Donald Trump laisse éclater sa colère et sa frustration

17/02/17 à 06:15 - Mise à jour à 07:41

Source: Afp

Après quatre semaines au pouvoir, Donald Trump a laissé éclater sa frustration. Les murs de la prestigieuse "East Room" de la Maison Blanche ont tremblé jeudi sous le torrent de paroles du président septuagénaire qui s'en est pris tour à tour à la presse, à la justice ou encore aux démocrates accusés de saper ses efforts.

Donald Trump laisse éclater sa colère et sa frustration

Donald Trump, en conférence de presse le 15 février 2017 © Reuters

Combatif mais visiblement blessé aussi, semblant parfois sur le point de perdre le contrôle, le magnat de l'immobilier a défendu ses débuts au pouvoir.

Pendant près d'une heure et demie d'une conférence de presse décousue et à la tonalité totalement inédite en ces lieux, il a, entre autres, évoqué le spectre d'un "holocauste nucléaire".

La nouvelle administration Trump fonctionne "comme une machine bien réglée", lance d'entrée le président républicain, contre toute évidence.

A tous égards, les premiers pas au sommet de l'Etat de ce novice en politique furent agités: des millions de personnes dans les rues au lendemain de son inauguration, un cinglant revers judiciaire sur son décret anti-immigration emblématique, la démission forcée de son principal conseiller diplomatique...

Assurant avoir hérité d'une situation "chaotique" il affirme, en énumérant les décrets signés dans le Bureau ovale, que jamais une présidence n'avait fait autant en si peu de temps. "Les gens le savent, la plupart des médias, non. Ou plutôt, ils le savent, mais ils ne l'écrivent pas", ajoute-t-il, désignant le bouc émissaire du jour: la presse.

La charge, assénée sur tous les tons, est violente, colérique par moments.

L'objectif est clair. Parler à ceux qui l'ont porté au pouvoir, les prendre à témoin: "Je suis ici pour faire passer mon message directement au peuple (...) car nombre de journalistes de notre pays ne vous diront pas la vérité et ne traiteront pas les gens formidables de ce pays avec le respect qu'ils méritent".

'Vous êtes malhonnêtes'

Evoquant "un niveau de malhonnêteté hors de contrôle", il reprend des expressions de campagne qui faisaient mouche devant ses partisans, stigmatise les élites des côtes Est et Ouest qui vivent dans une bulle et ne comprennent rien à la vraie Amérique. "La plupart des médias, à Washington DC, mais aussi à New York et Los Angeles, ne parlent pas pour le peuple mais pour des intérêts particuliers et pour les profiteurs d'un système qui est cassé", dit-il, index dressé.

"Je vous dis simplement que vous êtes des gens malhonnêtes", tempête-t-il un peu plus tard. "Le public ne vous croit plus !". "Asseyez-vous !", lance-t-il à l'attention d'un journaliste qui tente une relance après sa question. "Taisez-vous !", lâche-t-il à un autre.

Bombardé de questions sur les liens de son équipe avec la Russie de Vladimir Poutine, et d'éventuels contacts durant la campagne avec les services secrets russes, Donald Trump s'emporte: "Je n'ai rien à voir avec la Russie !"

"Les fuites sont réelles, les informations sont fausses", ajoute-t-il à propos de l'avalanche de révélations qui dressent chaque jour un tableau un peu plus troublant de ses relations avec le maître du Kremlin.

Un journaliste s'étonne, dans un indescriptible brouhaha, de cette étrange formule. Si les fuites sont bien réelles et portent sur des faits avérés, comment les informations peuvent-elles être fausses ?

C'est le "ton", répond, agressif, le président américain, qui dénonce "la haine" dont il fait objet, tout un épargnant, comme à chaque fois, un seul média: Fox News, la chaîne de télévision favorite des conservateurs américains.

Parfois, le président de la première puissance mondiale prend des libertés avec la réalité historique.

Il affirme, en introduction, avoir remporté la plus grande victoire en nombre de voix du collège électoral depuis Ronald Reagan ? Un journaliste lui fait remarquer que c'est faux. "C'est ce qu'on m'avait dit", balbutie-t-il en regardant ses notes avant de passer à une autre question.

Pas une mauvaise personne

"J'ai gagné, j'ai gagné", martèle-t-il un peu plus tard, comme pour exprimer sa frustration face aux critiques, avant de s'attarder longuement sur des polémiques liées à l'un de ses débats face à Hillary Clinton.

