EI : des formulaires d'embauche permettent d'établir le profil type des djihadistes

18/04/16 à 18:45 - Mise à jour à 18:46

Source: Belga

Le plus âgé a près de 70 ans, le plus jeune 12, et ils sont venus de 70 pays pour rejoindre en Syrie le groupe Etat islamique (EI): les formulaires remplis lors de leur arrivée par plus de 4.600 volontaires permettent, pour la première fois, de mieux comprendre qui ils sont.

EI : des formulaires d'embauche permettent d'établir le profil type des djihadistes

Un drapeau de l'EI à Saadiya en Irak, une ville occupée pendant quelques mois par l'État islamique en 2014. © Reuters

Ces documents ont été récupérés sur le terrain par des journalistes de la chaîne américaine NBC, qui les a confiés pour analyse aux chercheurs du Combating terrorism center (CTC), basé à l'école militaire américaine de West Point, près de New York.

Dans un premier rapport publié lundi, le CTC estime que ces formulaires, remplis en arabe et qui datent d'une période comprise entre le début de 2013 et la fin de 2014, ont été remplis par environ 30% des apprentis-djihadistes ayant grossi les rangs de l'EI à ce moment là.

Les 23 questions des formulaires vont de: nom, surnom, nom de la mère, groupe sanguin, date de naissance et nationalité à "date et lieu de la mort" (laissé en blanc) et "notes diverses", en passant par "Par qui avez-vous été recommandé" ou "Avez-vous déjà mené le djihad, et où ? "

La nationalité la plus représentée dans cet échantillon est saoudienne, avec 579 personnes, puis viennent les Tunisiens (559), Marocains (240), Turcs (212), Egyptiens (151) et Russes (141). La liste compte notamment 49 Français, 38 Allemands, 30 Libanais, 26 Britanniques, 11 Australiens, 7 Canadiens, aucun Américain.

L'âge moyen est de 26-27 ans. Seuls 400 étaient mineurs à leur entrée sur les terres du califat, proclamé en juin 2014. 61% des volontaires assure être célibataires, 30% mariés tandis que 8% n'ont pas répondu.

Le niveau moyen d'éducation est plutôt élevé, relève le rapport, avec 1.371 assurant avoir une éducation secondaire, et 1.028 supérieure, soit des niveaux supérieurs à ceux de leurs classes d'âges dans leurs pays d'origine.

Les formulaires contiennent aussi les notes prises par les "fonctionnaires" de l'EI ayant mené les interrogatoires, à la recherche de talents particuliers qui pourraient leur être utiles. Ainsi, face à un nom est inscrit : "Important : il a une expérience de chimiste".

Sur la fiche d'un Turc de 24 ans venu de la ville de Gaziantep, qui a précisé comme expérience professionnelle "Vendeur de drogue", est ajouté le commentaire : "Que Dieu nous pardonne !"

Les rédacteurs du rapport notent que près de 10% des inscrits assurent avoir une expérience djihadiste (un Français affirme avoir combattu au Mali) et que seuls 12% affirment être prêts à mener des attentats-suicide.

"Bien que l'EI ait besoin de kamikazes", notent les auteurs du rapport, "il a également besoin de personnel pour remplir des fonctions plus conventionnelles, comme soldat, membres de la police religieuse, des services de sécurité ou fonctionnaires".

Les documents comprennent également 431 "fiches de sortie", remplies lors du départ des djihadistes. Les motifs pour quitter les terres du califat sont variés: cela va de "traitement médical" (le plus souvent en Turquie) à "raisons familiales", mais il y a aussi "A menti", "S'il revient, sera emprisonné", "Esprit confus", "Ne sait pas faire preuve de patience" ou "Réfractaire à la vie militaire et au djihad".

Plus inquiétant, certaines fiches de départ portent la mention "Parti en Libye pour organiser la création d'un Etat", "Une mission" ou "Omar al-Shishani (chef militaire de l'EI, récemment tué) l'a chargé d'une tâche en Turquie".

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