DSK sur TF1 : une froide opération de communication

19/09/11 à 13:02 - Mise à jour à 13:02

Source: Le Vif

Dominique Strauss-Kahn, ancien patron du FMI s'est livré sur TF1 à un exercice de communication qui péchait par son manque de spontanéité. Entre acte contrition puissant et sincère pour les uns et opération de communication indécente pour les autres, sa prestation ne fait pas l'unanimité.

DSK sur TF1 : une froide opération de communication

© EPA

Pour sa première interview depuis son arrestation le 14 mai 2011, DSK n'a peut-être pas convaincu les foules, mais il aura au moins fait un carton à l'audimat. Près de 13,5 millions de téléspectateurs auront suivi son passage sur TF1. Soit 47 % de part d'audience.

Dans une interview visiblement préparée dans les moindres détails, Claire Chazal passe en revue les différents points de l'affaire DSK. Bien qu'aucun aspect ne soit éludé, l'interview manque pourtant de mordant. Face à elle, on retrouve un DSK au visage grave et immobile. Tout est millimétré. Aucun faux pas ne sera commis. Pourtant nombreux sont ceux qui soulignent un manque évident d'émotion, même lorsqu'il évoque sa femme Anne Sinclair. C'est surtout cette froideur et un enchaînement de réactions calibrées, voire surjouées, qui laissent une impression mitigée.

Ce qu'il a dit
Des regrets, mais pas d'excuse : contrairement à son discours au FMI, DSK exprime des regrets, mais pas d'excuses. Il avoue avoir eu une relation avec Naffisatou Diallo, mais le rapport n'était ni tarifé, ni violent. "C'est le procureur qui le dit, ce n'est pas moi", explique-t-il en agitant le compte-rendu du procès. Un geste qu'il refera plusieurs fois au cours de l'interview. "Ce qui s'est passé, c'est une relation non seulement inappropriée, mais plus que ça, c'est une faute", déclare DSK . "Une faute vis-à-vis de ma femme, de mes enfants, de mes amis, mais aussi une faute vis-à-vis des Français qui avaient placé en moi leur espérance de changement". Et d'exprimer quelques minutes plus tard ses regrets "Je comprends que cela puisse choquer. Je l'ai payé lourdement, je le paye toujours ". "Depuis quatre mois, j'ai vu la douleur que j'ai créée autour de moi et j'ai beaucoup réfléchi : cette légèreté, je l'ai perdue. Pour toujours".

"Oui, je voulais être candidat. Je pensais que ma position au FMI me donnait un regard aigu sur la vérité de la situation française, sur ses difficultés, mais aussi ses atouts dans la mondialisation et que je pouvais être utile et apporter des réponses ". "Tout ça est derrière moi. Je ne suis évidemment pas candidat même si je continue de penser que la victoire de la gauche est nécessaire à notre pays.". Il avoue aussi l'existence d'un pacte avec Martine Aubry qu'il remercie chaleureusement sans la soutenir ouvertement.

Après ce passage plus personnel fait de repentance, Claire Chazal aborde la situation économique. Un sujet où, visiblement, DSK est plus à l'aise. Le visage s'anime, le discours est rodé et précis. On retrouve l'animal politique dans toute sa splendeur. C'était presque parfait. Sauf que là aussi cela manquait de naturel et semblait n'être évoqué que pour mettre en valeur DSK et contrebalancer la première partie de l'interview.

Les réactions
Avec une gauche embarrassée et une droite discrète, les réactions en France sont plutôt policées. Seules les féministes affichent une opinion plus virulente

Peu de ténors de la gauche française se bousculaient au portillon dimanche soir pour commenter le débat. Les supporters de François Hollande retiennent seulement que Martine Aubry est candidate par défaut puisque DSK avoue l'existence d'un pacte entre lui et Martine Aubry.

Ségolène Royal a simplement indiqué qu'elle avait envie de tourner la page. Que ce passage allait permettre aux Français "de passer à autre chose, d'élever le débat politique", a-t-elle indiqué lundi sur RTL.

Arnaud Montebourg, candidat à la primaire socialiste, n'est pas convaincu. "Il aurait pu, il aurait dû présenter des excuses afin que nous puissions parler d'autre chose" a-t-il déclaré sur Europe 1. "Mais mon avis importe peu. Ce qui compte, c'est que nous tournions cette page qui n'a pas été seulement l'humiliation d'un homme, mais une humiliation collective et nationale".

Ses proches sont plus cléments et plusieurs ont salué son intervention. Jack Lang en tête. Pour le député du Pas de Calais, DSK "a parlé la langue du coeur, de la vérité et de l'intelligence. (...) Il a montré ce soir avec éclat à quel point il était un homme d'État dont nous avons été provisoirement privés par la calomnie, l'injustice et le mensonge."

Même enthousiasme pour Jean-Marie Le Guen. Il a salué dimanche soir sur iTélé la "gravité" et la "force" de son intervention sur TF1. A ses yeux DSK s'est exprimé avec "beaucoup de sincérité ". Et d'attaquer ceux qui auraient orchestré cette campagne calomnieuse. "On en n'a pas encore terminé", des "gens vont continuer le scénario trash", pointant ceux qui "se complaisent au niveau du caniveau, depuis des mois".

A droite, L'ex-premier ministre Jean-Pierre Raffarin a estimé sur Twitter que l'ancien directeur du FMI était visiblement "plus à l'aise pour afficher sa compétence que sa sincérité" avant de conclure que "la décence eut été le silence".

Le secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé, s'est pour sa part déclaré "choqué" par les allusions à un éventuel "complot ".

Quant aux féministes qui étaient venues manifester devant les portes de TF1, La porte-parole d'Osez le féminisme, Thalia Breton, s'est dite "écoeurée", et la présidente de l'association Paroles de femmes, Olivia Cattan, a jugé que les déclarations de l'ancien directeur général du Fonds monétaire international (FMI) étaient " lamentables".

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