Election en Tunisie : la participation dépasse la barre des 90%

24/10/11 à 07:15 - Mise à jour à 07:15

Source: Le Vif

La commission électorale a fixé la date des résultats officiels. Les Tunisiens ont voté en masse, la participation dépasse les 90%. Ils s'affichent très fiers de participer à ce premier scrutin libre. Reportage.

Election en Tunisie : la participation dépasse la barre des 90%

© Reuters

Le dépouillement était en cours ce lundi en Tunisie, où les électeurs se sont massivement rendus aux urnes pour désigner une assemblée constituante à l'occasion du premier scrutin démocratique issu du "printemps arabe".

Les Tunisiens ont été plus de 90% à exercer leur droit de vote dimanche, neuf mois après avoir renversé Zine Ben Ali.

Les résultats officiels "seront annoncés mardi", d'après la commission électorale indépendante.

Les Tunisiens de l'étranger ont surtout voté pour le parti islamiste

Les Tunisiens de l'étranger ont voté en masse pour les islamistes d'Ennahda, indique le quotidien français Le Figaro sur son site Internet.

Le parti politico-religieux Ennahda sortirait vainqueur du vote des Tunisiens de l'étranger pour l'Assemblée constituante. Il frôlerait la majorité en obtenant 8 sièges sur 18.

Ennahda serait suivi par Ettakatol (Forum démocratique pour le travail et les libertés), la formation de Moustapha Ben Jaafar, qui décrocherait 4 sièges, et par le parti du Congrès pour la République (CPR) dirigé par Moncef Marzouki, 4 sièges également. Le Pôle démocratique moderniste (PDM) fédéré par Ahmed Ibrahim, obtiendrait les 2 sièges restant.

Dans les cours des écoles reconverties en bureaux de vote, les files d'attente s'étirent parfois sur plusieurs centaines de mètres. A la cité Etthadamen, dans le quartier d'El-Agba ou encore à Ben Arous, dans les environs de la capitale, les Tunisiens ont été nombreux, dès les premières heures de la matinée, à se rendre aux urnes.

Tous disent leur fierté, parfois leur émotion. "C'est une journée historique, il fallait en être" affirme un jeune "diplômé chômeur". "C'est comme un jour de fête, on est heureux" ajoute un homme plus âgé. Cela fait deux bonnes heures qu'il fait la queue, il sait qu'il va devoir attendre encore une heure au moins, mais qu'importe.

Le manque d'habitude des assesseurs et le souci de faire les choses en règle rend le processus assez lent. L'identité de chaque électeur inscrit est d'abord vérifiée, il signe ensuite le registre puis, précaution supplémentaire, il est invité à tremper son doigt dans un pot rempli d'encre bleue. Il vote ensuite- le passage dans l'isoloir est obligatoire- en cochant, sur un bulletin unique, la case correspondant au parti de son choix.

Plusieurs observateurs pour le scrutin

Le déroulement des opérations est surveillé par plusieurs observateurs: ceux des partis politiques mais aussi ceux des ONG et surtout des très nombreuses associations professionnelles tunisiennes qui ont décidé de faire leur affaire de la transparence du scrutin. Les avocats, en particulier, sont très présents. Ils doivent en particulier veiller à ce que chaque électeur aille bien seul dans l'isoloir: malgré la requête des islamistes du parti Ennahda, qui faisaient valoir que certaines personnes âgées, illettrées, auraient du mal à voter seules, toute assistance est interdite.

Dans ces quartiers populaires où l'on s'attend à ce que le score d'Ennahda soit particulièrement élevé, la plupart des électeurs disent que leur choix était fait depuis longtemps. D'autres, parmi les plus jeunes surtout, avoue avoir hésité, parfois même jusqu'à la veille du vote. Dans les cafés, samedi soir encore, les conversations allaient bon train... "C'était un peu comme le dernier soir du ramadan, avant la fête" dit un habitant de l'une des cités d'El-Agba.

Ce n'est qu'à la dernière minute que beaucoup de Tunisiens ont réalisé le caractère historique de cette journée et qu'ils ont décidé d'en être. Résultat: un peu plus de la moitié seulement des sept millions d'électeurs potentiels s'étaient inscrits sur les listes électorales ouvertes cet été par l'Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE), une institution ad hoc chargée d'organiser le scrutin en lieu et place du ministère de l'intérieur, de sinistre réputation.

Le calvaire des non-inscrits

Parce qu'ils se méfiaient ou parce qu'ils n'ont pas à l'époque vu l'enjeu de l'exercice, ou encore par négligence, les autres ont omis de faire cette démarche. Pour ces non-inscrits, le parcours du combattant, plus compliqué, suscitait ce matin bien des récriminations à El-Agba ou Ben Arous. Si des centres de vote ont été ouverts à leur intention, ils ne peuvent y accéder qu'après avoir envoyé par texto le numéro de leur carte d'identité et reçu un message leur indiquant où se rendre. Ceux qui ont envoyé leur texto quelques jours avant le vote ont reçu une réponse immédiate.
Mais de nombreux électeurs, ignorant tout de cette procédure, se sont simplement rendus dans le centre le plus proche de leur domicile. Et ce n'est qu'à ce moment là qu'ils ont, avec l'aide du personnel sur place ou d'autres électeurs venus comme eux aux nouvelles, fait partir leur demande depuis leur téléphone portable. Résultat: certains n'avaient toujours pas obtenu de réponse après plusieurs heures ce matin, à cause de la saturation des lignes.
Devant le lycée d'El-Agba, beaucoup râlaient ferme, accusant déjà les autorités de chercher à les empêcher de voter. Les représentants de l'ISIE espéraient eux que les réponses finiraient par arriver, aux heures plus creuses de la journée, et que tout rentrerait dans l'ordre.

L'ISIE veut un scrutin irréprochable et des résultats incontestables. D'où une rigueur parfois mal comprise. A Ben Arous, Aicha, régulièrement inscrite sur les listes, a perdu il y a quelques jours sa carte d'identité. Elle espérait pouvoir voter malgré tout avec son récépissé d'inscription, une photocopie de sa carte et le témoignage d'un voisin. Mais rien n'y a fait. "Elle est triste et je la comprends, commente ce dernier, mais cette rigueur montre le sérieux des organisateurs. Cette fois, ce sont des vraies élections."

Dominique Lagarde, Le vif.be et Belga

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