Ebola : l'inquiétude face à l'épidémie grandit dans le monde

31/07/14 à 06:58 - Mise à jour à 06:58

Source: Le Vif

L'inquiétude face à l'épidémie d'Ebola qui se propage en Afrique de l'Ouest a commencé à gagner le reste du monde, les autorités britanniques s'alarmant mercredi de cette "menace" tandis que Hong Kong annonçait de possibles mesures de quarantaine.

Ebola : l'inquiétude face à l'épidémie grandit dans le monde

© Reuters

L'organisation Médecins sans frontières a averti que le virus, qui a fait plus de 670 morts en Afrique de l'Ouest depuis le début de l'année, était "hors de contrôle" et qu'il y avait un "réel risque de voir de nouveaux pays touchés".

La maladie frappe la Guinée, le Liberia, la Sierra Leone, et a fait un mort au Nigeria, un passager arrivé à Lagos par avion de Monrovia via Lomé, ce qui a conduit deux compagnies aériennes africaines, Arik et ASKY, à interrompre leurs liaisons avec le Liberia et la Sierra Leone.

Au Liberia, où le virus à tué 129 personnes sur 249 cas, la présidente Ellen Sirleaf Johnson a annoncé la fermeture de toutes les écoles "sans exception" pour tenter d'enrayer l'épidémie. Elle a également indiqué que son pays allait débloquer cinq millions de dollars (plus de 3,7 millions d'euros) comme "première contribution" dans la lutte régionale contre Ebola.

La situation a conduit l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) à consulter l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) au cours d'une téléconférence mardi, sans donner lieu toutefois à la prise de mesures immédiates.

A Londres, une réunion interministérielle de crise a été convoquée à propos de cette épidémie que "le Premier ministre (David Cameron) considère comme une menace très sérieuse", a expliqué le chef de la diplomatie Philip Hammond. Le ministre des Affaires étrangères s'est toutefois voulu rassurant après la réunion en jugeant "très peu probable" la possibilité qu'Ebola se propage au Royaume-Uni.

Les autorités britanniques ont averti les agents de contrôle aux frontières et le personnel des aéroports sur les symptômes de cette maladie, et appelé les médecins à la vigilance, la période d'incubation de la maladie pouvant aller jusqu'à une vingtaine de jours.

Des recommandations d'hygiène sont données aux voyageurs dans la région affectée par Ebola sur le site du Foreign Office, comme le font également plusieurs autres pays européens depuis quelques mois.

A Bruxelles, une source européenne a assuré que l'UE était équipée pour dépister et traiter les malades contaminés par le virus Ebola, et jugé "infime" la probabilité que l'épidémie touche les Etats membres.

Cette source a estimé que le système pour "dépister et contenir rapidement l'épidémie" fonctionnait, citant l'exemple d'un cas suspect signalé à Valence en Espagne qui s'est finalement révélé négatif.
La Commission européenne a pour sa part annoncé une aide supplémentaire de deux millions d'euros pour tenter de contenir l'épidémie, portant son assistance à 3,9 millions au total.

L'organisation d'aide américaine Peace Corps a quant à elle annoncé mercredi qu'elle retirait ses bénévoles du Liberia, de Sierra Leone et la Guinée. L'agence américaine précise dans un communiqué que ce repli est "provisoire" et qu'elle déterminera "ultérieurement quand des bénévoles pourront retourner" dans ces trois pays, où travaillent au total 340 volontaires.

A Hong Kong, ville densément peuplée de sept millions d'habitants précédemment affectée par des épidémies comme le SRAS, les autorités sanitaires ont annoncé qu'elles mettraient en quarantaine tout voyageur en provenance de Guinée, Sierra Leone et Liberia ayant des symptômes de fièvre, par mesure de précaution.

Les responsables de la santé hongkongais ont indiqué que des tests menés sur une femme arrivant d'Afrique, souffrant de fièvre et de vomissements, s'étaient également révélés négatifs.

Le virus Ebola se manifeste notamment par des hémorragies, des vomissements et des diarrhées. Son taux de mortalité peut aller de 25 à 90% et il n'existe pas de vaccin homologué. Il se transmet par contact direct avec le sang, les liquides biologiques ou les tissus de personnes ou d'animaux infectés.

Le découvreur belge de la maladie ne craint pas une épidémie majeure hors d'Afrique

Le professeur belge Peter Piot, co-découvreur du virus Ebola, écarte l'éventualité d'une épidémie majeure hors d'Afrique, appelant à ce que les vaccins et traitements expérimentaux, prometteurs chez les animaux, soient testés sur les humains.

Même si une personne porteuse d'Ebola voyageait jusqu'en Europe, aux États-Unis ou dans une autre partie de l'Afrique, "je ne pense pas que cela donnerait lieu à une épidémie majeure", a déclaré le directeur de la prestigieuse London School of Hygiene and Tropical Medicine.
Peter Piot a co-découvert le virus Ebola en 1976, alors qu'il n'avait que 27 ans. Il a ensuite été directeur du programme ONUSIDA des Nations unies.
"Je ne suis pas tellement inquiet à l'idée de voir le virus se diffuser ici au sein de la population", a-t-il ajouté.
"Je ne serais pas inquiet d'être assis dans le métro à côté d'une personne porteuse du virus Ebola tant qu'elle ne vous vomit pas dessus ou quelque chose de ce genre", a-t-il affirmé, rappelant qu'il s'agit "d'une infection qui nécessite un contact très proche".
Rappelant qu'il existe plusieurs vaccins et traitements expérimentaux contre Ebola qui ont donné des résultats prometteurs sur les animaux, le chercheur belge a appelé à les tester sur les humains dans les zones touchées.
"Je pense que le moment est venu, au moins dans les capitales, d'offrir ce genre de traitements pour un usage compassionnel (réglementation permettant de rendre légal l'usage de médicaments non-autorisés: NDLR) mais aussi pour découvrir s'ils marchent afin d'être prêts pour la prochaine épidémie", a-t-il appelé de ses voeux.
Selon lui, l'histoire récente du Liberia et de la Sierra Leone complique les efforts déployés pour lutter contre le virus qui peut s'avérer mortel pour 25 à 90% de la population touchée et a déjà fait 670 morts en Afrique de l'Ouest.

"N'oublions pas que ces pays sortent de décennies de guerre civile", a-t-il dit.

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