Elections en RDC : dramatisation avant les résultats

05/12/11 à 06:55 - Mise à jour à 06:55

Source: Le Vif

La Commission électorale nationale indépendante (Céni) devait donner dimanche soir de nouveaux résultats partiels de la présidentielle du 28 novembre en République démocratique du Congo (RDC) dans un climat plus que tendu: des milliers de personnes quittent Kinshasa vers Brazzaville, de l'autre côté du fleuve Congo, et des rumeurs d'un report du résultat final commencent à circuler.

Elections en RDC : dramatisation avant les résultats

© Belga

Depuis deux jours, environ 3.000 personnes, Congolais et étrangers, sont parties pour Brazzaville, sur l'autre rive. "Nous ne sommes pas en situation de crise déclarée", a déclaré le ministre de l'Intérieur du Congo-Brazzaville, Raymond Zéphirin Mboulou.

Selon un diplomate étranger à Brazzaville contacté par l'AFP depuis Kinshasa, "il y a effectivement un peu plus de personnes que d'habitude, plus de gens dans les supermarchés, et les hôtels de la ville sont saturés, mais ce n'est pas l'exode avec baluchons sur la tête".

Kinshasa et Brazzaville sont les deux capitales les plus proches du monde, séparées seulement par le large fleuve Congo. En RDC, le climat ne cesse cependant de se dramatiser: couvre-feu à Mbuji-Mayi, le chef-lieu du Kasaï oriental (centre) et fief de l'opposant Etienne Tshisekedi, principal rival du président sortant Joseph Kabila, déploiement de la garde républicaine à Lubumbashi, le chef-lieu de la province du Katanga (sud-est).

Et certains observateurs étrangers commencent à douter sérieusement d'une annonce le 6 décembre des résultats globaux provisoires comme prévu. "Ils pourraient être repoussés à mercredi", dit l'un d'eux, en soulignant les ratés et retards dans le dépouillement, notamment pour Kinshasa, ville acquise à l'opposition, avec 3,3 millions d'électeurs inscrits.

Dès la publication des premiers résultats partiels portant sur 33,3% des quelque 64.000 bureaux de vote, M. Tshisekedi les a contestés et mis en garde M. Kabila: "l'UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès social, son parti) met en garde M. Ngoy Mulunda (le président de la Céni, le pasteur Daniel Ngoy Mulunda) et (le président) Kabila pour qu'ils respectent la volonté du peuple".

Il a annoncé qu'"en cas de besoin" il lancera un "mot d'ordre", sans plus de précisions.

En revanche, la Majorité présidentielle (MP, soutenant le chef de l'Etat sortant) s'est félicitée de l'attitude "responsable" de la Céni.

Face à cette dramatisation, la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) s'est alarmée dimanche: "l'image que nous avons c'est celle d'un train à grande vitesse qui va tout droit contre le mur", a déclaré le président de la Cenco, Mgr Nicolas Djombo.

Samedi, un candidat d'opposition distancé, Vital Kamerhe, a de plus apporté clairement son soutien à M. Tshisekedi, et n'a pas mâché ses mots pour dénoncer le camp présidentiel.

"Cette blague a trop duré et nous devons mettre fin à cette prédation des ressources de notre pays. Le peuple d'abord! ", a lâché le président de l'UNC (Union pour la Nation congolaise), reprenant le slogan de campagne du vieil opposant Tshisekedi, 79 ans le 14 décembre.

Dans une déclaration commune lue dans un hôtel de la capitale par M. Kamerhe, "l'opposition politique congolaise", qui regroupe aussi l'UDPS et le parti du président du Sénat, Léon Kengo wa Dondo, autre candidat à la présidence, a rejeté "tout résultat partiel" et le considère comme "nul".

Dimanche, l'ONG Human Rights Watch (HRW), qui avait accusé dans un rapport les forces de l'ordre d'avoir tué au moins 18 civils, entre les 26 et 28 novembre, s'est "réjouie" que le gouvernement de la RDC ait saisi la justice à ce sujet.

Selon HRW, la plupart des victimes, dont 14 dans la seule capitale Kinshasa, ont été tuées "par des soldats de la Garde Républicaine" (GR), l'ex-garde présidentielle, de plus en plus visible dans la capitale, notamment avec des jeeps armées de canons antiaériens

Kabila devant Tshisekedi sur 53% des bureaux de vote

Le président sortant Joseph Kabila devance l'opposant Etienne Tshisekedi selon des résultats partiels de la présidentielle du 28 novembre en RD Congo portant sur 52,91% des bureaux de vote, donnés dimanche soir par la Commission électorale (Céni).

Kabila obtient 4.942.050 voix (49%) et Tshisekedi 3.402.650 voix (34%), selon ces résultats provisoires donnés province par province par le président de la Céni, le pasteur Daniel Mulunda.

Le président Kabila est en tête dans 6 provinces (Bandundu, Katanga, Maniema, Province orientale, Nord et Sud Kivu) et Tshisekedi dans 4 autres (Bas Congo, Kasaï Occidental et Oriental, et Kinshasa).

Le président du Sénat et opposant Léon Kengo est en tête dans l'Equateur, et recueille au total 4% des voix sur les 11 provinces, juste derrière l'ex-président de l'Assemblée nationale Vital Kamerhe, 3e avec 7% des voix.

A Kinshasa (27,44% des bureaux de vote), Tshisekedi obtient 393.617 voix, contre 174.032 à Kabila. Ce dernier recueille 1.862.315 voix dans le Katanga (sud-est) (72,42% des bureaux) et Tshisekedi 189.054 voix, selon les chiffres provisoires de la Céni.

Le président de la Céni donnera de nouveaux chiffres partiels lundi, alors que les résultats provisoires de tous les bureaux de vote doivent être annoncés le 6 décembre.

La Cour suprême doit annoncer le 17 décembre les résultats définitifs de cette présidentielle à tour unique.

Le Vif.be, avec Belga

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