Élection présidentielle sous tension au Sénégal

26/02/12 à 11:16 - Mise à jour à 11:16

Source: Le Vif

Le Sénégal vote ce dimanche pour le premier tour de l'élection présidentielle. Mais la candidature du président sortant Abdoulaye Wade est contestée. Et l'opposition réclame déjà un nouveau scrutin sans lui. En attendant, Wade a voté sous les huées...

Élection présidentielle sous tension au Sénégal

© AFP

Les Sénégalais votent ce dimanche pour le premier tour d'une présidentielle à risques. L'élection met en lice 14 candidats, parmi lesquels le sortant Abdoulaye Wade. Sa candidature est contestée par l'opposition, et a été à l'origine de violences meurtrières les semaines précédant le scrutin. Et le mouvement ne s'essouffle pas: le chef de l'état sénégalais a été accueilli ce dimanche par une nuée de sifflements à son arrivée au bureau de vote à Dakar.

Abdoulaye Wade s'accroche à son trône

5,3 millions de Sénégalais sont appelés à voter pour le premier tour de l'élection présidentielle ce dimanche, après une campagne sous tension. En effet, le président sortant Abdoulaye Wade a maintenu sa candidature à un troisième mandat consécutif, malgré la contestation croissante de la part des partis politiques et des organisations de la société civile. Sa candidature a été autorisée par "un Conseil constitutionnel aux ordres, dont il a nommé tous les membres", rappelle l'historien sénégalais Ibrahima Thioub. Ce dernier retrace ici l'itinéraire politique d'Abdoulaye Wade qui "parle comme un démocrate, mais agit en dictateur".
Non seulement Abdouaye Wade s'accroche à son trône, mais il espère l'emporter dès le premier tour! A l'occasion du dernier jour de campagne, ce vendredi, le Premier ministre Souleymane Ndéné Ndiaye s'est déclaré "à peu près certain" que ce scénario se réaliserait ce dimanche. Allons plus loin: Vincent Hugeux prédit sur son blog que le "Gorgui" pourrait récolter 52 à 55% des suffrages.

Qui sont ses concurrents?

Ils sont treize candidats à défier Abdoulaye Wade. Seuls deux anciens Premiers ministres d'Abdoulaye Wade semblent en mesure d'ébranler son assise: Macky Sall qui fut son directeur de campagne en 2007 et Idrissa Seck, dauphin tombé en disgrâce. En savoir plus sur ces principaux concurrents ici. Quant au chanteur Youssou N'Dour, farouche opposant blessé lors d'un rassemblement cette semaine, il a vu sa candidature invalidée par le Conseil constitutionnel. "Tous les candidats se ressemblent (...) et tirent en choeur sur Wade, cible légitime", commente le romancier, essayiste et dramaturge Boubacar Boris Diop. Mais ils "négligent les grands défis lancés à notre démocratie, tels le poids des marabouts, le clientélisme d'Etat ou l'intimidation des opposants, qui rendent le pays ingouvernable. Quel qu'il soit, le successeur de Wade aura à traiter avec ces acteurs enclins à capter une partie de l'électorat et à négocier leur rente de situation avec le pouvoir", analyse-t-il.

"Manque de transparence"

Jusqu'aux derniers jours de campagne et malgré l'interdiction de manifester, les opposants auront protesté contre la candidature du président sortant, qu'il juge anticonstitutionnelle. Chaque jour, ils ont voulu rejoindre la Place de l'Indépendance, dans le centre-ville de Dakar et en ont été empêchés. Les heurts avec les forces de l'ordre ont fait six morts, dont un policier, depuis fin janvier. De nombreux blessés ont aussi été dénombrés et les rangs du collectif de rappeurs "Y'en a marre!", fer de lance de l'insoumission, s'est éclairci grâce à plusieurs arrestations... "Les dérives d'une gravité extrême" et le "climat d'insécurité générale et accélérée (...) rendent impossible la tenue d'un scrutin transparent, libre, apaisé et fondé sur le respect de la Constitution", affirmait jeudi le Mouvement du 23 juin (M23, qui regroupe partis d'opposition et organisations de la société civile). Le M23 dénonce également les "graves dysfonctionnements des institutions de régulation" de l'élection comme la Commission électorale nationale autonome (Céna), qui "ne permettent pas la tenue d'un scrutin libre, sincère et transparent". La société civile se mobilise, justement, pour tenter de garantir la sincérité du scrutin.

Le risque d'un embrasement général?

Si Abdoulaye Wade l'emporte dès le premier tour ce dimanche, un second tour pourrait s'ouvrir dans la rue dès ce lundi. Mais "les Sénégalais partagent le sentiment qu'il ne peut rien nous arriver de tragique; qu'on vit à mille lieues de la Côte d'Ivoire, du Liberia ou du Rwanda", estime Boubacar Boris Diop qui juge "très positive" la démarche des jeunes du M23 qui exigent "un fonctionnement normal des institutions" du Sénégal.

Marie Simon, L'Express

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