EI : Dix pour cent des raids sont menés par des pays européens ou arabes

07/10/14 à 07:11 - Mise à jour à 07:16

Source: Belga

Seuls 10% des près de 2.000 raids menés en Irak et en Syrie contre le groupe Etat islamique depuis début août ont été réalisés par des pays arabes et d'autres alliés des Etats-Unis, dont la Belgique, ont indiqué lundi des responsables de l'armée américaine. Un constat qui indique que la plupart des attaques sont américaines alors que trois quartiers de Kobané sont tombés aux mains des djihadistes.

EI : Dix pour cent des raids sont menés par des pays européens ou arabes

/ © Reuters

Les appareils américains ont effectué 1.768 frappes aériennes depuis le 8 août, tandis que ceux des autres membres de la coalition internationale ont lancé 195 raids contre les djihadistes de l'EI en Irak et en Syrie, selon un dernier décompte effectué dimanche soir, ont expliqué des responsables militaires américains. Mais les responsables du Pentagone ont insisté sur le fait que les pays arabes et européens participant à ces raids allaient être davantage sollicités à l'avenir.

Ces chiffres montrent pour la première fois le degré d'implication des pays arabes (Barheïn, Jordanie, Qatar, Arabie saoudite, Emirats arabes unis) dans les frappes en Syrie depuis le 23 septembre, mettant en exergue le rôle dominant des Etats-Unis dans ces opérations. Ces cinq pays arabes ont rechigné jusqu'à présent à fournir les détails de leurs frappes en Syrie. La France, la Belgique, le Royaume-Uni, le Danemark, les Pays-Bas et l'Australie se sont également engagés aux côtés des Etats-Unis dans ces missions contre le groupe EI mais uniquement en Irak. Les Américains ont commencé à frapper le groupe jihadiste en Irak le 8 août et en Syrie le 23 septembre.

La coalition a largué près de 1.000 bombes en moins de deux mois, selon les responsables militaires, précisant que 47 missiles de croisière Tomahawk avaient été tirés en Syrie au premier jour des frappes dans le pays. Les munitions utilisées jusqu'à présent ont coûté environ 62,4 millions de dollars, selon le commandement américain chargé du Moyen-Orient et de l'Asie centrale (Centcom). Des responsables américains ont en outre indiqué lundi que l'armée américaine avait utilisé pour la première fois des hélicoptères en Irak dimanche et lundi.

Trois quartiers de Kobané aux mains des djihadistes

Les djihadistes ont pris lundi soir, en quelques heures, trois quartiers de la ville kurde syrienne de Kobané, que des centaines d'habitants ont fuie par crainte des exactions du groupe Etat islamique (EI). Les forces kurdes engagées dans la défense de la ville étaient parvenues à repousser dans la nuit de dimanche à lundi un assaut des djihadistes, mais ceux-ci ont finalement réussi à entrer dans Kobané en fin de journée.

