Déraillement en Espagne: itinéraire d'un conducteur épris de vitesse

26/07/13 à 12:35 - Mise à jour à 12:35

Source: Le Vif

Les causes du déraillement survenu mercredi soir près de Saint-Jacques-de-Compostelle n'ont pas encore été établies. Mais la presse espagnole s'intéresse de près au conducteur du train, Francisco José Garzón Amo, et à son goût immodéré pour la vitesse. Il a été placé en garde à vue ce vendredi pour imprudence.

Déraillement en Espagne: itinéraire d'un conducteur épris de vitesse

© Reuters

Un conducteur expérimenté natif de Galice Francisco José Garzón Amo était aux commandes du train qui a déraillé mercredi soir près de Saint-Jacques-de-Compostelle. Depuis le drame, la presse espagnole tente d'en savoir un peu plus sur cet homme âgé de 52 ans. Cela fait 30 ans qu'il conduit des trains pour la Renfe, l'équivalent espagnol de la SNCF. "Une carrière sans tâche. Il était un conducteur parmi des centaines à la Renfe" jusqu'au drame de mercredi soir, résume El Pais.

C'était son destin: fils d'un cheminot galicien de Ponferrada, il est né à Monforte, autre ville de Galice réputée comme "berceau de nombreux cheminots", note la Voz de Galicia. Après avoir acquis une grande expérience à travers l'Espagne (Barcelone, Madrid), il a grimpé les échelons et devient aide-conducteur en 2000 puis conducteur en 2003. Il a été rattaché à La Coruña il y a deux ans comme tous les autres conducteurs des trains Alvia qui relient Ourense à Saint-Jacques-de-Compostelle, selon les éléments donnés par le président de la Renfe sur la radio Cadena Cope.

A Monforte, Francisco José Garzón Amo a encore des amis et des camarades, notamment à l'antenne du syndicat UGT auquel il est affilié. Tous parlent de lui en termes plutôt élogieux. "C'est un homme bon, un mec classe", raconte l'un d'entre eux au quotidien régional. "Vous ne trouverez personne qui parlera mal de lui", renchérit un autre.

Il se vantait d'aller trop vite, sur Facebook

Mais Francisco José Garzón Amo est aussi un homme qui aime la vitesse et qui s'en vante. Sur Facebook, le 8 mars 2012, il poste une photo d'un cadran qui affiche 200 km/h. Rien de répréhensible en soi: il ne conduit pas un train "normal" mais l'équivalent espagnol d'un TGV, 200 km/h n'est pas une vitesse excessive en soi et la photo n'indique en rien qu'il transgressait les règles au moment où elle a été prise.

Les commentaires associés au cliché, en revanche, suscitent la polémique en Espagne depuis ce jeudi. "Une blague qui s'est transformée en cauchemar", titre le Faro de Vigo, autre quotidien régional de Galice. Voici une traduction de cet échange avec ses amis sur ce réseau social.

"Je suis à la limite, si je vais encore plus vite, je risque une amende
- Mais tu vas à 200...
- Et encore, le compteur est truqué!
- Si la police te chope, tu vas perdre tes points, haha.
- Quel pied ce serait de dépasser les policiers et de me faire flasher par leur radar! Ce serait une sacrée amende pour la Renfe, héhé!"

La page Facebook de Francisco José Garzón Amo a été désactivée jeudi en fin de matinée, mais des internautes en ont créé une autre ce vendredi matin. On y retrouve la même photo, sous laquelle commentaires haineux et insultes s'accumulent.

Ses premiers mots après le déraillement

"Je devrais aller à 80 et je vais à 190!" Juste après l'accident, le conducteur parle encore au présent, dans l'enregistrement de la conversation téléphonique qui a suivi le drame, entre les conducteurs et la Renfe. Certains médias espagnols attribuent ces propos et ceux qui suivent à Francisco José Garzón Amo. D'autres, comme ABC, restent plus prudents et précisent qu'on ignore encore s'il s'agit bien de lui ou de l'autre conducteur présent dans la cabine de pilotage.

Le conducteur qui a appelé la Renfe, dans cet enregistrement, semble prendre conscience peu à peu de ce qui vient de se produire. "Nous sommes humains! Nous sommes humains! J'espère qu'il n'y a pas de morts, car je les aurais sur la conscience", a-t-il d'abord commenté alors qu'il était encore coincé dans la cabine de pilotage, avant d'ajouter: "J'ai merdé, je veux mourir."

Une fois sorti, Francisco José Garzón Amo a participé aux secours. "Il déambulait entre les décombres et les victimes, répétant en boucle: 'J'ai déraillé, qu'est-ce que je peux y faire? Qu'est-ce que je peux faire?'", lit-on dans les colonnes de El Mundo.

Puis il a été envoyé à l'hôpital de Santiago, où il a été placé sous surveillance policière avant d'être entendu par un juge, ce vendredi. Légèrement blessé à la tête, il a reçu neuf points de suture, raconte la Voz de Galicia. Le quotidien régional a tenté de le contacter sur son téléphone portable: "Je ne peux pas répondre, a-t-il répondu au journaliste. Imaginez dans quel état je suis."

Unique responsable de l'accident?

Alors que la vitesse du train à l'entrée du virage de Ambois semble l'une des hypothèses privilégiées par les enquêteurs, Francisco José Garzón Amo a-t-il commis une erreur aux commandes du train? La presse espagnole s'intéresse aussi de près au système de freinage. "Les systèmes d'alerte de la voie ferrée ont sauté en repérant que Francisco José Garzon Amo, le chauffeur du train, circulait à 190 kilomètres heure alors qu'il n'aurait pas dû dépasser les 80", écrit ce vendredi El Pais.

Les propos d'autres personnels techniques à bord du train, recueillis sous couvert d'anonymat par La Voz de Galicia, traduisent d'ailleurs leur prudence. "Ce n'est pas le train de Pancho Villa, c'est une ligne à haute vitesse. La technologie que nous avons à bord doit permettre d'éviter une possible erreur humaine que nous pourrions tous commettre", dit l'un d'entre eux. Un autre conducteur ajoute: "Un tel accident n'a jamais une cause unique."

Placé en garde à vue

Le conducteur a été placé en garde à vue ce vendredi pour imprudence. "Il est en garde à vue depuis hier 20H00 (18H00 GMT)", a déclaré Jaime Iglesias, le chef de la police de Galice en conférence de presse. "On lui reproche des délits liés à l'accident", mais "il n'a pas encore été entendu", ce qui "sera fait très prochainement", a-t-il précisé.

Marie Simon, L'Express.fr

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