Dessiner Mahomet? "Avec des explications", répond Plantu

18/01/15 à 10:09 - Mise à jour à 10:39

Source: Belga

Face à des caricaturistes chypriotes intrigués par l'insistance de Charlie Hebdo à épingler Mahomet, le dessinateur français Plantu a défendu la liberté d'expression des artistes, estimant qu'une "longue bataille pédagogique" sera nécessaire pour faire comprendre ce type d'image.

Dessiner Mahomet? "Avec des explications", répond Plantu

Jean Plantureux, Plantu, signant un dessin. © BELGAIMAGE

Lors d'un débat organisé samedi par son association Cartooning for Peace (Dessins pour la Paix), le caricaturiste du quotidien Le Monde a échangé avec des dessinateurs chypriotes grecs et turcs, après l'attentat qui a décimé le 7 janvier la rédaction de l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, mené par deux frères djihadistes disant agir en représailles aux caricatures du prophète Mahomet publiées par ce journal.

"Tous les artistes ont tous les droits de s'exprimer et de raconter ce qu'ils ont envie de faire partager", a rétorqué Plantu à des questions de caricaturistes. "Mais ce n'est pas suffisant. Il faut savoir qu'il peut y avoir derrière la porte ou au coin de la rue des gens qui ne comprennent rien aux images, et donc on a un travail pédagogique, national, européen et international, à faire, avec les premiers fantassins de la démocratie, les professeurs, instituteurs et institutrices."

A Chypre Nord, partie sous occupation turque et majoritairement musulmane de l'île, un journal a reproduit sans incident la Une du journal satirique français publiée une semaine après l'attentat avec un Mahomet la larme à l'oeil portant l'affiche "Je suis Charlie". Mais dans le monde musulman, du Niger au Pakistan en passant par l'Algérie, des milliers de manifestants ont protesté ces derniers jours, parfois violemment, contre la nouvelle caricature du prophète. Les violences au Niger ont fait dix morts en deux jours.

"On est au tout début de la guerre contre les fondamentalismes, mais surtout au début d'une bataille pédagogique, éducative", insiste le caricaturiste parisien. "Nous devons avoir des limites. J'essaie par exemple d'éviter certaines images, telles que la crucifixion ou la Cène. Je les utilise parfois, comme métaphore politique (...) mais quand j'ai une alternative, je les évite, car je ne veux pas choquer quelqu'un avec une référence religieuse", a pour sa part estimé un caricaturiste chypriote.

Plantu envisage de se rendre au Pakistan cette semaine, voyage prévu de longue date avec son association, si la situation sécuritaire le permet.

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