Très rapidement, ils se sont emparés de trois quartiers de Kobané: "ils ont pris la cité industrielle, Maqtala al-Jadida et Kani Arabane, dans l'est de Kobané après de violents combats contre les Unités de protection du peuple kurde (YPG)", a déclaré à le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane, en évoquant des scènes de "guérilla urbaine". Terrorisés par l'avancée des djihadistes connus pour leurs exactions - meurtres, viols, rapts - des centaines "de civils résidant dans les quartiers Est ont fui vers la Turquie voisine", a-t-il précisé. Sur Twitter, les messages portant le mot-clé #SOSKOBANE se multipliaient, certains faisant état de l'avancée de Kurdes de Turquie vers la frontière syrienne pour venir en aide à la ville. Sur sa page Facebook, le militant kurde originaire de Kobané Moustafa Ebdi a précisé que l'EI avait "lancé l'assaut grâce à des kamikazes qui se sont fait exploser". Quelques heures auparavant, les djihadistes avaient planté les drapeaux noirs de l'EI à une centaine de mètres à l'est et au sud-est de Kobané, troisième ville kurde de Syrie connue également sous le nom d'Aïn al-Arab. S'ils conquièrent Kobané, les jihadistes s'assureront du contrôle sans discontinuité d'une longue bande de territoire à la frontière syro-turque. En face, les Kurdes ont mobilisé les combattants de l'YPG, mais ceux-ci sont moins nombreux et moins bien armés que les djihadistes, équipés notamment de chars. Signe du désespoir des forces kurdes, dimanche, une combattante de 20 ans a mené un attentat suicide contre une position de l'EI à l'est de la ville, provoquant la mort de "dizaines" de djihadistes, selon des sources kurdes. La coalition américano-arabe, qui a débuté des raids en Syrie le 23 septembre, n'a mené qu'un nombre limité de frappes dans le secteur, ne permettant pas d'arrêter l'avancée de l'EI. Les raids "sont insuffisants pour battre les terroristes au sol", a déploré un responsable kurde, Idris Nahsen, réclamant "des armes et des munitions". L'offensive de l'EI dans la région a déjà fait des centaines de morts dans les deux camps depuis le 16 septembre et poussé à la fuite quelque 300.000 habitants, dont 180.000 ont trouvé refuge en Turquie. Sans intervenir militairement, la Turquie surveille de près la situation, notamment en raison des obus qui atteignent son territoire depuis une semaine.

Des responsables kurdes ont dénoncé cette passivité, accusant Ankara de laisser faire les djihadistes, au moment où la presse britannique rapportait que les 46 otages turcs libérés fin septembre par l'EI pourraient avoir fait l'objet d'un échange contre 180 djihadistes, dont plusieurs seraient originaires de pays européens.

Deux cents Kurdes manifestent à Brussels Airport contre les djihadistes de l'EI

Environ 200 Kurdes ont manifesté lundi soir dans le hall des départs de Brussels Airport, a constaté un journaliste de Belga sur place. Les manifestants protestaient contre l'avancée des djihadistes du groupe Etat islamique (EI) et ont exigé une réponse rapide de la communauté internationale à la suite des violents combats qui ont éclaté dans la ville de Kobané, troisième ville kurde de Syrie, assiégée lundi par les terroristes de l'EI.

"Les gouvernements belge et européens ne peuvent pas rester aveugles" face aux atrocités commises par les djihadistes de l'EI, a indiqué la porte-parole des manifestants Keje Kotluk. "Le groupe Etat islamique assiège des villes et des villages entiers et tue leurs populations. Les djihadistes sont bien équipés et utilisent des armes en provenance de l'Occident, alors que les Kurdes doivent se défendre avec les moyens du bord. Si ces combats se déroulaient ailleurs, la communauté internationale serait déjà intervenue depuis longtemps. Mais comme il s'agit des Kurdes, personne ne s'en soucie. Cela ne peut plus durer. Le monde doit ouvrir les yeux", a-t-elle affirmé. Les manifestants présents à Brussels Airport ont réclamé de l'aide militaire et humanitaire pour les habitants de Kobané. Ils s'en sont également pris au gouvernement turc et au président Erdogan, qu'ils accusent d'avoir favorisé la montée de l'EI. Ils exigent une solution durable et définitive pour leur peuple, actuellement dispersé sur trois pays.

Des rassemblements similaires ont également eu lieu lundi soir dans d'autres pays d'Europe. En France, quelques dizaines de Kurdes ont manifesté dans un terminal de l'aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle, près de Paris. Aux Pays-Bas, de 100 à 150 manifestants ont envahi le hall central du bâtiment de la Chambre des représentants à La Haye, tandis que d'autres Kurdes s'étaient également donné rendez-vous en Allemagne, en Suède et au Danemark afin de faire entendre leur voix. En Turquie, deux cents Kurdes sont descendus dans la rue pour manifester leur colère contre le gouvernement turc et le président Erdogan et dénoncer l'entrée des djihadistes dans la ville de Kobané, située à quelques kilomètres de la frontière séparant la Syrie et la Turquie.

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