© Reuters

« El Chapo », trahi par son désir de gloire

Le Vif

Trahi par son désir d’avoir son propre « biopic », le baron de la drogue mexicain Joaquin « El Chapo » Guzman était de retour samedi à la prison de haute sécurité d’où il s’était échappé six mois plus tôt, tandis que se multipliaient les appels pour son extradition vers les Etats-Unis.

La traque du narcotrafiquant le plus recherché au monde s’est achevée vendredi dans la ville côtière de Los Mochis, dans l’Etat de Sinaloa (ouest), sa région natale, où les Marines mexicains ont affronté ses hommes de main avant de parvenir à le capturer.

Quelques heures plus tard, Guzman a été emmené à bord d’un hélicoptère de l’armée vers la prison d’Altiplano, à 90 kilomètres de la capitale, d’où il s’était évadé le 11 juillet, suivant un scénario rocambolesque, digne d’un film hollywoodien.

Bénéficiant de complicités internes « El Chapo » (le trapu), 58 ans, s’était enfui de l’établissement carcéral sur une moto installée sur des rails à travers un tunnel de 1,5 km, creusé sous la douche de sa cellule et débouchant sur une maison en construction.

L’arrestation du fugitif a été rendue possible grâce notamment aux contacts qu’il tentait de nouer auprès de producteurs et d’actrices pour la réalisation d’un film autobiographique.

C’est un « aspect important qui nous a permis de le localiser », a déclaré la procureure générale mexicaine Arely Gomez lors d’une conférence de presse sur le tarmac de l’aéroport de Mexico, tout en ajoutant que l’enquête sur ce point se poursuivait.

Joaquin Guzman, moustache et cheveux noirs, est apparu menotté devant les caméras, vêtu d’un bas de survêtement et d’un polo sombre, entouré de militaires dont l’un lui tenait fermement la nuque.

Le narcotrafiquant avait échappé de justesse à une arrestation en octobre après que les soldats eurent décidé de ne pas ouvrir le feu sur lui tandis qu’il fuyait au côté d’une petite fille, a indiqué Mme Gomez.

Les enquêteurs surveillaient depuis décembre la maison où il a été arrêté vendredi, lors d’un raid mené par les Marines mexicains. Dans la fusillade, cinq narcotrafiquants ont été tués et un militaire blessé.

Guzman et son chef de la sécurité ont tenté de fuir par le système de drainage de la ville, mais les Marines avaient anticipé cette réaction, a raconté la procureure. Il avait en effet employé la même tactique lors de sa fuite, près de Culiacan, dans la même région, en 2014.

Les deux hommes ont débouché dans une rue où ils ont volé une voiture, avant d’être arrêtés. Six autres personnes ont été interpellées lors de l’opération.

Possible extradition

L’arrestation du chef du cartel de Sinaloa apporte un immense soulagement au président Pena Nieto, humilié par la seconde évasion de « El Chapo » d’une prison de sécurité maximale en quinze ans. « Mission accomplie : nous l’avons eu. Je veux informer les Mexicains que Joaquin Guzman Loera a été arrêté », a twitté le président mexicain.

Après l’interpellation du narcotrafiquant en février 2014, M. Pena Nieto avait refusé son extradition, promettant de le juger et l’incarcérer au Mexique.

Mais ne pouvant prendre le risque d’une nouvelle évasion de ce chef de cartel dont la légende a considérablement grandi en six mois, les autorités mexicaines pourraient cette fois l’extrader rapidement vers les Etats-Unis, estiment les analystes.

« La grande question n’est pas de savoir s’ils vont l’extrader mais quand », déclare à l’AFP Alejandro Hope, expert en sécurité et ancien membre des services de renseignement mexicains.

La ministre américaine de la Justice Loretta Lynch a salué un « coup porté à l’organisation internationale de trafic de drogue (…), une victoire à la fois pour les citoyens du Mexique et des Etats-Unis ».

Plusieurs hommes politiques américains, dont le sénateur John McCain, ont appelé le président Barack Obama à réclamer l’extradition de Guzman.

Avant même son arrestation, les autorités mexicaines ont préparé la voie à cette possibilité, des juges mexicains émettant des mandats d’arrêt à fin d’extradition dès le mois d’août.

Mais les avocats du narcotrafiquant pourraient retarder la procédure en arguant qu’il risque la peine de mort aux Etats-Unis.

Roi des tunnels

Avant de devenir un des hommes les plus riches de la planète, et des plus recherchés, Guzman était un simple paysan cultivant la marijuana.

Après une première arrestation au Guatemala en 1993, il avait été incarcéré à la prison mexicaine de haute sécurité de Puente Grande (ouest), d’où il s’était évadé caché dans un panier de linge sale en 2001.

Reprenant la tête du cartel de Sinaloa, il en avait fait en quelques années l’organisation criminelle la plus puissante du Mexique, opérant jusqu’en Asie et en Europe.

Spécialiste des tunnels secrets lui permettant d’acheminer la drogue aux Etats-Unis ou d’échapper à la police, il avait acquis le surnom de « roi des tunnels ».

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Contenu partenaire