de sécurité ont lancé un assaut majeur et ont repris le contrôle de ces localités. Les troupes syriennes sont par ailleurs entrées lundi dans Rankous, ville assiégée depuis six jours à 40 km au nord de Damas. L'envoyée spéciale à Damas du Washington Post évoque une mentalité de siège qui gagne la capitale. Des rumeurs d'embuscades et d'attaques de bandits dans les collines qui entourent la ville augmentent l'atmosphère tendue qui y règne. Damas commence aussi à connaître des coupures de courant au cours de la journée, "plus ou moins longues suivant le rang social et la loyauté du quartier", ajoute la journaliste.

Jusqu'ici la capitale, ainsi que la ville d'Alep avaient été relativement épargnées par la révolte contre le régime du président Bachar al-Assad qui secoue le pays depuis le 15 mars 2011. De part et d'autre de l'autoroute, le tissu urbain laisse souvent place à des champs et des vergers qui facilitent l'infiltration et l'évasion des déserteurs. Ils "se cachent le jour et attaquent la nuit", affirme un habitant de Harasta.

La banlieue nord de Damas en état de siège

Postes de contrôle tous les 300 mètres, murs de sacs de sable, tirs, déploiement de blindés: les villes de Harasta, Douma et Saqba, à moins de 15 km au nord-est de la capitale syrienne, sont en état de siège.

"Nous nous excusons, cette route ainsi que toutes les voies menant à Douma sont bloquées pour le moment et jusqu'à nouvel ordre", affirme un militaire de l'armée syrienne, à l'entrée de la ville de Harasta, près de Douma, sans fournir d'explication. Le 21 janvier, des rebelles, probablement de l'Armée syrienne libre (ASL) ont brièvement pris le contrôle de Douma, une ville de 100.000 habitants, après de violents combats avec les forces de sécurité, avant de s'en retirer. "La semaine dernière, j'ai été surpris par un barrage tenu par l'ASL, qui contrôlait le trafic routier dans la bourgade de Ain Terma", près de Douma, affirme Rami, un architecte damascène, selon lequel "cette région échappe partiellement à l'autorité du gouvernement".

80 morts au cours de la journée de dimanche

Dans l'ensemble de la Syrie, le bilan des violences a été particulièrement lourd dimanche avec 80 personnes tuées, dont la moitié sont des civils, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Les affrontements, particulièrement violents depuis mardi, ont poussé la Ligue arabe à suspendre samedi sa mission d'observation entamée le 26 décembre en accusant le régime du président Bachar al-Assad d'avoir "choisi l'escalade".
Le commandant Noueimi, qui se trouve en Turquie mais reçoit des informations du terrain, a également accusé le régime de s'être livré à "une campagne punitive" contre la ville rebelle de Hama, où les forces de sécurité s'en prennent "violemment aux civils et aux enfants". "Les forces de sécurité jettent dans les rues des corps avec les mains liées derrière le dos. Six corps ont ainsi été retrouvés dans le quartier de Bab Qibli et dix autres dans celui d'Arbaiin", a indiqué Mohammad Aboulkheir un militant joint par téléphone par l'AFP.

En tout, 40 civils ont été tués par balle dimanche, 5 dans la province d'Idleb (nord-ouest), 2 à Jassem (sud), 14 -dont un enfant de 9 ans- à Homs, 12 à Hama (centre) et dans sa région -dont huit par des tirs à la mitrailleuse lourde dans le village de Traismeh-, 6 près de Damas, et un à Damas dans le quartier de Jouber par des tirs sur des funérailles, selon l'OSDH. Par ailleurs, 26 soldats ont été tués dans trois attaques différentes, 9 déserteurs ont trouvé la mort ainsi que 5 membres des forces de sécurité, selon la même source.

Damas: "Nettoyer le territoire des hors-la-loi"

Les autorités syriennes ont dit pour leur part "regretter" la suspension de la mission des observateurs arabes, estimant qu'elle visait à "augmenter les pressions en vue d'une intervention étrangère". "Les forces de sécurité sont déterminées à aller de l'avant pour rétablir l'ordre et la sécurité, et nettoyer le territoire des hors-la-loi (...) qui tuent des citoyens innocents", a martelé le ministre syrien de l'Intérieur, Mohammad Ibrahim al-Chaar. Dimanche matin, le journal Al-Watan, proche du pouvoir, a ainsi évoqué la poursuite de la "campagne de ratissage" à Hama (centre) pour "nettoyer la ville" des hommes armés.

LeVif.be avec Belga

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