Des Ukrainiens, victimes de la crise, retournent vivre près de Tchernobyl

26/04/12 à 21:35 - Mise à jour à 21:35

Source: Le Vif

Revenir habiter près de Tchernobyl, 26 ans après la catastrophe nucléaire? Des familles ukrainiennes font ce choix, poussées par des conditions économiques difficiles, en dépit des risques sanitaires.

Des Ukrainiens, victimes de la crise, retournent vivre près de Tchernobyl

© Reuters

La commune de Narodytchi illustre cette tendance.

Selon la loi, personne n'est autorisé à s'installer ici. Après l'explosion d'un des réacteurs de la centrale nucléaire de Tchernobyl, le 26 avril 1986, une vaste zone de l'Ukraine a été classée en zone 2, dite d'évacuation obligatoire. Pourtant Narodytchi, petite commune urbaine située à quelque 70 km du site, semble se repeupler ces dernières années.

A l'époque, les habitants ont seulement été sommés de partir, sans y être contraints par la force. Actuellement, près de 10 000 habitants sont recensés sur la commune qui regroupe en tout huit villages. Et la démographie de Narodytchi ne cesse de croître. D'anciens habitants sont revenus 20 ans après le drame quand d'autres, environ 10%, ne seraient même jamais partis.

Au milieu des bâtiments en ruine laissés à l'abandon, vestiges d'une des pires catastrophes nucléaires de l'Histoire, une poignée d'habitants osent croire que Narodytchi renaîtra de ses cendres. En décembre 2010, Courrier International parlait déjà de "baby boom" pour cette commune. Une crèche et une maternelle (récemment rénovée) accueillaient des enfants de plus en plus nombreux. L'école assurait alors l'éducation de 143 élèves, alors qu'elle n'en recevait que 45 en 1995.

Pourquoi ce repeuplement?

Cette vitalité démographique est le reflet de la crise, qui conduit certains Ukrainiens à s'y installer en toute illégalité. Même si l'Ukraine connaît le taux de chômage le plus faible d'Europe (1,9% en février 2012), elle compte parmi les pays les plus pauvres du continent et son niveau de vie a considérablement diminué. L'Unicef dénonçait encore en décembre dernier de nombreux abandons d'enfants victimes de cette pauvreté chronique.
Les familles ukrainiennes, poussées par la crise, choisissent de s'exiler à Narodytchi, bien qu'aucune aide ne leur soit accordée. Les autorités consentent seulement à leur donner le strict minimum pour vivre. Parmi ces "réfugiés", certains ont fait le choix de poser leurs bagages dans d'anciennes maisons abandonnées par leurs propriétaires, où l'alimentation en électricité dans les foyers n'est pas assurée.

"Il est de ma responsabilité de créer des infrastructures et de réparer les routes, les conduites de gaz, les raccordements en eau. Bref, tout ce dont les habitants ont besoin pour vivre", explique le gouverneur du district, Valery Trokhimenko, aux journalistes d'Arte. "Honnêtement c'est interdit par la loi, mais il y a des gens qui vivent ici, on ne peut pas les laisser", ajoute-t-il, par dépit. Livrés à eux-mêmes, ces habitants se battent pour retrouver un semblant d'activité, mais rares sont ceux qui ont un travail et la plupart des entreprises en activité sont clandestines.

La zone de Narodytchi reste pourtant fortement irradiée, ces habitants s'exposent à de graves dangers sanitaires. Et L'hôpital de la ville ne désemplit pas: "Seuls 10% des enfants sont en bonne santé", alerte le médecin Maria Pachtchouk, interviewée par l'AFP. "La plupart des 70 000 patients adultes que nous recevons chaque année ont aussi des pathologies liées à la radioactivité. Troubles respiratoires, problèmes digestifs, cancers... Certains cumulent, deux, voire trois maladies", poursuit-elle. Les familles se nourrissent des légumes qu'elles font pousser, du lait de leur vache et surtout des champignons de la forêt dont le taux de radioactivité dépasse parfois de 100 fois la limite autorisée.
Mais, poussées par la crise économique, ces familles "viennent ici pour trouver un logement bon marché [...], témoigne Natalya Stepantchenko, directrice de l'école de Narodytchi depuis 1998. La pauvreté préoccupe les gens, pas la radioactivité!"

Par Sophie Malherbe

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