"Vous savez, je ne suis pas une mauvaise personne", glisse-t-il entre deux flèches décochées contre les membres de l'administration Obama qui disséminent de "fausses informations".

"Ce n'est pas Donald Trump qui a divisé le pays", lance-t-il. "Nous vivions déjà dans un pays divisé".

Fuites 'criminelles'

Donald Trump a promis de démasquer les auteurs des "fuites criminelles" qui ont conduit à la démission de son conseiller à la sécurité nationale, Michael Flynn, pour des contacts inappropriés avec la Russie.

Le président américain dit avoir demandé une enquête au ministère de la Justice et accusé des "gens d'Obama" en poste dans les différentes agences du gouvernement d'être à l'origine des fuites à la presse.

"Vous verrez que cela va cesser maintenant que nos gens sont en place" a-t-il lancé.

Un ancien amiral dont le nom était cité pour succéder à Michael Flynn a décliné le poste. Le refus de Robert Harward laisse donc vacant le poste de conseiller à la sécurité.

Journée sans immigrés

Des magasins et restaurants sont restés fermés jeudi à Washington, New York, Chicago et d'autres villes américaines, à l'appel d'une "journée sans immigrés".

L'initiative visait à protester contre les politiques anti-immigration de Donald Trump et montrer le poids des immigrés dans l'économie américaine.

Dans le même temps, le président américain a renoncé à faire appel de la suspension de son décret migratoire et annoncé qu'il présenterait "la semaine prochaine" un nouveau décret pour "protéger complètement" les Etats-Unis de ressortissants de pays posant selon lui un risque terroriste.

Un Etat ou deux Etats?

L'administration Trump a semé la confusion avec des déclarations contradictoires sur le soutien des Etats-Unis à la création d'un Etat palestinien. "Nous soutenons absolument une solution à deux Etats", a déclaré au Conseil de sécurité la représentante américaine auprès des l'ONU, Nikki Haley, disant aussi songer "à des alternatives".

David Friedman, l'ambassadeur en Israël nommé par Donald Trump a reconnu devant le Sénat américain chargé de sa confirmation qu'il n'avait "pas de meilleure option" que la solution à deux Etats, tout en se disant "sceptique" sur cette voie de règlement du conflit israélo-palestinien.

Donald Trump avait remis en cause mercredi un principe directeur de la diplomatie américaine en affirmant qu'il n'était pas plus attaché à la solution à deux Etats, qu'à celle à un seul Etat.

Modération avec la Russie

Le secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson a tempéré jeudi les velléités de rapprochement avec la Russie souvent exprimées par Donald Trump.

"Les Etats-Unis envisageront de coopérer avec la Russie lorsque nous pourrons trouver des domaines de coopération qui serviront les intérêts du peuple américain", a dit Rex Tillerson après une rencontre avec son homologue russe Sergueï

Pas une mauvaise personne

"J'ai gagné, j'ai gagné", martèle-t-il un peu plus tard, comme pour exprimer sa frustration face aux critiques, avant de s'attarder longuement sur des polémiques liées à l'un de ses débats face à Hillary Clinton."Vous savez, je ne suis pas une mauvaise personne", glisse-t-il entre deux flèches décochées contre les membres de l'administration Obama qui disséminent de "fausses informations".

"Ce n'est pas Donald Trump qui a divisé le pays", lance-t-il. "Nous vivions déjà dans un pays divisé".

Même s'il répète à l'envi que les sondages ne sont pas des indicateurs fiables, Donald Trump, très sensible à son image comme tous ses prédécesseurs, garde un oeil sur ces derniers. Et les chiffres du début de sa présidence sont mauvais, très mauvais.

Selon une enquête du Pew Research Center publiée jeudi, sa popularité après un mois au pouvoir est nettement plus basse que celle des cinq hommes qui ont occupé le Bureau ovale avant lui, qu'ils soient démocrates ou républicains.

A total, 39% seulement des Américains interrogés approuvent son action à la tête de l'Etat (56% désapprouvent).

Samedi, le président républicain participera à un grand rassemblement à Orlando, en Floride, durant lequel il devrait, pour quelques heures, retrouver l'ambiance d'une campagne où, des primaires républicaines à son duel face à Hillary Clinton, rien ne lui aura résisté.

Un rendez-vous presque nostalgique qui vient renforcer le sentiment que si l'exubérant homme d'affaires a aimé la conquête du pouvoir, il a du mal à trouver un rythme, et un ton, dans l'exercice de celui-ci.

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