Donald Trump - Hillary Clinton, le duel se précise

16/03/16 à 07:12 - Mise à jour à 08:10

Source: Afp

Hillary Clinton se préparait ostensiblement mercredi à un duel contre Donald Trump à l'élection présidentielle américaine de novembre, chaque candidat ayant consolidé mardi sa position pour l'investiture aux conventions de juillet.

Donald Trump - Hillary Clinton, le duel se précise

. © Reuters

Hillary Clinton a battu Bernie Sanders dans au moins quatre des cinq primaires organisées mardi, y compris dans l'Ohio industriel où le sénateur du Vermont, socialiste démocrate, comptait sur le vote ouvrier.

Ces victoires s'ajoutent aux précédentes pour grossir son avance en nombre de délégués pour la convention d'investiture. En comptant les près de 500 "super délégués" la soutenant, elle dispose de plus de 1.500 délégués contre moins de 800 pour Bernie Sanders. La barre des 2.383 est en vue. "Nous estimons que ce sera très difficile, voire impossible, qu'il nous rattrape", a assuré à CNN Jennifer Palmieri, porte-parole d'Hillary Clinton, en se gardant d'appeler le sénateur à se retirer.

Du côté républicain, Donald Trump a creusé l'écart avec au moins trois victoires. L'écrémage des candidats a continué avec l'abandon du sénateur de Floride Marco Rubio, cruellement battu à domicile. Ils ne sont plus que deux à défier l'homme d'affaires: le sénateur du Texas Ted Cruz et le gouverneur de l'Ohio, John Kasich, vainqueur chez lui.

Les deux favoris ont réagi différemment à leur bonne soirée électorale. Hillary Clinton s'est projetée au-delà des primaires en donnant un aperçu de sa stratégie contre Donald Trump. Le milliardaire doit quant à lui unifier le camp conservateur, pas résigné à lui donner les clés du parti. "Nous allons défendre les travailleurs américains pour que personne n'abuse de nous", a lancé Hillary Clinton à West Palm Beach, à quelques kilomètres de la propriété de Donald Trump où se tenait sa soirée électorale, en Floride. "Ni la Chine, ni Wall Street, ni les dirigeants d'entreprises surpayés".

Voilà pour la double réplique à Bernie Sanders, qui l'accuse de collusion avec Wall Street, et Donald Trump, focalisé sur l'idée que les Etats-Unis se font escroquer par ses partenaires commerciaux.

Hillary Clinton a clairement ciblé l'homme d'affaires en reprenant ses déclarations. "Quand un candidat à la présidentielle veut rafler 12 millions d'immigrés, interdire aux musulmans d'entrer aux Etats-Unis, quand il approuve la torture, il n'a rien de fort", a-t-elle tonné. "Il a tort". "Nous devons abattre les barrières, pas ériger des murs", a dit l'ex-secrétaire d'Etat.

Ralentissement des primaires

Bernie Sanders juge que la suite du calendrier, jusqu'en juin, lui sera plus favorable: "Nous sommes sûrs que notre campagne fait route vers l'investiture".

Donald Trump est confronté pour sa part à un problème distinct: comment rassembler la droite, après avoir fait campagne contre le Parti républicain traditionnel, et alors que des personnalités et élus républicains jurent qu'ils ne se rangeront jamais derrière lui? "Le fait est que nous devons rassembler le parti", a-t-il insisté mardi soir dans son club, Mar-a-Lago, à Palm Beach. Il s'est vanté d'avoir créé un mouvement dont "tout le monde parle, partout en Europe et dans le monde". "Ce pays va se remettre à gagner", a scandé Donald Trump.

Il a engrangé 640 délégués contre 405 pour Ted Cruz et 138 pour John Kasich, selon le comptage de CNN (majorité requise de 1.237).

Ted Cruz était galvanisé par l'élimination de Marco Rubio, mais le maintien de John Kasich l'empêche de faire le plein de voix. "Chaque républicain a un choix simple", a déclaré le Texan à Houston. "Deux campagnes seulement ont une chance plausible de gagner l'investiture: la nôtre et celle de Donald Trump".

Mais John Kasich est le choix le plus naturel pour les républicains traditionnels, qui ont vu leurs favoris péricliter, de Jeb Bush à Marco Rubio. Mitt Romney, candidat de la présidentielle de 2012, avait annoncé qu'il apporterait son soutien officiel à un candidat après mardi. Lundi, il a fait campagne avec John Kasich.

"Pour les républicains moyens, ce sont les deux candidats les plus repoussants qui dominent" (Trump et Cruz), relève Dennis Goldford, politologue à l'Université Drake.

Cette course à trois se prolongera encore au moins plusieurs semaines. Le rythme des primaires va se ralentir: Arizona et Utah voteront le 22 mars, puis il faudra attendre avril, notamment une grande journée le 26 avril.

Retour sur le vote de mardi 15 mars

La victoire éclatante du milliardaire de 69 ans en Floride marque la fin de l'aventure pour le jeune sénateur Marco Rubio, qui ne portera pas les couleurs du "Grand Old Party" lors de la présidentielle du 8 novembre. "Ce fut une soirée fantastique", a lancé Donald Trump avant de reprendre - visiblement fatigué - son discours 1.000 fois répété sur la "colère" qui gronde en Amérique. Mais l'homme d'affaires de New York, qui l'a également emporté dans l'Illinois et en Caroline du Nord, n'a pas, comme il l'espérait, assommé ce nouveau rendez-vous des primaires.

Avec une victoire dans son Etat de l'Ohio, le gouverneur John Kasich a prouvé qu'il faudrait compter avec lui, devenant de facto le candidat de la base traditionnelle du parti. "Cela pourrait être un tournant", a réagi à Cleveland, Russ Walcher, comptable de 48 ans, venu soutenir son gouverneur, qui a mis du temps à émerger sur la scène nationale. "Cela montre qu'une défaite de Donald Trump est possible. Après cette soirée, le pays, si ce n'est le monde entier, saura qui est John Kasich", estimait de son côté Mike Gonidakis, un influent conservateur local.

Enthousiaste, ce dernier s'est déclaré convaincu qu'aucun candidat n'atteindrait le seuil des 1.237 délégués à la fin des scrutins en juin. Dans ce cas de figure, l'investiture serait déterminée à la convention de Cleveland, en juillet, selon une procédure complexe qui pourrait entraîner une féroce bataille.

- Difficile pour Bernie

Nombre de ténors du parti républicain sont tiraillés entre leur farouche volonté de faire barrage au magnat de l'immobilier dont ils dénoncent les violentes diatribes et la perspective - qu'ils redoutent - d'un troisième mandat démocrate consécutif à la Maison Blanche, du jamais vu depuis la Seconde guerre mondiale.

Un temps présenté comme le "Obama républicain", Marco Rubio n'a pas su trouver le ton juste et a été incapable de l'emporter dans son propre fief. "C'est un tsunami politique, nous aurions dû nous en apercevoir avant", a-t-il déclaré en jetant l'éponge.

Reste un troisième homme en course : l'ultra-conservateur sénateur du Texas Ted Cruz.

Dans l'Ohio comme nombre d'autres Etats appelés aux urnes, Donald Trump était sur toutes les lèvres. Comme chez cette arrière-grand-mère de 69 ans, qui apprécie son discours anti-immigration et ses propos contre les clandestins qui sont "si nombreux" et "prennent notre travail".

La soirée fut excellente pour Hillary Clinton, qui, après un échec en 2008 lors de la primaire face à Barack Obama, espère cette fois-ci devenir la première femme de l'histoire à accéder à la Maison Blanche.

Au-delà de la Floride, l'ancienne secrétaire d'Etat l'a emporté comme attendu en Caroline du Nord. Mais elle a aussi ramassé la majorité des voix dans l'Ohio et l'Illinois, Etats plus industriels où son adversaire Bernie Sanders nourrissait de réels espoirs. "Cela va devenir extrêmement difficile pour Bernie Sanders", a souligné Dennis Goldford, professeur de sciences politiques à l'université de Drake (Iowa). "Nous nous rapprochons de la nomination du parti et de la victoire en novembre", a lancé la candidate, la voix abimée par l'enchainement - à un rythme effréné - des réunions électorales. Elle n'a cependant pas appelé explicitement au retrait de son opposant.

- Qui sommes-nous ?

Elle a désormais une avance confortable avec près de 1.000 délégués (contre un peu plus de 600 pour son adversaire). Mais l'ex-Première dame dispose aussi de l'appui déclaré de près de 500 élus et responsables démocrates qui auront le droit de vote à la convention de Philadelphie, en juillet.

La barre à atteindre dans le camp démocrate est de 2.383.

Comme depuis le début des primaires, l'ancienne sénatrice de New York a enregistré des scores impressionnants au sein des minorités. Selon les sondages sortie des urnes, elle a remporté 73% du vote noir dans l'Ohio et 80% en Caroline du Nord.

Le président Barack Obama qui a voté par procuration dans l'Illinois, a de son côté dénoncé, sans le nommer, Donald Trump, et la tonalité de sa campagne. "Nous avons entendu des discours vulgaires et sources de division qui visent les femmes, les minorités", a-t-il déploré, jugeant que ce spectacle était néfaste pour l'image de l'Amérique au-delà de ses frontières. "Qui sommes-nous ? Comment sommes-nous perçus à travers le monde ? Le monde est attentif à ce que nous disons et à ce que nous faisons", a-t-il mis en garde.

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